Ils sont à 90 minutes (ou 120, ou une séance de tirs au but) de l’histoire. À quelques jours du barrage retour des qualifications pour la Coupe du monde 2026, le sélectionneur des Léopards de la RD Congo, Sébastien Desabre, a brisé la glace. Dans un entretien accordé à FIFA.com, le technicien français affiche une sérénité tranchante et une ambition dévorante. Le 31 mars à Guadalajara, au Mexique, son équipe jouera bien plus qu’un match : une renaissance.
Il faut remonter loin. Très loin. La dernière (et unique) fois que la RD Congo a foulé les pelouses d’une Coupe du monde, c’était en 1974 en Allemagne de l’Ouest. Le pays s’appelait encore le Zaïre, Mobutu régnait, et Sébastien Desabre n’était pas né. Cinquante-deux ans plus tard, le destin a confié au Français de 49 ans la mission de ramener les Léopards dans la lumière planétaire.
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« Treize matches pour en arriver là »
Dans le micro de FIFA TV, la voix est posée, le discours rodé. Desabre ne se laisse pas griser par l’événement. Il rappelle le chemin parcouru depuis sa prise de fonction, il y a trois ans et demi. « On est très motivés. On est dans la continuité de notre objectif de base. Ce match de barrage sera notre treizième match depuis le début des qualifications. On peut dire que ça a été assez long. On a passé toutes les étapes. »
Treize matches. Un marathon africain fait de sueur, de doutes, de joies et de désillusions pour les autres. Les Léopards, eux, sont toujours là. Huitièmes de finaliste de la dernière Coupe d’Afrique des Nations au Maroc, ils ont engrangé de l’expérience, de la confiance, et surtout une identité de jeu qui fait leur force.
Cagous ou Reggae Boyz, même combat
L’adversaire ? Il n’est pas encore connu. Ce sera le vainqueur de l’autre barrage intercontinental entre la Nouvelle-Calédonie (les Cagous) et la Jamaïque (les Reggae Boyz). Deux styles, deux cultures, deux mondes. Desabre a fait ses devoirs. « La Jamaïque et la Nouvelle-Calédonie sont des équipes qu’on connaît bien. On les a scoutées. »
Mais le sélectionneur français ne veut pas tomber dans le piège de l’obsession adverse. « Pour l’instant, on est beaucoup plus focus sur nos joueurs. » Une déclaration qui en dit long sur la philosophie du staff : faire de cette équipe un bloc solide, imperméable aux aléas, capable de s’adapter sans se renier.
Et quand on lui demande s’il a une préférence entre les deux adversaires potentiels, la réponse claque comme un coup de semonce : « On ne craint personne. On va jouer notre chance à fond. À nous de faire a minima le même match de très haut niveau qu’on avait fait contre le Nigeria. »
Le Nigeria. Ce quart de finale de CAN perdu aux tirs au but mais gagné en stature. Ce match où les Léopards ont montré qu’ils pouvaient rivaliser avec les cadors du continent. Le modèle est posé.
Wissa de retour, le puzzle s’assemble
Pour préparer cette échéance cruciale, Desabre a dévoilé une liste de 26 joueurs. Avec un retour de poids : celui de Yoane Wissa. L’attaquant de Newcastle, blessé longuement et privé de CAN cet hiver, fait son grand retour dans le groupe. Un atout offensif de taille pour bousculer n’importe quelle défense.
Avant le choc du 31 mars à Guadalajara, les Léopards disputeront un match amical contre les Bermudes le 25 mars. L’occasion de peaufiner les derniers réglages, de tester des automatismes, et surtout de maintenir le groupe en condition dans cette période d’attente.
« Tout va s’arrêter au Congo »
Mais au-delà des considérations tactiques, Sébastien Desabre touche du doigt ce qui rend ce match si spécial. Le poids d’un peuple, l’attente de tout un pays. « Les Congolais sont fous de foot, il y a des gens qui souffrent au pays, et je sais que le 31 mars, tout va s’arrêter pour que les gens regardent le match. On espère donner aux Congolais le plaisir qu’ils méritent. »
Ces mots résonnent particulièrement dans une RDC meurtrie par les conflits à l’Est, les drames miniers, les incendies meurtriers. Le football, parfois, a ce pouvoir d’arrêter le temps, de suspendre les souffrances, d’offrir une respiration collective.
Le 31 mars, à Guadalajara, les Léopards ne joueront pas seulement leur place au Mexique et aux États-Unis pour la phase finale. Ils joueront une parenthèse de bonheur pour des millions de Congolais qui, l’espace d’un match, oublieront tout le reste pour ne vivre que par et pour le ballon rond.
Cinquante-deux ans d’attente. Treize matches de qualifications. Quatre-vingt-dix minutes, peut-être plus, pour écrire l’histoire. Sébastien Desabre et ses hommes ont rendez-vous avec leur destin. Et ils y vont sans peur.



