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RDC-Belgique : la ministre belge de l’Asile à Kinshasa pour parler migration

Un sujet sensible, des chiffres en hausse, et une volonté commune de réguler. La ministre belge de l'Asile et de…

Un sujet sensible, des chiffres en hausse, et une volonté commune de réguler. La ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, sera à Kinshasa la semaine prochaine pour une visite de travail. L’ambassade de Belgique en RDC justifie ce déplacement par la nécessité de discuter des dossiers bilatéraux liés aux questions migratoires. En toile de fond : l’augmentation constante des demandes d’asile de citoyens congolais en Belgique, malgré un taux de rejet de 85 à 90 %. Une situation que Bruxelles veut endiguer, en renforçant la coopération avec Kinshasa.

Les relations migratoires entre la Belgique et la RDC sont anciennes, complexes, et parfois tendues. L’histoire coloniale, la francophonie, les liens familiaux, les opportunités économiques : autant de facteurs qui poussent des milliers de Congolais à tenter leur chance en Belgique.

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Mais le cadre légal est strict. L’asile n’est pas une voie d’immigration économique. Il est réservé aux personnes persécutées dans leur pays d’origine. Or, force est de constater que de nombreux demandeurs congolais ne remplissent pas ces critères.

Des chiffres officiels qui interpellent

La RDC occupe la quatrième place des pays sources de demandes d’asile en Belgique. En novembre 2025, l’Office des étrangers belge a dévoilé des chiffres préoccupants : plus de 2 000 dossiers congolais pour les dix premiers mois de l’année 2025.

« De janvier à octobre, on est déjà à 2120 demandes. En novembre, sur douze jours, on a déjà 80 demandes. Donc si ça continue comme ça, on arrivera à 2500 ou un peu plus pour l’année 2025. Ce n’est pas normal », a déploré le directeur général de l’Office des étrangers, Freddy Roosemont.

Des demandes jugées non fondées

Selon les autorités belges, la plupart de ces demandes proviennent de personnes qui n’ont pas de problèmes de persécution au sens de la Convention de Genève de 1951. Elles ne sont pas poursuivies pour des raisons politiques, religieuses, ou d’appartenance à un groupe social.

« Ce sont des gens qui pensent que le processus d’asile est pour rester en Belgique », s’est indigné Freddy Roosemont.

Le constat est le même pour les demandes de protection internationale. Les motifs invoqués (insécurité dans l’Est, tensions politiques) sont rarement reconnus comme valables par l’Office des étrangers.

Détournement de procédure

Le directeur général de l’Office des étrangers dénonce également le détournement de procédure. Certains demandeurs, aidés par des réseaux, fabriquent de fausses déclarations et de faux documents pour tenter d’obtenir un titre de séjour.

Une pratique illégale, qui nuit aux véritables réfugiés, et qui conduit à un taux de rejet très élevé des demandes congolaises : entre 85 et 90 %.

Le visa Schengen, un sésame détourné

Autre problème : l’utilisation détournée du visa Schengen. De nombreux Congolais obtiennent un visa de type C (visite familiale, tourisme, santé) pour entrer en Belgique, puis déposent une demande d’asile une fois sur place.

Or, le visa Schengen sert uniquement à circuler dans l’espace Schengen, pas à s’y établir. La procédure d’asile n’est pas une prolongation du visa touristique.

« La procédure d’asile n’existe en réalité que pour des personnes victimes de persécutions graves et qui craignent pour leur vie ou leur liberté », a rappelé Freddy Roosemont.

La politique migratoire belge se renforce

Face à ces dérives, la Belgique durcit sa politique migratoire. Les demandes d’asile congolaises sont systématiquement examinées avec rigueur. Les rejets sont quasi systématiques.

Mais que deviennent les déboutés ? Certains retournent au pays. D’autres tentent de rester clandestinement, sans papiers, sans aide financière, dans une précarité extrême. Une situation que la Belgique veut éviter, pour des raisons humanitaires et de sécurité.

La visite de la ministre belge

C’est dans ce contexte qu’Anneleen Van Bossuyt se rend à Kinshasa. La ministre belge de l’Asile et de la Migration veut discuter avec les autorités congolaises des moyens de lutter contre le détournement de procédure, et de renforcer la coopération migratoire.

Plusieurs axes sont sur la table :

  • La réduction des délais de traitement des demandes, pour éviter les retards et les incertitudes.

  • L’amélioration des conditions d’accueil des demandeurs, pour garantir leur dignité et leur sécurité.

  • La lutte contre le détournement de procédure, via des campagnes d’information et des contrôles renforcés.

  • Le renforcement de la coopération avec la RDC pour améliorer la situation sécuritaire et économique dans le pays d’origine.

  • La sensibilisation des demandeurs sur les procédures et les critères d’asile.

Solutions à envisager

La Belgique et la RDC sont deux pays frères, liés par l’histoire, la langue, la culture. Le flux migratoire ne cessera pas du jour au lendemain. Mais il peut être mieux géré, plus humain, plus respectueux des règles.

Pour cela, plusieurs pistes sont envisagées :

  • Gérer les flux migratoires de manière efficace et humaine, en créant des voies légales d’immigration (étudiants, travailleurs qualifiés, regroupement familial).

  • Protéger les droits humains des demandeurs et des réfugiés, conformément au droit international.

  • Trouver des solutions durables pour les réfugiés (réinstallation, retour volontaire, intégration locale) et pour les pays d’origine (aide au développement, renforcement de l’État de droit).

La RDC, pays d’origine, pays de transit, pays d’accueil

La RDC n’est pas seulement un pays d’origine des migrants. C’est aussi un pays de transit (pour ceux qui se rendent en Afrique du Sud, en Europe) et un pays d’accueil (pour les réfugiés rwandais, burundais, centrafricains, soudanais).

Kinshasa a donc une position complexe sur les questions migratoires. D’un côté, elle doit protéger ses propres citoyens et lutter contre l’émigration illégale. De l’autre, elle doit accueillir les réfugiés des pays voisins.

La coopération avec la Belgique peut l’aider à mieux gérer ces défis.

Un enjeu de coopération bilatérale

La visite de la ministre belge est une opportunité. Celle de renforcer le dialogue, de clarifier les règles, de mettre en place des actions concrètes.

Les deux pays ont intérêt à coopérer. La Belgique veut réduire le flux de demandes d’asile non fondées. La RDC veut protéger ses citoyens contre les réseaux de trafiquants et améliorer son image à l’international.

Un partenariat gagnant-gagnant, en somme.

L’avenir de la migration RDC-Belgique

Le sujet migratoire est sensible, éminemment politique. Il touche à l’identité, à la souveraineté, aux droits humains. Il est souvent instrumentalisé par les extrêmes.

Pourtant, la réalité est plus nuancée. La plupart des Congolais qui émigrent en Belgique ne sont ni des réfugiés politiques, ni des aventuriers. Ils sont des hommes et des femmes qui cherchent une vie meilleure, pour eux et pour leurs enfants.

La Belgique, pays riche et démocratique, a besoin de migrants pour son économie, sa démographie, sa diversité culturelle.

L’enjeu est donc de trouver un équilibre. Entre accueil et contrôle, entre humanité et fermeté, entre droits et devoirs.

La ministre Anneleen Van Bossuyt et ses homologues congolais ont une occasion unique de poser les bases d’une politique migratoire plus juste, plus efficace, plus respectueuse des droits de chacun.

Rendez-vous à Kinshasa la semaine prochaine. Les discussions s’annoncent serrées, mais l’espoir d’une avancée est réel. Les deux pays, frères, peuvent montrer l’exemple en matière de coopération migratoire. L’Afrique et l’Europe les regardent.

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