Une décision de justice peut-elle réellement réparer des années de souffrance si elle ne se traduit pas, sur le terrain, par des écoles, des centres de santé, de l’eau potable et des moyens de reconstruire ? C’est désormais l’un des enjeux du processus de réparation engagé en faveur des communautés affectées par les activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo.
À Kinshasa, mercredi 30 septembre 2026, le ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a réuni les députés nationaux et sénateurs du Caucus de la Grande Orientale pour discuter de la mise en œuvre des réparations collectives du FRIVAO. Au centre des échanges : une première enveloppe de 120 millions de dollars, répartie à raison de 30 millions pour chacune des quatre provinces concernées : l’Ituri, la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé.
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Mais derrière ce montant se cache une question autrement plus sensible : comment faire en sorte que cet argent atteigne réellement les communautés qui attendent depuis des années les effets concrets de cette réparation ?
De l’arrêt de la CIJ aux premières réalisations
Le processus trouve son origine dans l’arrêt rendu le 9 février 2022 par la Cour internationale de Justice. La juridiction avait fixé à 325 millions de dollars le montant des réparations dues par l’Ouganda à la RDC pour les dommages résultant de ses activités illicites sur le territoire congolais.
Une première étape est désormais franchie avec les réparations collectives.
Les 120 millions de dollars doivent financer des projets jugés prioritaires par les communautés : construction ou réhabilitation d’infrastructures sanitaires et scolaires, accès à l’eau potable, relèvement économique, mais aussi initiatives liées à la mémoire, à la cohésion sociale et à la résilience. Chaque province concernée dispose d’une enveloppe de 30 millions de dollars.
Pour Guillaume Ngefa, l’enjeu est de ne pas laisser cette réparation rester au stade d’une décision administrative ou financière.
« Notre responsabilité aujourd’hui est de transformer cette victoire judiciaire en bénéfices tangibles pour les communautés affectées », a déclaré le ministre lors de la rencontre avec les élus.
La formule résume à elle seule le défi qui se présente désormais au FRIVAO : passer du droit à la réalité, du montant annoncé aux ouvrages effectivement construits.
Les élus de la Grande Orientale appelés à jouer les relais
C’est précisément pour cette raison que le ministère de la Justice entend associer les représentants des quatre provinces concernées.
Les députés et sénateurs de la Grande Orientale ont été invités à contribuer à la sensibilisation des populations, mais également à l’identification et au suivi des priorités retenues dans leurs provinces. Ils ont, de leur côté, présenté leurs préoccupations et insisté sur la nécessité d’un processus transparent et équitable.
Le rôle des élus pourrait ainsi devenir déterminant dans une équation délicate : comment décider des projets sans reproduire une logique de décision éloignée des communautés directement concernées ?
À qui reviendra la responsabilité de définir les priorités ? Comment vérifier que les infrastructures financées correspondent réellement aux besoins des populations ? Et surtout, quels mécanismes permettront de suivre chaque dollar jusqu’à son utilisation finale ?
Le ministre veut prévenir ces interrogations en mettant la transparence au cœur du dispositif.
« En tant qu’autorité de tutelle, notre rôle sera de veiller à la transparence et à la traçabilité de ce processus », a souligné Guillaume Ngefa.
Le FRIVAO reste chargé de la gestion et de l’affectation des ressources, tandis que le ministère de la Justice assure la tutelle et la supervision du processus.
Réparer les communautés, mais aussi restaurer leur mémoire
Les réparations collectives ne se limitent pas aux infrastructures.
Le programme prévoit également des initiatives consacrées à la mémoire, à la cohésion sociale et à la résilience des communautés. Un volet important dans des provinces où les conflits ont laissé des traces qui dépassent largement les destructions matérielles.
Dans la Tshopo, la question des victimes de la guerre de Six Jours à Kisangani reste notamment au cœur du processus. Les indemnisations individuelles doivent avancer parallèlement aux réparations collectives, mais leur poursuite demeure liée à la finalisation du nettoyage, de l’audit et de la vérification du fichier des victimes.
Le processus comporte donc deux dimensions : reconstruire ce qui a été détruit et identifier les personnes ayant droit à une réparation individuelle.
120 millions USD : le véritable test commence maintenant
L’annonce de l’enveloppe de 120 millions de dollars n’est donc qu’une étape. Elle avait été rendue publique dès septembre par le ministère de la Justice, qui précisait alors que les fonds seraient consacrés aux projets collectifs prioritaires dans les quatre provinces.
La réunion du 30 septembre marque plutôt le début d’un autre chantier : celui de la mise en œuvre et du contrôle.
La dernière tranche due par l’Ouganda aurait été réceptionnée par la RDC le 3 septembre 2026, selon les informations communiquées par le ministère lors de cette nouvelle phase.
Dès lors, une nouvelle attente se dessine dans les communautés bénéficiaires. Après les décisions de justice, les procédures, les audits et les mécanismes institutionnels, quand verront-elles les premiers ouvrages sortir de terre ?
C’est désormais sur ce terrain que sera jugée, dans les faits, la portée du processus de réparation.
Car pour les populations de l’Ituri, de la Tshopo, du Haut-Uélé et du Bas-Uélé, les 120 millions de dollars ne représentent pas seulement une enveloppe budgétaire. Ils portent une promesse : celle de voir enfin une victoire judiciaire se transformer en écoles, en soins, en eau, en activités économiques et en reconstruction des communautés.
Et c’est précisément cette promesse que le FRIVAO, les autorités de tutelle et les élus devront désormais traduire en réalisations visibles.



