Société




Procès Balanganayi : nouveaux témoignages et renvoi au 1er avril,

L’instruction de l’affaire qui secoue Kinshasa a continué ce lundi 30 mars devant le tribunal de grande instance de Kinshasa/Kinkole.…

L’instruction de l’affaire qui secoue Kinshasa a continué ce lundi 30 mars devant le tribunal de grande instance de Kinshasa/Kinkole. Accusé d’avoir frappé une patiente dans une salle d’accouchement, le docteur David Balanganayi a de nouveau répondu aux questions des juges. L’audience, marquée par les témoignages de la direction médicale de l’hôpital de Kinkole, a été renvoyée au mercredi 1er avril. Ce jour-là, la victime, Dorcas Soraya Mulema, aujourd’hui prise en charge par la Première Dame Denise Nyakeru, comparaitra à son tour. Les plaidoiries débuteront également, avant un délibéré très attendu.

L’audience s’est tenue en salle foraine, à l’Esplanade de la maison communale de la Nsele. Les juges ont entendu des témoins clés : le médecin directeur de l’hôpital, le responsable du staff médical et plusieurs experts. L’atmosphère était tendue. Les gradins étaient remplis de femmes venues soutenir la victime et de curieux attirés par cette affaire devenue emblématique de la lutte contre les violences obstétricales.

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Deux visions de l’urgence médicale

L’audience a mis en lumière deux interprétations des mêmes faits. Le médecin directeur a rappelé un principe clair : la déontologie interdit d’administrer des coups à une patiente pour la contraindre à recevoir des soins. Cette position fragilise la défense du docteur Balanganayi, qui justifie ses actes par l’urgence et l’absence d’alternative.

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En revanche, le docteur Samy Tessi, responsable du staff médical, a nuancé les faits. Il a expliqué que la victime « avait rendu le travail difficile au personnel durant toutes les phases de l’accouchement et après ». Selon lui, le prévenu a agi par nécessité, car le transfert de la patiente vers un autre établissement aurait pris trop de temps.

Ces deux visions reflètent les tensions au sein de l’hôpital de Kinkole : le respect des règles déontologiques d’un côté, et la réalité des urgences médicales avec des moyens limités de l’autre.

La défense maintient sa ligne

Le docteur Balanganayi a réaffirmé sa thèse. Selon lui, les coups étaient la seule option face à un refus obstiné de la patiente ; sans intervention immédiate, sa vie aurait été en danger. Ses avocats ont demandé des conditions de détention dignes pour leur client, détenu au cachot du parquet de Kinkole depuis plusieurs jours.

Le cœur de la défense reste l’« état de nécessité ». Le ministère public, pour sa part, conteste cette thèse et maintient les accusations de torture, tentative de meurtre et coups et blessures aggravés.

La victime comparaitra mercredi

Le tribunal a renvoyé l’affaire au mercredi 1er avril. Cette audience verra la comparution de Dorcas Soraya Mulema, la victime, ainsi que le début des plaidoiries.

Actuellement prise en charge à l’hôpital Diamant, la jeune femme bénéficie du soutien de la Première Dame Denise Nyakeru. Le ministère public a soutenu le renvoi, rappelant que cette affaire engage aussi la responsabilité de l’institution médicale publique.

Une audience foraine sous haute tension

L’audience foraine a permis à un large public d’assister aux débats. Cependant, elle a également accentué l’émotion autour de l’affaire. La diffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux avait déjà provoqué un tollé dans la capitale. L’image d’un médecin frappant une patiente dans une salle d’accouchement a choqué au-delà des frontières de la RDC.

La Première Dame a exprimé son soutien à la victime, soulignant que le dossier touche à la dignité des femmes, à l’éthique médicale et à l’image du pays.

Les attentes des associations féminines

Les associations de défense des droits des femmes ont suivi cette audience avec attention. L’AVIFEM (Agence nationale de lutte contre les violences faites à la femme, à la jeune et petite fille) a rappelé son exigence de « tolérance zéro ».

Pour elles, ce procès est symbolique. Une condamnation du docteur Balanganayi enverrait un signal fort : les violences obstétricales ne sont plus acceptables. À l’inverse, une relaxe pourrait être perçue comme un encouragement à la brutalité.

Mercredi 1er avril, Dorcas Soraya Mulema viendra témoigner. Sa parole confrontée à celle du prévenu pourrait faire basculer le procès. Les avocats plaideront tour à tour : la défense soulignant la nécessité médicale, l’accusation dénonçant un acte de torture.

Le juge devra trancher entre deux récits : un médecin pris dans une urgence vitale ou un homme ayant frappé une femme vulnérable.

Quel que soit le verdict, cette affaire marque déjà un tournant. Elle rappelle que la salle d’accouchement doit rester un lieu de vie, de soin et de respect, jamais de violence.

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