La joie de la qualification historique des Léopards ne doit pas faire oublier les défis structurels. C’est le message martelé par Cédric Bakambu, l’un des cadres de l’équipe nationale. Dans un message publié sur son compte X (ex-Twitter), l’attaquant du Real Betis appelle ses compatriotes à transformer cette victoire en tremplin pour moderniser les infrastructures sportives du pays. Un cri d’alarme, alors que la RDC ne dispose d’aucun stade aux normes internationales.
Mardi 31 mars 2026 restera gravé dans les mémoires. Ce jour-là, les Léopards ont battu la Jamaïque (1-0) à Guadalajara, décrochant leur billet pour la Coupe du monde après 52 ans d’attente. L’unique but de la rencontre a été inscrit par Axel Tuanzebe.
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Dans l’euphorie générale, Cédric Bakambu a tenu à tempérer l’enthousiasme. L’attaquant de 34 ans, qui a connu plusieurs sélections et participé à la renaissance de l’équipe, a adressé un message à ses compatriotes.
« C’est une opportunité pour nous tous de nous rassembler, de nous investir, de moderniser nos infrastructures sportives, d’accompagner notre jeunesse et de faire rayonner le sport en République démocratique du Congo. L’avenir commence aujourd’hui », a-t-il écrit.
Un message qui interpelle
Le message de Cédric Bakambu ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. La situation des infrastructures sportives en RDC est alarmante. Kinshasa, la capitale, ne dispose d’aucun stade répondant aux standards internationaux en matière de sécurité, de confort et de technologies.
Le stade des Martyrs, d’une capacité de 80 000 places assises, est actuellement abandonné à son triste sort. Il n’est pas homologué par la FIFA, car ne répondant pas aux exigences de l’instance internationale. Le stade Tata Raphaël (45 000 places) connaît le même sort.
À l’intérieur du pays, la situation est encore plus préoccupante. Les stades sont souvent délabrés, mal équipés, voire inexistants. Les clubs congolais, privés d’infrastructures dignes de ce nom, peinent à se développer et à former de jeunes talents.
Un retard considérable sur les voisins
La RDC accuse un retard considérable par rapport à plusieurs pays voisins. Le Rwanda, le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Maroc, l’Égypte, l’Afrique du Sud : tous ont investi des fonds importants pour se doter d’infrastructures modernes et multifonctionnelles.
Ces pays accueillent régulièrement des compétitions internationales, ce qui leur permet de développer leur économie, de créer des emplois et de soigner leur image à l’étranger. La RDC, elle, reste à la traîne.
Le paradoxe est cruel. Le pays regorge de talents, ses joueurs brillent en Europe, son équipe nationale vient de se qualifier pour le Mondial, mais ses stades tombent en ruine.
Bakambu : « Je n’oublie pas la douleur de l’Est »
Avant d’appeler à la modernisation des infrastructures, Cédric Bakambu a tenu à adresser une pensée aux populations de l’Est du pays, ravagé par la guerre.
« Cependant, je n’oublie pas la douleur et les souffrances que vit l’Est de notre pays, ravagé par les guerres et les conflits depuis trop d’années. Chaque effort que nous fournissons sur le terrain, chaque moment de sacrifice, est aussi pour eux. Nous portons leurs espoirs avec nous, et chaque pas vers la Coupe du monde est un pas vers l’espoir pour tout le peuple congolais », a-t-il écrit.
Un message empreint de gravité, qui rappelle que la joie du sport ne doit pas faire oublier les réalités du pays. Les Léopards jouent aussi pour les déplacés, pour les victimes, pour ceux qui n’ont plus d’espoir.
La nation face à ses responsabilités
La qualification pour le Mondial place la RDC face à ses responsabilités. L’État ne peut plus ignorer l’état de délabrement de ses infrastructures sportives. Des solutions existent, mais elles nécessitent de la volonté politique et des investissements.
À défaut de moyens financiers suffisants, l’État peut créer des partenariats public-privé. Il s’agit de collaborer avec des entreprises privées pour financer et gérer ces installations pendant une durée donnée. C’est l’une des stratégies modernes utilisées par de nombreuses nations.
La construction de stades modernes peut également être intégrée dans des programmes de développement plus larges, financés par des bailleurs de fonds internationaux. La Banque mondiale, l’Union européenne, la Banque africaine de développement : autant de partenaires potentiels.
Les infrastructures sportives, levier de développement
Les infrastructures sportives modernes ne sont plus de simples lieux d’amusement. Elles sont devenues des leviers de développement économique et social.
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Développement économique : elles attirent des événements internationaux, génèrent des revenus touristiques, créent des emplois.
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Santé publique : elles encouragent la pratique sportive, contribuent à la prévention des maladies.
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Éducation et formation : les centres de formation sportive aident à développer les compétences des jeunes, à les éloigner de la délinquance.
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Image du pays : des stades modernes et bien entretenus soignent l’image de la RDC à l’international.
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Aménagement du territoire : la construction d’infrastructures sportives entraîne la construction de routes, d’hôtels, de commerces.
Autant d’arguments que Cédric Bakambu a voulu mettre en avant dans son message.
Un appel à l’unité et à l’action
Au-delà de la modernisation des infrastructures, Cédric Bakambu appelle à l’unité et à l’action. La qualification pour le Mondial est une chance unique de fédérer le pays autour d’un projet commun.
« C’est une opportunité pour nous tous de nous rassembler, de nous investir », écrit-il. Un appel lancé aux autorités, aux sponsors, aux supporters, aux médias, à tous les acteurs de la société congolaise.
Le chemin sera long. Les stades ne se construiront pas en un jour. Mais la dynamique est là. La qualification des Léopards a créé un élan de fierté nationale qu’il serait dommage de laisser retomber.
Le défi de l’après-Mondial
La Coupe du monde, c’est pour bientôt. Les Léopards affronteront le Portugal, la Colombie et l’Ouzbékistan dans le groupe K. Mais au-delà de la compétition, c’est l’avenir du football congolais qui se joue.
Si la RDC ne modernise pas ses infrastructures, cette qualification restera une simple anecdote, un feu de paille. Si, au contraire, le pays saisit cette opportunité pour investir, pour construire, pour former, alors cette génération de joueurs aura changé l’histoire.
Cédric Bakambu, lui, a déjà pris sa part. Il appelle désormais ses compatriotes à faire de même. La balle est dans le camp des autorités, des partenaires privés, de la société civile.
Les Léopards ont rugi assez fort pour être entendus jusqu’au bout du monde. Il ne reste plus qu’à transformer ce rugissement en action. L’avenir du sport congolais en dépend. L’avenir de la jeunesse congolaise aussi.



