Austin, 22 octobre 2026 – Le retour de la Formule 1 en Afrique suscite déjà la controverse. Alors que le Rwanda s’apprête à accueillir un Grand Prix au début des années 2030, Lewis Hamilton appelle à ne pas fermer les yeux sur les tensions régionales et les préoccupations liées aux droits humains. Le septuple champion du monde a également lancé un appel en faveur de la paix au Congo, au Soudan, en Syrie et en Palestine.
« Libérer le Congo, le Soudan, la Syrie et la Palestine » : cette déclaration de Lewis Hamilton a marqué les esprits lors d’une conférence de presse organisée jeudi 22 octobre à Austin, au Texas. Le pilote britannique de Ferrari s’exprimait en marge du Grand Prix des États-Unis, prévu dimanche 25 octobre.
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Au-delà de la compétition automobile, le champion a profité de cette prise de parole pour attirer l’attention sur les conflits qui frappent plusieurs régions du monde. Son intervention intervient alors que le choix du Rwanda pour accueillir une future course de Formule 1 divise les observateurs.
Retour de la Formule 1 en Afrique : Lewis Hamilton appelle à la vigilance
Après plus de trois décennies d’absence, la Formule 1 devrait faire son retour sur le continent africain. La dernière course organisée en Afrique remonte au Grand Prix d’Afrique du Sud, disputé en 1993 près de Johannesburg.
La semaine dernière, la discipline a annoncé un accord de dix ans avec le Rwanda pour accueillir une course à Kigali. Le Grand Prix devrait intégrer le calendrier au début des années 2030, après la construction du circuit.
Cette perspective représente une étape importante pour la présence de la Formule 1 en Afrique. Toutefois, le choix du Rwanda soulève des interrogations concernant la situation des droits humains et les tensions persistantes dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Lewis Hamilton se réjouit de voir la discipline revenir sur le continent, mais il estime que cet événement ne doit pas détourner l’attention des réalités locales.
« Bien sûr, s’y rendre ne signifie pas négliger ce qui s’y passe », a-t-il déclaré. Le pilote britannique espère ainsi que cette annonce encouragera le public à s’informer davantage sur l’histoire du continent et sur les difficultés auxquelles ses populations sont confrontées.
Rwanda et RDC : un choix qui suscite des critiques
L’attribution du futur Grand Prix au Rwanda intervient dans un contexte de fortes tensions entre Kigali et Kinshasa. Les Nations unies accusent le Rwanda de soutenir le Mouvement du 23 mars (M23), un groupe rebelle actif dans l’est de la RDC. Le gouvernement rwandais rejette ces accusations et affirme que ses préoccupations sécuritaires sont notamment liées à la présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sur le territoire congolais.
Les inquiétudes concernent également les violations présumées des droits humains. Dans un rapport publié en septembre 2026, Amnesty International a accusé le M23 d’avoir commis de graves abus contre des mineurs artisanaux et facilité le trafic d’or et de coltan vers le Rwanda, avec l’aide présumée des autorités rwandaises. Ces accusations ont renforcé les appels à examiner les implications du choix de Kigali comme destination sportive internationale.
La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, avait déjà alerté la direction de la Formule 1 en février 2025. Dans une lettre adressée à Stefano Domenicali, patron de la discipline, elle demandait l’arrêt des négociations avec le Rwanda et contestait la pertinence de ce choix au regard du conflit dans l’est congolais.
Pour Kinshasa, accueillir une compétition sportive internationale dans ces circonstances soulève des questions diplomatiques et morales. La controverse dépasse ainsi le cadre du sport et place la Formule 1 face aux critiques concernant ses choix de destinations.
Lewis Hamilton plaide pour une meilleure connaissance de l’Afrique
Pour Lewis Hamilton, le débat autour du Rwanda doit aussi permettre de mieux faire connaître l’histoire africaine. Le pilote a regretté le manque de place accordé au continent dans l’enseignement qu’il a reçu en Angleterre.
« En grandissant en Angleterre, on ne nous a jamais rien appris sur l’Afrique. Cela devrait figurer au programme scolaire », a-t-il déclaré.
Le champion britannique a également insisté sur les ressources du continent, les initiatives de ses populations et la nécessité de renforcer l’unité entre les pays africains. Selon lui, le retour de la Formule 1 pourrait contribuer à ouvrir une discussion plus large sur l’Afrique, à condition de ne pas ignorer les réalités politiques et sociales.
À 41 ans, Hamilton espère par ailleurs poursuivre sa carrière suffisamment longtemps pour participer lui-même à un Grand Prix organisé en Afrique.
Dans l’est de la RDC, une crise toujours préoccupante
L’appel du pilote en faveur de la « libération » du Congo intervient alors que l’est de la RDC reste confronté à une grave crise sécuritaire et humanitaire. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu connaissent depuis plusieurs années des affrontements impliquant les Forces armées de la RDC (FARDC) et le M23, sur fond de tensions régionales.
En janvier 2025, le M23 s’est emparé de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, avant de prendre Bukavu, dans le Sud-Kivu, en février de la même année. Ces avancées ont entraîné de nouveaux déplacements de populations et aggravé les besoins humanitaires dans une région déjà fragilisée par des décennies d’instabilité.
Malgré les initiatives diplomatiques visant à mettre fin aux hostilités, les populations civiles continuent de subir les conséquences des combats, des déplacements forcés et des violations des droits humains.
Dans ce contexte, les déclarations de Lewis Hamilton donnent une nouvelle visibilité internationale à la situation congolaise. Elles soulèvent également une question centrale : le retour de la Formule 1 en Afrique peut-il célébrer le continent sans ouvrir le débat sur les conflits et les responsabilités des acteurs régionaux ?
Une chose est certaine : à l’approche de ce retour annoncé, le futur Grand Prix du Rwanda ne suscite pas uniquement l’enthousiasme des amateurs de sport automobile. Il ouvre aussi un débat sur la place des droits humains, la responsabilité des grandes compétitions sportives et la visibilité des crises qui touchent le continent africain.



