PolitiquePolitique, Sécurité




Paix en RDC : la rébellion AFC/M23 dévoile sa délégation pour les pourparlers en Suisse

Le processus de paix tant attendu entre le gouvernement congolais et la rébellion de l'AFC/M23 reprend cette semaine. Mais les…

Le processus de paix tant attendu entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23 reprend cette semaine. Mais les discussions, initialement prévues à Doha, ont été délocalisées en Suisse en raison de la guerre au Moyen-Orient. La rébellion a transmis au ministre d’État qatari des Affaires étrangères, Mohammed Bin Abdel Aziz Al Khulaifi, les noms des 12 membres composant sa délégation. Une surprise de taille : parmi les six experts figure Claude Ibalanky Ekolomba, ancien ambassadeur itinérant de Félix Tshisekedi, qui rejoint officiellement la rébellion pour la première fois.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans les milieux politiques congolais. Claude Ibalanky, figure connue de la scène politique, ancien proche du pouvoir, a franchi le Rubicon. Fin janvier dernier, il était apparu aux côtés des dirigeants rebelles à Goma, affirmant n’avoir pas « encore rejoint l’AFC/M23 » mais faire une « offre » à Corneille Nangaa, le chef de la rébellion.

LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ



Aujourd’hui, les doutes sont levés. Ibalanky est officiellement membre de la délégation rebelle, en tant qu’expert. Un retournement spectaculaire.

Une délégation de 12 membres

La délégation de l’AFC/M23 est composée de six négociateurs et de six experts.

  • Les négociateurs : six membres, dont René Abandi comme négociateur en chef.

  • Les experts : six membres, parmi lesquels Claude Ibalanky Ekolomba.

La liste a été transmise au médiateur qatari, qui tentera de faire avancer les discussions entre les deux parties. Le choix de la Suisse comme lieu de négociation est une première. La Confédération helvétique, neutre et experte en médiation, offre un cadre discret et sécurisé.

Qui est Claude Ibalanky ?

Claude Ibalanky Ekolomba n’est pas un inconnu. Son parcours est celui d’un homme du sérail, passé par des postes clés de l’administration congolaise.

Il a été coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba (MNS) , un dispositif chargé du suivi des engagements régionaux en matière de paix et de sécurité dans l’Est de la RDC. Un poste stratégique, qui lui a permis de côtoyer les acteurs régionaux et internationaux de la paix.

Le 23 mai 2023, il a été nommé ambassadeur itinérant du président de la République par ordonnance présidentielle, une fonction rattachée à la Présidence. Un poste honorifique, mais qui témoignait de sa proximité avec le chef de l’État.

Le 12 juin 2023, il a lancé le regroupement politique Réveil Populaire (REPOP) , créé dans le cadre des élections générales de décembre 2023. REPOP affichait son soutien à un second mandat de Félix Tshisekedi.

Le 19 janvier 2024, ce regroupement a contesté les résultats des élections législatives publiés par la CENI. Une première prise de distance avec le pouvoir.

Une défection qui interroge

Le passage de Claude Ibalanky dans le camp rebelle interroge. Comment un ancien ambassadeur itinérant du président, un ancien coordinateur d’un mécanisme de paix, un homme qui a soutenu la réélection de Tshisekedi, peut-il aujourd’hui rejoindre l’AFC/M23 ?

Plusieurs hypothèses circulent.

  • Ralliement sincère : Ibalanky aurait pris conscience des dérives du pouvoir, de l’impasse sécuritaire, et aurait choisi la rébellion par conviction.

  • Opportunisme : il aurait vu que le vent tournait, que l’AFC/M23 gagnait du terrain, et aurait voulu se positionner pour l’après.

  • Médiation déguisée : certains murmurent qu’il serait en réalité un agent double, chargé par Kinshasa de négocier ou d’espionner.

Aucune de ces hypothèses n’est confirmée. Mais la présence d’Ibalanky dans la délégation rebelle est un coup dur pour le gouvernement. C’est la preuve que la rébellion attire des cadres compétents, rompus aux arcanes du pouvoir.

Les enjeux des pourparlers en Suisse

Les discussions en Suisse interviennent après plusieurs rounds de négociations à Doha, qui n’ont pas abouti à une avancée décisive. Les points de blocage sont nombreux.

  • Cessez-le-feu : l’AFC/M23 exige un cessez-le-feu préalable, tandis que le gouvernement veut d’abord un retrait des troupes rwandaises.

  • Désarmement : le sort des combattants rebelles, leur désarmement, leur démobilisation, leur réinsertion.

  • Justice transitionnelle : les crimes commis par les deux parties doivent être jugés.

  • Retour des déplacés : des millions de personnes ont fui les combats. Leur retour est une priorité humanitaire.

  • Réformes politiques : l’AFC/M23 réclame des réformes profondes, y compris une révision de la Constitution.

Le Qatar, médiateur, pousse les deux parties à la conclusion d’un accord-cadre, qui pourrait être signé d’ici la fin de l’année. La Suisse, pays hôte, offre un cadre neutre et sécurisé.

La position du gouvernement

Le gouvernement congolais, par la voix de son porte-parole, a pris acte de la composition de la délégation rebelle. Il n’a pas commenté la présence de Claude Ibalanky.

Officiellement, Kinshasa est prêt à négocier, mais pas à n’importe quelles conditions. Le gouvernement exige le retrait préalable des troupes rwandaises, la dissolution de l’AFC/M23, et la restauration de son autorité sur les zones occupées.

L’opposition, elle, est divisée. Certains soutiennent la médiation qatarie, d’autres la rejettent, estimant qu’elle légitime la rébellion.

Le rôle du Qatar et de la Suisse

Le Qatar, petit émirat riche en gaz, joue un rôle croissant de médiateur dans les conflits africains. Il a déjà facilité des accords de paix au Soudan, en Somalie, en Libye. Ses moyens financiers, son réseau diplomatique, et sa relative neutralité en font un acteur prisé.

La Suisse, de son côté, offre son expertise en matière de médiation, ses infrastructures, et sa sécurité. Le pays a accueilli de nombreuses négociations de paix, du conflit irlandais aux guerres balkaniques.

La combinaison Qatar-Suisse est un atout. Reste à savoir si les parties sauront saisir cette opportunité.

L’avenir du processus de paix

Les pourparlers en Suisse sont un test. Si les deux parties parviennent à un accord, ce pourrait être une avancée majeure vers la fin de la guerre dans l’Est. Si elles échouent, la région risque de sombrer dans une nouvelle vague de violences.

Les enjeux sont immenses. Des millions de vies sont en jeu. La crédibilité des médiateurs, des gouvernements, des rebelles est engagée.

Claude Ibalanky, par son ralliement à la rébellion, a ajouté une pierre à un édifice déjà complexe. Son parcours, ses compétences, ses réseaux pourraient servir la cause de la paix, ou au contraire la compliquer.

Les prochains jours diront si les négociations en Suisse seront une étape décisive, ou une nouvelle occasion manquée. Les Congolais, surtout ceux de l’Est, attendent avec impatience. Ils aspirent à la paix, à la sécurité, à la justice. Ils ne demandent qu’à croire que ce processus sera le bon. Mais ils ont été trop souvent déçus pour ne pas rester prudents.

L’histoire retiendra. Les médiateurs, les négociateurs, les experts, tous sont désormais sous pression. Il est temps de transformer les intentions en actes, les discours en décisions, les promesses en réalité. La paix en RDC est à ce prix.

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP