La crise politique au sommet de l’État congolais connaît son épilogue. Modeste Bahati Lukwebo a officiellement remis sa démission de son poste de deuxième vice-président du Sénat, ce mercredi 18 mars 2026. Une décision qui intervient au lendemain du dépôt d’une pétition de destitution ayant recueilli une écrasante majorité de signatures.
C’est par une lettre sobre, adressée au président de la chambre haute Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, que l’ancien président du Sénat a tourné la page. Dans les couloirs de l’institution, l’information a circulé rapidement, mettant fin à plusieurs jours de spéculations et de tensions.
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Joint par nos confrères d’ACTUALITE.CD aussitôt après avoir déposé sa lettre, Modeste Bahati a livré les motivations de son retrait. Avec un calme apparent, il explique avoir choisi la voie de l’apaisement :
« Je me disais que ça ne sert à rien d’engager un bras de fer avec mes collègues. De toutes les façons, quand on reçoit un mandat, on doit se préparer à le quitter à tout moment. »
Les causes d’une chute
La démission de Modeste Bahati ne tombe pas du ciel. Elle est l’aboutissement d’une séquence politique tendue, déclenchée par des déclarations controversées sur une possible révision constitutionnelle. Des propos qui ont été perçus par une partie de la classe politique comme un manque de respect envers les institutions.
La pétition de destitution, initiée par le sénateur Dany Kabongo Bondanya de l’UDPS, avait cristallisé le mécontentement. Les griefs étaient multiples : accusations d’incompétence, manquements dans l’exercice de ses fonctions, et bien sûr cette fameuse sortie médiatique sur les textes fondamentaux du pays.
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Avec 83 signatures sur 109 sénateurs, le rapport de forces était sans appel. Bahati savait sa position intenable. « Comme il y a eu des incompréhensions à la suite de ma déclaration, je croyais avoir été compris en disant qu’il faut beaucoup travailler sur l’homme, sur sa mentalité et son comportement pour espérer que le texte soit bien appliqué », a-t-il tenté de justifier.
Lâché par les siens
Le plus dur, dans cette chute, a peut-être été ailleurs. Car Modeste Bahati n’a pas seulement fait face à l’hostilité de l’opposition ou de la majorité. Il a aussi vu son propre camp se désagréger.
Des membres de son regroupement politique, l’AFDC-A, avaient publiquement pris leurs distances. Certains appelaient ouvertement leur leader à « tirer les conséquences politiques » de ses actes. Une défection interne qui a privé Bahati de toute base solide pour résister.
« Je croyais m’être bien expliqué, mais voilà. Dans ma nature, je n’aime pas la confrontation, j’ai préféré déposer ma démission aujourd’hui », a-t-il confié, laissant percer une pointe d’amertume.
La fin d’un cycle
Pour celui qui a présidé le Sénat de 2019 à 2024 avant d’en devenir le deuxième vice-président lors des élections législatives de 2023, cette démission marque un tournant. Elle symbolise l’usure du pouvoir et la fragilité des positions acquises.
Bahati reste sénateur. Il conserve son mandat et son influence politique. Mais il sort affaibli de cette épreuve, et le message envoyé à la classe politique est clair : plus personne n’est intouchable.
Au Sénat, la procédure de destitution devient désormais caduque. Reste à savoir qui héritera du poste laissé vacant et comment cet épisode remodelera les alliances au sein de la chambre haute. Une certitude : la séquence aura montré que, dans la politique congolaise, le soutien d’hier n’est pas toujours celui de demain.


