› Politique




L’ombre d’un coup d’État plane sur Kinshasa — La plainte explosive contre la coalition C64

Il y a des points de presse qui passent inaperçus. Et il y a ceux qui, en quelques phrases, font…

Il y a des points de presse qui passent inaperçus. Et il y a ceux qui, en quelques phrases, font vaciller l’échiquier politique d’un pays tout entier. Ce jeudi 1er octobre 2026, dans une salle de Kinshasa, un homme a prononcé des mots qui résonnent comme un coup de tonnerre. Son nom : Clément Tshietshiam Mutuambu. Son combat : faire tomber, devant la justice, les figures les plus emblématiques de l’opposition congolaise.

Une plainte qui dormait depuis des mois

L’histoire ne commence pas ce jeudi. Elle remonte au 9 juin 2026. Ce jour-là, Clément Tshietshiam dépose une plainte auprès du Procureur général près la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe. Une plainte lourde, pesante, presque irréelle. Cinq noms y figurent, cinq poids lourds de la scène politique congolaise : Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi et Matata Ponyo. Tous sont accusés de violation de la Constitution, de rébellion et de tentative de renversement du régime constitutionnel.

LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ



Mais pendant des mois, silence radio. La plainte semble engloutie dans les méandres de la justice congolaise. Puis, ce jeudi 1er octobre, Clément Tshietshiam sort de l’ombre. Il convoque la presse. Et il parle. Sans détour, sans trembler.

L’article 63 contre l’article 64 : le cœur du bras de fer

Le plaignant ne s’attaque pas à n’importe qui. La coalition C64, qui rassemble ces opposants historiques, est un rouleau compresseur politique. Mais Clément Tshietshiam a un argument. Un argument juridique qu’il brandit comme une arme.

« En tant que Congolais, nous nous sommes référés à l’article 63 de la Constitution », déclare-t-il. Cet article, rappelle-t-il, donne à tout citoyen le droit de défendre l’intégrité de l’État et les institutions établies. Pour lui, la C64 a franchi la ligne rouge. « Ils disent se référer à l’article 64 de la Constitution. Néanmoins, l’alinéa 2 du même article a été fait par le même constituant », insiste-t-il.

Car l’article 64, dans son deuxième alinéa, est sans ambiguïté : il interdit toute prise de pouvoir par la force et qualifie toute tentative de renversement du régime constitutionnel d’« infraction imprescriptible contre la Nation et l’État ». Une notion juridique lourde de conséquences. Imprescriptible. C’est-à-dire que le temps ne peut effacer le crime.

La marche du 15 septembre : l’étincelle de trop

Pour Clément Tshietshiam, un événement a tout fait basculer : la marche organisée par l’opposition le 15 septembre dernier. Dans un pays où l’Est est en guerre, où Ebola frappe, où les tensions sont déjà à leur paroxysme, cette mobilisation n’aurait jamais dû avoir lieu, estime-t-il. « Au regard du contexte sécuritaire et politique du pays », martèle-t-il.

Et il va plus loin. Il ne parle plus seulement de violation constitutionnelle. Il évoque le Code pénal congolais. Les articles 133, 135, 158 et 157. Des articles qui, selon lui, qualifient la C64 de « mouvement insurrectionnel ». Le mot est lâché. Insurrectionnel. Un terme qui, dans le langage politique congolais, ne laisse aucune place à l’ambiguïté.

« Il y a des manifestations, ils veulent renverser les institutions légalement établies par la Constitution », accuse-t-il.

Une démarche citoyenne ou une manœuvre politique ?

Derrière la figure de Clément Tshietshiam, une question plane. Qui est-il vraiment ? Un simple citoyen soucieux de défendre l’État de droit ? Ou le prête-nom d’un pouvoir qui, incapable de museler l’opposition par la force, tente de le faire par la justice ?

La question mérite d’être posée. Car les noms visés ne sont pas anodins. Martin Fayulu, l’éternel candidat à la présidentielle, qui ne cesse de dénoncer ce qu’il appelle « le hold-up électoral ». Moïse Katumbi, l’homme fort du Katanga, dont l’ambition présidentielle n’est un secret pour personne. Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Matata Ponyo — tous ont, à un moment ou à un autre, défié le pouvoir en place.

Pour Clément Tshietshiam, pourtant, la démarche est limpide. Il ne s’agit pas de politique, mais de droit. Il veut que « les personnes mises en cause répondent de leurs actes devant la justice, conformément aux dispositions constitutionnelles et pénales » qu’il a citées. Une manière de dire : personne n’est au-dessus de la loi.

Un pays au bord de l’explosion

Cette affaire intervient dans un contexte explosif. À l’Est, la guerre fait rage. L’AFC/M23 occupe Goma. L’Ituri lutte contre une épidémie d’Ebola qui n’en finit pas. Et à Kinshasa, la tension monte d’un cran entre le pouvoir et une opposition qui sent le moment venu de passer à l’offensive.

La plainte de Clément Tshietshiam, si elle aboutit, pourrait changer la donne. Elle pourrait envoyer un signal fort : celui d’une justice qui ne craint pas de s’attaquer aux puissants. Mais elle pourrait aussi, si elle est perçue comme une arme politique, mettre le feu aux poudres. Dans un pays où la moindre étincelle peut embraser tout un peuple, chaque mot compte. Chaque acte pèse.

Clément Tshietshiam Mutuambu n’est peut-être pas un nom que l’histoire retiendra. Mais son geste, lui, pourrait marquer un tournant. En accusant les leaders de la C64 de tentative de renversement, il place la justice congolaise face à un choix cornélien : se saisir de l’affaire et risquer d’apparaître comme un instrument du pouvoir, ou l’enterrer et passer pour complice de l’impunité.

Une chose est sûre : à Kinshasa, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Le dossier est sur la table. Et il attend.

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP