À Rubaya, la terre a parlé dans un grondement sourd.
Jeudi 29 janvier, au cœur du territoire de Masisi, dans l’est de la République démocratique du Congo, une colline minière s’est brutalement affaissée. Elle a enseveli au moins 226 personnes dans les entrailles d’une mine de coltan.
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Sous la pluie, dans la pénombre des puits artisanaux, des mineurs, des enfants et des commerçantes travaillaient ou circulaient. Le sol a soudainement cédé. En quelques secondes, la boue et la roche ont refermé leurs mâchoires.
Les survivants évoquent un bruit assourdissant, puis un silence lourd.
Secours dans l’urgence, bilan encore incertain
Les secours se sont organisés dans l’urgence, souvent à mains nues, sous une pluie persistante.
Des rescapés, grièvement blessés, ont été évacués vers Goma pour des soins spécialisés. D’autres n’ont jamais été retrouvés.
Les autorités locales reconnaissent que le bilan pourrait encore s’alourdir.
Sur instruction du gouverneur du Nord-Kivu nommé par l’AFC/M23, Bahati Musanga Erasto, les autorités ont temporairement fermé la mine. L’objectif reste clair : permettre l’extraction de tous les corps.
Mais l’insécurité complique le travail. Elle limite l’accès des secours, des journalistes et des organisations humanitaires.
Une tragédie annoncée
Cette tragédie n’a rien d’une surprise.
À Rubaya, les glissements de terrain reviennent presque chaque saison des pluies. L’exploitation artisanale souterraine fragilise des sols déjà instables. Elle reste largement non réglementée.
Les problèmes hydrologiques, connus depuis des années, persistent. Personne ne les traite réellement.
Le coltan, richesse mortelle
La mine de Rubaya se situe à près de 80 kilomètres de Goma. Elle compte parmi les plus riches gisements de coltan d’Afrique centrale.
Selon les Nations unies, la production atteindrait jusqu’à 120 tonnes par mois. Ce minerai alimente l’industrie mondiale des technologies.
La richesse quitte la région. Le prix humain, lui, reste sur place. Il se paie dans le silence.
Exploitation, opacité et contrôle armé
Des défenseurs des droits humains dénoncent l’absence totale de mécanismes de protection pour les creuseurs artisanaux. Ils pointent aussi la responsabilité de chaînes commerciales internationales qui ferment les yeux sur les conditions d’extraction.
Depuis avril 2024, la zone de Rubaya se trouve sous le contrôle de l’AFC/M23. Cette présence armée renforce l’opacité autour de l’exploitation et de la sécurité des travailleurs.
À Rubaya, la terre continue de livrer du coltan.
Mais ce jeudi-là, elle a surtout repris des vies.
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