Un vent de fronde souffle sur l’Assemblée nationale. Ce lundi 13 avril 2026, une motion de défiance a été déposée contre le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo. L’initiative émane du député national Laddy Yangotikala Senga, élu de Kisangani-Ville (Tshopo). Motif : l’insécurité grandissante dans les grandes villes du pays, et en particulier à Kinshasa, où les braquages, les kidnappings et le banditisme urbain sont en hausse, malgré l’opération « Ndobo » censée les éradiquer.
L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans les couloirs du Palais du peuple. Un député de la majorité, Laddy Yangotikala, membre du groupe parlementaire « Bâtissons le Congo », ose défier un ministre du gouvernement. Le texte de la motion, dont notre rédaction a obtenu copie, est sans appel.
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Une insécurité chronique à Kinshasa
Depuis plusieurs mois, Kinshasa, la capitale de plus de 15 millions d’habitants, est en proie à une recrudescence de l’insécurité. Les faits divers s’accumulent : braquages à main armée, kidnappings contre rançon, attaques nocturnes de résidences, meurtres lors de vols de voitures ou de téléphones.
Les quartiers populaires, mais aussi les zones résidentielles, sont touchés. Les Kinois vivent dans la psychose. Les activités économiques et sociales sont perturbées. La confiance dans les institutions est en berne.
L’opération « Ndobo » (Hameçon), lancée il y a plusieurs mois par le ministère de l’Intérieur, devait inverser la tendance. Présentée comme un succès par le gouvernement (arrestations de « kulunas », déferrements devant la justice), elle n’a pourtant pas réussi à endiguer le phénomène. Les annonces d’arrestations se multiplient, mais les actes criminels aussi.
Le cri d’alarme du président Tshisekedi
Lors de la 82e réunion du Conseil des ministres, le président Félix Tshisekedi lui-même avait tiré la sonnette d’alarme. Il a dit avoir été saisi des préoccupations de la population, qui signale une recrudescence inquiétante des enlèvements dans la capitale.
« À ces faits s’ajoutent des attaques nocturnes perpétrées par des bandits armés dans certaines résidences, semant la peur et l’insécurité parmi les citoyens », avait-il déclaré.
Le chef de l’État avait alors ordonné au gouvernement l’intensification de la traque et du démantèlement des réseaux criminels. Un ordre qui, visiblement, n’a pas encore été pleinement exécuté, ou qui n’a pas produit les effets escomptés.
Les griefs du député Yangotikala
Dans sa motion de défiance, le député Laddy Yangotikala énumère les griefs contre le ministre Shabani.
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Échec de l’opération Ndobo : malgré des moyens importants, l’insécurité n’a pas reculé. Les résultats annoncés sont en décalage avec la réalité vécue par les Kinois.
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Absence de vision stratégique : le ministre n’aurait pas proposé de plan cohérent pour lutter contre les causes profondes de l’insécurité (pauvreté, chômage des jeunes, trafic d’armes, etc.).
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Déficit de communication : les annonces gouvernementales sur les arrestations ne sont pas suivies d’effets visibles. Les citoyens se sentent abandonnés.
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Responsabilité politique : en tant que ministre de l’Intérieur, Shabani est le premier responsable de la sécurité intérieure. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, il doit en assumer les conséquences.
Le député appelle donc ses collègues à voter la motion de défiance, et à demander au président Tshisekedi de limoger le ministre.
Les réactions politiques
La motion de défiance a suscité des réactions contrastées.
La majorité est divisée. Certains députés soutiennent le ministre Shabani, estimant qu’il fait de son mieux avec des moyens limités. D’autres, comme Laddy Yangotikala, jugent que les résultats ne sont pas au rendez-vous et qu’il faut changer de stratégie, voire de ministre.
L’opposition, elle, se frotte les mains. Elle dénonce depuis longtemps l’insécurité à Kinshasa, et voit dans cette motion une occasion de mettre le gouvernement en difficulté. Certains députés d’opposition pourraient voter la motion, même si ce n’est pas leur candidat qui remplacera Shabani.
La société civile est partagée. Certaines organisations soutiennent la motion, estimant que le gouvernement doit rendre des comptes. D’autres appellent à la prudence, craignant que la motion ne déstabilise davantage le pays.
Les Kinois, eux, attendent des actes. Les sondages informels montrent une lassitude générale. Les citoyens en ont assez des discours, des promesses, des opérations coup de poing. Ils veulent des résultats concrets : moins de braquages, moins de kidnappings, moins de peur.
Les enjeux de la motion
La motion de défiance contre Jacquemain Shabani est un test pour la majorité présidentielle. Si elle est votée, ce sera un désaveu cinglant pour le gouvernement, et pour le président Tshisekedi qui a nommé ses ministres.
Si elle est rejetée, le ministre Shabani sera conforté, mais la pression sur lui restera forte. L’insécurité ne disparaîtra pas par magie.
Les enjeux sont aussi politiques. À l’approche des élections de 2028, chaque parti cherche à se positionner. Le député Yangotikala, en déposant cette motion, se pose en homme de terrain, proche des préoccupations des citoyens. Un profil qui pourrait lui servir dans l’avenir.
Le sort de la motion
La motion de défiance doit maintenant être examinée par le bureau de l’Assemblée nationale, puis inscrite à l’ordre du jour d’une séance plénière. Elle devra recueillir la majorité des voix des députés présents pour être adoptée.
Le ministre Shabani aura le droit de se défendre, de répondre aux accusations, de présenter son bilan. Il pourra être soutenu par ses collègues du gouvernement et par les députés de la majorité.
Le vote pourrait avoir lieu dans les prochains jours, ou dans les prochaines semaines, selon l’agenda parlementaire.
Un avertissement pour le gouvernement
Quel que soit l’issue de cette motion, elle constitue un avertissement pour le gouvernement. L’insécurité est devenue un sujet brûlant, qui pourrait coûter cher à la majorité lors des prochaines élections.
Le ministre Shabani est sur la sellette. Il doit montrer des résultats rapides, ou payer le prix politique. Le président Tshisekedi, qui lui a accordé sa confiance, pourrait être amené à le sacrifier si la pression devient trop forte.
L’opération Ndobo doit être renforcée, ou repensée. Les causes profondes de l’insécurité (pauvreté, chômage, justice défaillante) doivent être traitées. La police doit être réformée, mieux équipée, mieux formée.
Les Kinois en ont assez de vivre dans la peur. Ils exigent des actes. La motion de défiance est un signal. Reste à savoir si le gouvernement l’entendra, et s’il agira en conséquence. L’avenir politique de Jacquemain Shabani, et peut-être la stabilité du gouvernement, en dépendent.



