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Nangaa sort de l’ombre et prévient : « Kinshasa veut nous décapiter, nous répondrons »

Goma, 11 mars 2026 – Le visage grave, la voix posée mais le ton menaçant. Au lendemain des frappes de drones…

Goma, 11 mars 2026 – Le visage grave, la voix posée mais le ton menaçant. Au lendemain des frappes de drones qui ont secoué la ville de Goma et coûté la vie à trois personnes, dont une humanitaire française, Corneille Nangaa est sorti du silence. Le coordonnateur politique de l’AFC/M23 a convoqué la presse pour livrer sa vérité, et surtout, pour adresser un avertissement sans équivoque au régime de Kinshasa.

Devant les caméras, Nangaa n’a pas mâché ses mots. Selon lui, les attaques répétées de ces derniers mois ne doivent rien au hasard. Elles obéissent à un plan précis, méthodique et sanglant. « Il est indéniable que la plupart des attaques successives perpétrées par le régime de Kinshasa ces derniers mois visent particulièrement les hautes personnalités politiques et militaires qui forment le leadership de l’Alliance Fleuve Congo-Mouvement du 23 mars », a-t-il asséné, désignant nommément les cibles de ce qu’il présente comme une entreprise de décapitation.

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« Ils voulaient nous tuer tous »

Dans le détail, le chef rebelle a révélé que les frappes de ce mercredi 11 mars avaient délibérément visé le cœur du commandement de la rébellion. « Elles ont visé notamment le coordonnateur politique de l’AFC-M23, Corneille Nangaa Yobeluo, le coordonnateur militaire, le général Sultani Makenga, ainsi que les deux coordonnateurs adjoints, Bertrand Bisimwa et Freddy Kaniki », a-t-il énuméré, comme pour signifier que le régime de Félix Tshisekedi cherche à porter un coup fatal à l’état-major de l’insurrection.

Une accusation grave, qui place la rébellion en position de victime, mais aussi en situation de légitime défense. Car pour Nangaa, l’objectif de Kinshasa ne se limite pas à l’élimination des seuls rebelles. « L’objectif de Kinshasa est bien entendu de décapiter d’une part la révolution et d’autre part l’opposition politique au régime, d’affaiblir ses principaux piliers politiques et sécuritaires et de forcer l’intensification d’une guerre régionale généralisée », a-t-il développé, élargissant le spectre à toutes les voix dissidentes réfugiées dans les zones sous contrôle du M23.

La menace d’une escalade assumée

Face à ce qu’il qualifie d’« agressions répétitives et orgueilleuses », Corneille Nangaa a brandi la menace d’une riposte. Une menace qui pourrait faire basculer une région déjà meurtrie dans un chaos encore plus grand. « L’Armée Révolutionnaire Congolaise assumera son devoir de protéger les populations civiles sous sa protection. Toute escalade qui en résultera relèvera de la responsabilité exclusive du régime de Kinshasa », a-t-il prévenu, rejetant d’avance la faute sur son adversaire tout en promettant de défendre coûte que coûte les territoires conquis.

Une déclaration qui intervient dans un contexte où les appels à la retenue se multiplient sur la scène diplomatique. Quelques jours avant ces frappes, une coalition de pays occidentaux – Belgique, Danemark, France, Allemagne, États-Unis, entre autres – avait exprimé sa « profonde inquiétude » face aux violations des cessez-le-feu garantis par les Accords de Washington et l’engagement de Doha. Ces mêmes pays avaient dénoncé l’utilisation de drones lors d’attaques militaires, mettant en danger les populations civiles.

Humanitaires pris pour cible, la communauté internationale sous le choc

Justement, parmi les civils, il y a ceux qui paient le prix le plus lourd. L’attaque de ce mercredi a ravivé le douloureux débat sur la sécurité des travailleurs humanitaires dans l’est de la RDC. Alors que l’OCHA avait récemment noté une baisse des incidents les affectant – 37 en janvier 2026 contre 48 en décembre 2025 –, la mort d’une employée de l’Unicef dans une frappe de drone a glacé le sang de la communauté internationale.

Les processus diplomatiques, portés par l’Union africaine et le Groupe de contact international, progressent sur le papier. Mais sur le terrain, les armes continuent de parler. Et ce mercredi 11 mars 2026, à Goma, ce ne sont pas des discussions qui sont tombées du ciel, mais des drones. Avec leur lot de morts, de menaces et de promesses de vengeance.

Reste une question, suspendue comme un nuage de fumée au-dessus du lac Kivu : jusqu’où ira cette escalade ?

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