Société




Procès Balanganayi : le verdict attendu ce vendredi après un report lié à la fête nationale

L'affaire qui secoue Kinshasa depuis plusieurs semaines touche à sa fin. Le verdict du procès du docteur David Balanganayi, accusé…

L’affaire qui secoue Kinshasa depuis plusieurs semaines touche à sa fin. Le verdict du procès du docteur David Balanganayi, accusé de violences sur une patiente dans une salle d’accouchement de l’hôpital général de référence de Kinkole, sera rendu ce vendredi 3 avril 2026. Initialement prévue mercredi 1er avril, la troisième audience a dû être reportée. La raison : le gouvernement congolais avait décrété cette journée chômée et payée sur l’ensemble du territoire pour célébrer la qualification historique des Léopards à la Coupe du monde 2026. Une fête nationale qui a suspendu le cours de la justice, mais seulement pour quelques jours.

L’information du report a été communiquée par Faustin Bukasa, avocat principal de la défense, via un média de la place. Selon lui, l’annonce gouvernementale n’a laissé d’autre choix au tribunal que de décaler l’audience. Une décision logistique, sans incidence sur le fond du dossier.

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Le procès, qui a débuté il y a plusieurs jours, a déjà connu deux audiences riches en rebondissements. La première a permis d’identifier le prévenu et d’entendre les chefs d’accusation. La deuxième a vu défiler des témoins clés : le médecin directeur de l’hôpital, des médecins témoins, ainsi que la grand-mère de la victime. Des experts ont également été entendus, livrant des analyses parfois contradictoires sur la déontologie médicale et l’état de nécessité.

La victime sera présente avant le verdict

Ce vendredi, l’audience s’annonce décisive. Pour la première fois, Dorcas Mulema, la patiente victime des violences, comparaîtra à la barre. Son témoignage, attendu avec une grande impatience, pourrait faire basculer le délibéré.

Depuis le début de l’affaire, la jeune femme est prise en charge par la fondation de la Première Dame, Denise Nyakeru, qui a condamné les faits et appelé la justice à établir les responsabilités. Son état de santé, physique et psychologique, a été jugé suffisamment stable pour lui permettre de témoigner.

Le ministère public, qui a requis des peines sévères, verra ses arguments confortés ou infirmés par la parole de la victime. La défense, elle, maintiendra la thèse de l’état de nécessité, déjà plaidée lors des précédentes audiences.

Une affaire qui divise l’opinion publique

Le procès Balanganayi a suscité une intense émotion dans la capitale et au-delà. La vidéo devenue virale, montrant le médecin administrant des coups à une patiente allongée sur une table d’accouchement, a choqué l’opinion. Les réactions se sont multipliées, y compris au plus haut niveau de l’État.

Les organisations féminines et de défense des droits humains sont montées au créneau. Pour elles, les actes du docteur Balanganayi constituent une violence obstétricale inadmissible, une forme de torture que rien ne saurait justifier. Elles réclament des sanctions sévères, voire exemplaires, pour dissuader d’autres professionnels de santé d’adopter de tels comportements.

Mais une partie des professionnels de la santé a également pris la parole. Leur position est plus nuancée. Ils reconnaissent que les coups portés sont condamnables, mais ils insistent sur le contexte : une urgence vitale, une patiente refusant obstinément des soins nécessaires, une équipe médicale dépassée. Pour eux, le docteur Balanganayi a peut-être dérapé, mais il a agi avec l’intention de sauver une vie. Certains appellent à un « recadrage » plutôt qu’à une sanction lourde.

Un procès aux enjeux multiples

Au-delà du cas individuel, ce procès soulève des questions de fond. Jusqu’où peut aller un médecin pour sauver un patient ? La contrainte physique est-elle jamais justifiable ? Comment concilier urgence médicale et consentement éclairé ?

La réponse du tribunal sera scrutée. Elle déterminera non seulement le sort du docteur Balanganayi, mais aussi, dans une certaine mesure, les pratiques médicales en RDC. Une condamnation sévère enverrait un signal fort : les violences obstétricales ne seront plus tolérées. Une relaxe ou une peine légère pourrait être interprétée comme un blanc-seing donné à des méthodes brutales.

L’affaire a également une dimension politique. La Première Dame, Denise Nyakeru, s’est personnellement impliquée, en prenant en charge la victime et en appelant à la justice. Une position qui n’est pas sans rappeler son engagement de longue date pour les droits des femmes et contre les violences sexuelles.

Le poids du symbole

Le fait que le verdict soit rendu le vendredi 3 avril, deux jours après la fête nationale du football, n’est probablement qu’une coïncidence. Mais elle n’est pas anodine. Le pays a célébré l’exploit des Léopards, symbole d’unité et de fierté nationale. Aujourd’hui, la justice s’apprête à trancher un dossier qui divise la nation.

Les deux affaires n’ont rien à voir, bien sûr. Mais elles montrent, chacune à leur manière, les contradictions de la société congolaise : capable d’une joie collective immense, mais aussi traversée par des violences intimes, parfois invisibles.

Les attentes avant le délibéré

Ce vendredi, l’audience commencera par l’audition de Dorcas Mulema. Ses mots pèseront lourd. Ensuite, les avocats plaideront, avant que le juge ne se retire pour délibérer. Le verdict pourrait tomber dans la foulée, ou être mis en délibéré pour une date ultérieure.

Les organisations féminines seront présentes, nombreuses, pour soutenir la victime et appeler à une condamnation. La défense, elle, comptera sur les éléments techniques et le contexte d’urgence pour obtenir l’indulgence du tribunal.

Quelle que soit la décision, elle ne mettra pas fin au débat. Mais elle posera un jalon. Dans un pays où les violences faites aux femmes sont encore trop souvent impunies, ce procès a valeur d’exemple. La justice congolaise, cette fois, est attendue au tournant.

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