Bruxelles, un vendredi d’octobre. Le Parlement européen, temple de la démocratie continentale, accueille un événement qui pourrait bien changer la face des relations entre deux continents. Sous le haut patronage de l’institution, l’EuropAfrica Investment Forum 2026, organisé par CREDASSUR GROUP et présidé par Mme Esther MISHENG, rassemble décideurs, ministres, sénateurs et investisseurs. Le thème résonne comme un défi : « Zone de libre-échange Europe-Afrique, commerce UE-Afrique et intégration régionale ».
Ce vendredi 2 octobre, les esprits sont affûtés. Les enjeux sont colossaux. Et le message, lui, est limpide.
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L’Afrique n’attendra pas 45 ans
Il y a des comparaisons qui frappent. Celle-ci est imparable. L’Europe, pour construire son union douanière, a mis plus de quatre décennies. Du Traité de Rome en 1957, qui fonde la Communauté Économique Européenne (CEE), au Traité de Maastricht en 1992, puis à la monnaie unique en 2002, il a fallu du temps. Beaucoup de temps. Trop de temps, diraient certains.
L’Afrique, elle, a choisi d’accélérer. Entrée en vigueur en 2019, ratifiée par la RDC en 2021, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) avance à un rythme qui impressionne. En sept ans à peine, le continent a posé les jalons d’un marché unifié. Un signal fort. Une rupture avec les lenteurs du passé.
Sept ans, des avancées majeures
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Cinquante-quatre des cinquante-cinq pays africains ont signé l’accord de la ZLECAF. Une quasi-unanimité qui témoigne d’une volonté politique rare. Mieux : l’intégration progressive des concessions tarifaires dans les lois de finances nationales est désormais amorcée. Autrement dit, les États ne se contentent plus de signer des accords. Ils les traduisent dans leur droit.
Mais l’avancée la plus spectaculaire est peut-être ailleurs. Elle porte un nom : PAPSS, le Système panafricain de paiement et de règlement. De plus en plus de banques centrales y adhèrent, permettant de régler les transactions transfrontalières directement en monnaies locales. Fini, le passage obligé par le dollar ou l’euro. Une révolution silencieuse. Une manière, pour l’Afrique, de reprendre la main sur sa souveraineté financière.
Trois leviers pour un partenariat gagnant-gagnant
Les réflexions stratégiques du forum ont accouché de trois leviers. Trois clés pour refonder la relation UE-Afrique.
Premier levier : booster le commerce intra-africain. Aujourd’hui, il ne représente que 15 à 17 % des échanges du continent. Un chiffre marginal, presque indécent. À titre de comparaison, il atteint 60 % en Asie et 70 % en Europe. L’Afrique a donc un immense potentiel inexploité. Un gisement de croissance qui n’attend que d’être activé.
Deuxième levier : sortir du modèle extractif. Pendant des décennies, l’Afrique a exporté ses matières premières pour importer des produits finis. Un déséquilibre qui a appauvri le continent. Il s’agit désormais d’attirer des investissements industriels à l’échelle continentale. Et un exemple s’impose : celui des batteries et des véhicules électriques. La RDC possède le cobalt, l’un des métaux stratégiques de la transition énergétique. Et si, demain, elle ne vendait plus seulement le minerai, mais les batteries elles-mêmes ?
Troisième levier : accélérer l’industrialisation. Cela passe par le financement conjoint de grands programmes énergétiques et d’infrastructures. Le méga-projet INGA, avec son potentiel hydroélectrique colossal, est dans toutes les têtes. Pour le réaliser, il faut canaliser les fonds de l’initiative Global Gateway, ces 150 milliards d’euros annoncés en 2024 par l’Union européenne. Une manne qui, si elle est bien orientée, pourrait transformer le continent.
Les visages d’un sommet pas comme les autres
Autour de la table, des personnalités de premier plan. Mme Justine Nthomeng Majara, Vice-Première ministre du Lesotho. M. Koen Doens, représentant la Commission européenne. M. Louis Michel, Ministre d’État belge et figure historique de la coopération euro-africaine. L’Honorable Mme Lindiwe Dlamini, Présidente du Sénat d’Eswatini. Et Julien PALUKU, Ministre du Commerce Extérieur de la RDC, qui incarne à lui seul l’ambition d’un pays au cœur de la ZLECAF.
Dans la salle, d’autres visages familiers. SE Ali Yakoub Mahamoud, Ambassadeur de l’Union africaine auprès de l’UE. Les sénateurs congolais Modeste Bahati Lukwebo et Vicky Katumwa. La sénatrice belge Marie-Claire Mvumbi. André Flahaut, Ministre d’État belge. Benoît Cassart, député européen. Tous réunis par une même conviction : l’heure n’est plus à la charité, mais au partenariat.
Un marché de 1,3 milliard de consommateurs
Il y a un chiffre qui donne le vertige. La ZLECAF, c’est un marché unifié de 1,3 milliard de consommateurs. Trois fois la population de l’Union européenne. Avec un PIB combiné de 3 400 milliards de dollars. Un espace économique qui, s’il fonctionne, change la donne mondiale.
Pour les investisseurs directs étrangers et les industriels, l’opportunité est immense. Ils peuvent dimensionner leurs usines pour desservir non pas un pays, mais deux continents. Une manière de construire une prospérité partagée. Et, en filigrane, une réponse à la question migratoire : ce n’est pas avec des murs qu’on arrêtera les flux, mais avec des emplois. Le développement, voilà la vraie solution.
Le forum de Bruxelles n’a pas seulement produit des discours. Il a accouché d’une recommandation forte : l’organisation d’une réunion conjointe entre la Commission européenne et la Commission de l’Union africaine pour élaborer une nouvelle feuille de route stratégique. Une manière de passer des paroles aux actes.
Surtout, un cap a été fixé. Le modèle de coopération doit dépasser le simple volet commercial — la baisse des tarifs douaniers — pour intégrer le développement industriel et la souveraineté économique. C’est à ce prix que la relation Europe-Afrique se refondera. C’est à ce prix que la ZLECAF deviendra une réalité tangible.
À Bruxelles, ce vendredi 2 octobre 2026, l’Afrique a parlé d’égal à égal. Et l’Europe a semblé prête à l’écouter. Reste l’essentiel : transformer les paroles en actes. Car l’Afrique, elle, a déjà montré qu’elle n’attendrait pas 45 ans.



