Politique




Révision constitutionnelle ou troisième mandat ?

La trêve imposée par la guerre dans l’Est aura été de courte durée. Alors que l’attention se portait sur les…

La trêve imposée par la guerre dans l’Est aura été de courte durée. Alors que l’attention se portait sur les pourparlers de paix et la qualification des Léopards, le débat sur la révision de la Constitution revient à Kinshasa. Cette fois, il s’impose avec force. Derrière les déclarations du camp présidentiel, une question persiste : faut-il corriger un texte imparfait ou préparer un troisième mandat pour Félix Tshisekedi ?

Le silence n’a pas duré. En effet, depuis plusieurs semaines, les prises de position se multiplient. Les lignes se durcissent et les intentions apparaissent clairement. Ce qui relevait de la rumeur devient une revendication assumée par l’Union sacrée. En face, l’opposition rejette toute révision. Dans ce climat tendu, une voix académique tente d’élever le débat : celle de Dieudonné Nkishi Kazadi, auteur de Les 117 péchés de la Constitution du 18 février 2006.

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Une révision assumée face à une opposition mobilisée

Le signal est clair. Le 7 mars, Augustin Kabuya a levé toute ambiguïté devant les militants de l’UDPS : « Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution. » Ensuite, il invoque l’histoire pour justifier cette position. Selon lui, plusieurs dirigeants ont déjà modifié les textes fondamentaux.

Dans la même dynamique, certains membres de la majorité vont plus loin. Ainsi, le ministre des Sports Didier Budimbu évoque ouvertement un troisième mandat. Cette déclaration alimente les soupçons. Beaucoup y voient une révision à visée politique.

Face à cela, l’opposition réagit rapidement. Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga dénoncent une dérive autoritaire. Ils appellent à la mobilisation. Pour eux, la Constitution de 2006 reste un pilier de la démocratie. Par conséquent, la limitation des mandats ne doit pas être remise en cause sans consensus.

Par ailleurs, plusieurs organisations citoyennes annoncent des marches. Le climat politique pourrait donc se tendre davantage dans les prochains jours.

L’analyse de Nkishi, entre critique et clarification

Dans ce contexte, Dieudonné Nkishi Kazadi apporte une contribution différente. Son ouvrage propose une analyse rigoureuse de la Constitution. Il identifie 117 failles qu’il qualifie de « péchés ».

L’auteur ne se limite pas au constat. Au contraire, il met en lumière les ambiguïtés juridiques et les fragilités du système. Selon lui, ces insuffisances freinent le bon fonctionnement de l’État.

De plus, Nkishi adopte une approche critique. Il croise le droit, la sociologie et la science politique. Il s’appuie aussi sur des penseurs comme Michel Foucault, Pierre Bourdieu ou Achille Mbembe. Ainsi, il propose une lecture approfondie du pouvoir et de ses mécanismes.

En effet, son travail dépasse les clivages politiques. Il apporte des arguments concrets et structure le débat. Pour lui, une réforme peut se justifier. Cependant, elle doit reposer sur une analyse solide, et non sur des intérêts immédiats.

Une réforme nécessaire ou un enjeu politique ?

Nkishi rappelle une idée essentielle : une Constitution évolue. Elle doit s’adapter aux réalités du pays. Toutefois, cette évolution doit rester encadrée et servir l’intérêt général.

Dès lors, une question demeure. Pourquoi réviser aujourd’hui ? Est-ce pour améliorer le texte ou pour modifier la limitation des mandats ? Le doute persiste.

Le retour de ce débat annonce des tensions politiques. L’opposition se mobilise, la majorité avance ses arguments et la société civile s’organise. Dans ce contexte, l’ouvrage de Nkishi devient une référence importante.

Il recentre la discussion sur le fond. Il rappelle que toute réforme doit répondre aux besoins du pays. Le débat ne fait que commencer. Mais désormais, il repose aussi sur une base intellectuelle solide.

Reste à savoir si les acteurs politiques sauront s’en saisir. Ou si, une fois encore, les slogans prendront le dessus.

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