La sentence pourrait être lourde. Ce vendredi 3 avril 2026, devant le tribunal de grande instance de Kinkole, à l’Est de Kinshasa, le parquet a requis dix ans de servitude pénale principale contre le docteur David Balanganayi. Le médecin est poursuivi pour coups et blessures, torture et enregistrement non autorisé de l’intimité de sa patiente, Dorcas Moya, pendant son accouchement à l’hôpital général de référence de Kinkole. Une affaire qui a choqué l’opinion publique et mobilisé les associations féminines. Le verdict est désormais très attendu.
L’audience de ce vendredi était décisive. Après l’audition des témoins et les plaidoiries des parties civiles, le ministère public a dévoilé ses réquisitions. Elles sont sans appel.
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« Vous condamnerez le prévenu David Balanganayi à 10 ans de servitude pénale principale et une amende de 100.000 dollars américains payable en francs congolais pour l’infraction de torture », a requis le magistrat du parquet.
Mais ce n’est pas tout. Le parquet a également demandé :
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5 ans de prison pour l’infraction d’enregistrement de l’intimité de la victime, assortis d’une amende de 25 millions de francs congolais.
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5 ans de servitude pénale principale pour coups et blessures aggravés.
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La condamnation aux frais d’instance et, à défaut de paiement dans les délais, la contrainte par corps.
Le réquisitoire du parquet est clair : le docteur Balanganayi doit être puni sévèrement pour ses actes. Le cumul des peines pourrait atteindre des sommets, même si le tribunal devra décider si elles s’exécutent de manière concurrente ou consécutive.
Un million de dollars réclamés par la partie civile
Du côté de la victime, les avocats de Dorcas Moya n’ont pas été en reste. Ils ont réclamé une somme faramineuse à titre de dommages et intérêts.
« Il vous plaira de déclarer cette action recevable et pleinement fondée. Il s’agit d’un médecin de l’État congolais dont les fautes ont été commises dans l’exercice de ses fonctions. En conséquence, nous sollicitons la condamnation au paiement d’une somme d’un million de dollars, payable en francs congolais pour dommages et intérêts sur base de l’article 258 du code civil livre 3 », a plaidé l’avocat de la partie civile.
Un million de dollars. Une somme qui peut sembler astronomique, mais qui reflète l’ampleur du préjudice subi par Dorcas Moya. La jeune femme a été victime de violences physiques, de torture, et d’un enregistrement de son intimité sans son consentement, diffusé ensuite sur les réseaux sociaux.
L’état de la victime : un témoignage clé
L’audience de vendredi a également entendu un témoin crucial : le docteur Éloge Ilunga, médecin à l’hôpital Diamant, où Dorcas Moya a été transférée après son calvaire à Kinkole.
Son témoignage va à l’encontre de la thèse de l’urgence défendue par le docteur Balanganayi. Selon ce dernier, il aurait agi sous l’emprise de l’état de nécessité, la vie de la patiente étant en danger.
« Nous avons reçu le vendredi passé Mme Dorcas Moya avec un état observé et des signes vitaux stables, c’est-à-dire que le statut intégral de la patiente par rapport à son physique ou son état était stable. Sa vie n’était pas en danger. Elle n’était donc pas dans un état d’urgence. Elle était admise en chambre », a déclaré le docteur Ilunga.
Un témoignage qui fragilise considérablement la défense du médecin accusé. Si la vie de Dorcas Moya n’était pas en danger au moment de son transfert, la justification de l’état de nécessité devient difficile à soutenir.
La défense joue son va-tout
Face à ces réquisitions sévères et à ce témoignage accablant, la défense du docteur Balanganayi devra trouver les mots pour sauver son client. Plaidera-t-elle la clémence ? Contestera-t-elle l’évaluation des préjudices ? Mettra-t-elle en cause l’organisation de l’hôpital de Kinkole ?
Les avocats du médecin ont déjà indiqué que leur client avait agi pour sauver une vie, et que les coups administrés l’avaient été dans un contexte d’urgence absolue. Mais le témoignage du docteur Ilunga contredit directement cette version.
Le tribunal devra départager les deux récits. Et sa décision aura des conséquences au-delà de ce seul procès.
Une affaire exemplaire
L’affaire Balanganayi est devenue un symbole. Symbole de la lutte contre les violences obstétricales, souvent invisibles, souvent impunies. Symbole du combat des femmes pour que leur parole soit entendue, leur corps respecté, leur dignité protégée.
La Première Dame Denise Nyakeru, qui a pris en charge la victime, a salué la mobilisation. Les associations féminines, présentes en nombre lors des audiences, appellent à une condamnation exemplaire.
Si le tribunal suit les réquisitions du parquet, ce sera un signal fort envoyé à l’ensemble du corps médical : la violence sur les patientes, même sous couvert d’urgence médicale, ne sera plus tolérée.
Le verdict très attendu
Le tribunal a mis son jugement en délibéré. Il devrait être rendu dans les prochains jours, peut-être dès la semaine prochaine.
Dorcas Moya, qui a comparu lors de l’audience, attend avec impatience la décision des juges. Son avocat a réclamé justice, et réparation.
Le docteur Balanganayi, détenu depuis le début de l’affaire, risque la prison ferme, une amende lourde, et la destruction de sa carrière médicale.
Au-delà des peines, c’est la mémoire de la victime, et la dignité de toutes les femmes qui accouchent, qui est en jeu. Le tribunal de Kinkole, tribunal de proximité, va rendre une décision qui aura une résonance nationale.
Une chose est sûre : l’affaire Balanganayi ne s’arrêtera pas au verdict. Elle a ouvert une brèche dans le mur du silence qui entoure trop souvent les violences obstétricales. Et cette brèche, plus rien ne pourra la refermer.



