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Julien Paluku accuse Joseph Kabila de complicités avec les rébellions

Après la nouvelle charge de Joseph Kabila contre la gestion du pays par Félix Tshisekedi, la riposte ne s’est pas…

Après la nouvelle charge de Joseph Kabila contre la gestion du pays par Félix Tshisekedi, la riposte ne s’est pas fait attendre. Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu, contre-attaque à son tour. Dans une tribune au ton particulièrement offensif, il accuse l’ancien président d’avoir entretenu des complicités avec des groupes rebelles actifs dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Intitulé « L’aveu de Goma : le grand masque enfin tombé », son texte, publié le dimanche 11 octobre 2026, revient sur six épisodes militaires survenus entre 2008 et 2013. Des événements que l’ancien gouverneur relit aujourd’hui à la lumière du rapprochement qu’il attribue à Joseph Kabila avec les responsables de l’AFC/M23.

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L’accusation est grave. Julien Paluku ne se contente pas de contester les déclarations de l’ancien chef de l’État : il remet en question son héritage sécuritaire et l’accuse d’avoir contribué, par certaines décisions, à fragiliser l’armée congolaise. Il présente son récit comme le fruit d’une expérience vécue au Nord-Kivu, alors qu’il en était le gouverneur.

Ces affirmations constituent toutefois la version et l’interprétation politiques de Julien Paluku. Les épisodes qu’il rapporte et les complicités qu’il allègue ne peuvent être considérés comme établis sur la seule base de sa tribune.

De Goma à la guerre actuelle, Paluku dit avoir compris le « jeu »

Pour comprendre sa sortie, Julien Paluku remonte à l’arrivée de Joseph Kabila à Goma en 2025. Cet événement, affirme-t-il, l’aurait conduit à revisiter plusieurs épisodes de l’histoire militaire récente de la province.

Il rappelle avoir formulé, en 2025, douze questions autour de la présence de l’ancien président dans une ville alors marquée par la crise sécuritaire. Deux interrogations résument, selon lui, son trouble : comment comprendre que le fils de Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001, se retrouve à Goma sous la protection de ceux qu’il présente comme les adversaires historiques de son père ? Et comment expliquer que Joseph Kabila, qui avait écarté certains responsables militaires devenus rebelles, se retrouve aujourd’hui, selon son analyse, dans leur environnement ?

« Le revirement spectaculaire de JKK nous a permis de comprendre tout le jeu et la mécanique de la guerre à l’Est que nous ne saisissions pas à l’époque », écrit-il.

C’est à partir de cette lecture rétrospective que l’ancien gouverneur déroule les six épisodes qu’il considère comme particulièrement révélateurs.

2008 : l’ordre d’arrêter les combats à Tongo

Premier épisode cité : les combats de Tongo, dans le territoire de Rutshuru, en 2008. Julien Paluku affirme que les Forces armées de la RDC (FARDC) avaient reçu l’ordre de stopper leur progression alors que les forces de Laurent Nkunda et de Bosco Ntaganda étaient, selon lui, en difficulté.

Il soutient que cet ordre aurait permis aux combattants adverses de reprendre l’initiative. Il établit un lien entre cet épisode et la chute du camp militaire de Rumangabo, en octobre 2008, suivie de l’avancée des troupes du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) jusqu’aux abords de Goma.

Pour Julien Paluku, cette décision constitue l’un des premiers éléments d’un schéma qu’il estime aujourd’hui pouvoir interpréter autrement. Il affirme que des militaires congolais avaient mal vécu cet ordre et évoque des témoins susceptibles, selon lui, de confirmer son récit.

2009 : l’arrestation de Laurent Nkunda et l’opération Umoja Wetu

Deuxième épisode : l’arrestation de Laurent Nkunda, le 21 janvier 2009, suivie du lancement de l’opération militaire Umoja Wetu, menée du 25 janvier au 25 février de la même année.

Julien Paluku s’interroge sur la durée de cette opération, notamment au regard de l’ampleur du territoire concerné et de la complexité des opérations contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

« Bref, c’était une mascarade totale issue d’un deal Kabila-Kagame que nous ne comprenions pas », affirme-t-il, en faisant référence à Joseph Kabila et au président rwandais Paul Kagame.

L’ancien gouverneur présente ainsi cette opération comme le résultat d’un arrangement politique plutôt que comme une stratégie militaire pleinement efficace. Cette interprétation est au cœur de son accusation, mais elle demanderait des éléments documentaires indépendants pour être établie.

2012 : le M23 à Goma, puis un retrait rapide

Le troisième épisode concerne la prise de Goma par le M23 en novembre 2012 et le retrait du mouvement rebelle, le 1er décembre de la même année.

Julien Paluku rappelle qu’une réunion de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) s’était tenue à Kampala le 24 novembre 2012. Il souligne que le retrait du M23 est intervenu quelques jours plus tard.

Avec le recul, il considère cette séquence comme un indice de complicités qu’il attribue à Joseph Kabila et Paul Kagame. Il affirme que l’ancien président aurait alors cherché à apparaître comme le dernier rempart contre une crise dont il aurait, selon sa lecture, contribué à maîtriser les ressorts.

« Mais cela est impossible aujourd’hui, car il n’existe aucune complicité avec le régime de FATSHI », écrit-il en opposant cette période à la situation actuelle sous Félix Tshisekedi.

Cette comparaison lui sert à soutenir que les événements de 2012 ne peuvent, à ses yeux, être dissociés des rapports politiques et militaires entre les acteurs de l’époque.

Bosco Ntaganda et Makenga : des nominations que Paluku remet en question

Le quatrième épisode porte sur la nomination de Bosco Ntaganda à Goma comme commandant des opérations Amani Leo.

Julien Paluku affirme que cette nomination devait permettre de contrôler les militaires congolais. Il rappelle ensuite la fuite de Bosco Ntaganda, qu’il situe en 2012, et son rôle dans la création du M23 dans le territoire de Masisi.

Il évoque également le colonel Sultani Makenga, que Joseph Kabila aurait, selon son récit, placé à Bukavu avec des responsabilités opérationnelles et des moyens financiers importants. Pour l’ancien gouverneur, le rapprochement ultérieur de Makenga avec le M23 donne aujourd’hui un autre sens à ces décisions passées.

« C’est en le voyant rejoindre le M23 en 2025 que nous comprenons enfin tous ces agissements », écrit-il.

Là encore, Julien Paluku établit un lien politique entre des nominations militaires anciennes et les développements ultérieurs du conflit. Son texte ne fournit toutefois pas, à lui seul, de preuve indépendante permettant de confirmer l’existence d’une stratégie délibérée de complicité.

Chanzu, en 2013 : l’épisode le plus personnel de son récit

Le cinquième épisode concerne la bataille de Chanzu, le 5 novembre 2013, lors de la défaite du M23 face aux forces congolaises.

Julien Paluku affirme que le général Bahuma avait reçu l’ordre de suspendre les combats et de ne pas prendre la colline de Chanzu, au motif que les rebelles étaient prêts à se rendre. Il s’interroge sur la manière dont Joseph Kabila aurait pu connaître une telle intention.

Selon son récit, le général Bahuma n’aurait finalement pas exécuté cet ordre. Julien Paluku affirme qu’ils auraient poursuivi les opérations jusqu’à la victoire, en gardant leurs téléphones éteints.

Il raconte ensuite une scène survenue lors de la visite de Joseph Kabila au Nord-Kivu, en décembre 2013. L’ancien président aurait lancé au colonel Mamadou : « Vous pensez que vous faites de la politique dans l’armée ! »

Julien Paluku dit avoir échangé un regard avec l’officier, sans commentaire. Il présente cet épisode comme un moment marquant de ses relations avec l’ancien chef de l’État et comme un élément ayant renforcé ses interrogations sur les décisions prises pendant la guerre.

La mort de deux officiers, un souvenir au cœur de ses accusations

Le sixième épisode est lié au destin des officiers que Julien Paluku associe à la victoire de Chanzu. Il affirme que le colonel Mamadou est mort en janvier 2014, environ deux mois après la bataille, et que le général Bahuma est décédé en août de la même année.

Il évoque également une déclaration qu’il attribue à Joseph Kabila en 2015, à Rutshuru, lors de l’inauguration de la centrale de Matebe. Selon lui, l’ancien président l’aurait alors publiquement qualifié d’« homme à jeter dans le lac ».

Ces souvenirs donnent à la tribune une dimension personnelle. Julien Paluku ne présente pas seulement une analyse de la situation sécuritaire : il livre aussi le récit d’un ancien gouverneur qui estime avoir été témoin de décisions et de tensions dont il cherche aujourd’hui à expliquer la portée.

Il précise que cette partie de son texte est tirée de ses mémoires, dans leur deuxième tome, après un premier volume publié en 2016 sous le titre Le Nord-Kivu entre démocratie et guerres.

Corruption et droits humains : Paluku retourne les accusations contre Kabila

La confrontation ne porte pas uniquement sur la guerre. Dans sa récente adresse à la nation, Joseph Kabila avait dénoncé la corruption, les atteintes aux droits humains et les arrestations qu’il juge arbitraires sous le pouvoir actuel.

Julien Paluku retourne ces accusations contre l’ancien président. Il estime que Joseph Kabila n’est pas fondé à donner des leçons sur ces questions et cite notamment les dossiers des Panama Papers, révélés en 2016, et de Congo Hold-Up, rendu public en 2021.

Il rappelle également l’exclusion de la RDC de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) en 2010, qu’il relie aux violations des droits humains, puis la réintégration du pays en 2020, sous Félix Tshisekedi.

Par ces références, le ministre cherche à contester le discours de Joseph Kabila sur la gouvernance et les libertés publiques. Il affirme que sa prise de position ne relève pas d’une recherche de poste ou d’un calcul personnel.

« Les postes passent, mais la patrie demeure », écrit-il, avant de justifier son soutien à Félix Tshisekedi par ce qu’il considère comme un devoir patriotique.

« Le soutenir, c’est aimer son pays » : Paluku affiche son camp

La fin de la tribune prend une tournure ouvertement politique. Julien Paluku affirme soutenir Félix Tshisekedi dans sa défense de l’intégrité territoriale et appelle les Congolais à ne pas soutenir ce qu’il qualifie de trahison de la République.

Il reproche aussi à Joseph Kabila de ne pas avoir évoqué, dans son adresse à la nation, les souffrances des populations de l’Est, confrontées à la guerre et à l’épidémie d’Ebola. Il interprète ce silence comme la preuve que les habitants de cette région ne seraient pas au centre des préoccupations de l’ancien président.

Enfin, il met en garde contre une éventuelle prise de contrôle officielle de la guerre par Joseph Kabila, une perspective qu’il présente comme une menace pour le pays. Il appelle les populations à résister à cette option et à défendre l’intégrité territoriale aux côtés du président actuel.

Une bataille politique autour du passé et de l’avenir de la RDC

Avec « L’aveu de Goma : le grand masque enfin tombé », Julien Paluku ouvre un nouveau front dans la confrontation politique autour de Joseph Kabila. En revisitant six épisodes militaires anciens, il cherche à relier les décisions prises entre 2008 et 2013 aux alliances et aux tensions qui marquent aujourd’hui la crise dans l’Est de la RDC.

La tribune dépasse ainsi le simple échange d’accusations entre deux responsables politiques. Elle remet au centre du débat le bilan sécuritaire des années Kabila, la gestion des rébellions successives et la question des responsabilités dans la persistance du conflit.

Mais la portée de ces accusations dépendra aussi de la possibilité de confronter ce récit à des documents, des témoignages indépendants et aux versions des personnes mises en cause. Joseph Kabila et les autres acteurs visés doivent pouvoir répondre aux allégations formulées.

Dans un pays où la crise sécuritaire reste une urgence nationale, cette confrontation rappelle combien l’histoire des guerres dans l’Est continue de peser sur les rivalités politiques actuelles.

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