Maniema : Kindu accueille une conférence historique sur l’agriculture, l’environnement et le tourisme

Le Maniema sort de l'ombre. Ce mercredi 8 avril 2026, la ville de Kindu, chef-lieu de la province, a ouvert…

Le Maniema sort de l’ombre. Ce mercredi 8 avril 2026, la ville de Kindu, chef-lieu de la province, a ouvert ses portes à sa toute première conférence sur l’agriculture, l’environnement, le tourisme et l’eau. Pendant trois jours, du 8 au 10 avril, plus de 500 participants nationaux et internationaux vont plancher sur les moyens de valoriser les richesses de cette région encore méconnue. L’objectif est clair : attirer des investissements étrangers, créer des emplois et faire du Maniema un pôle de développement durable.

L’amphithéâtre de l’Université de Kindu, situé à Lwama, a servi de cadre à cet événement inédit. C’est la ministre nationale de l’Environnement, Marie Nyange Ndambo, qui a donné le coup d’envoi des travaux, en présence des autorités politico-administratives, d’experts, d’acteurs de la société civile et de partenaires techniques et financiers venus de plusieurs provinces.

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Placée sous le haut patronage du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, cette conférence marque un tournant pour la province du Maniema, longtemps restée à l’écart des grands rendez-vous du développement.

Un diagnostic sans complaisance

Dans son allocution d’ouverture, le gouverneur Mussa Kabwankubi Moïse a donné le ton. L’heure n’est pas aux discours convenus, mais à l’action.

« Nous voulons établir un diagnostic sans complaisance des secteurs clés : agriculture, environnement, tourisme et eau. C’est à partir de cette analyse que nous identifierons les problèmes majeurs et les solutions adaptées », a-t-il déclaré.

Le gouverneur a insisté sur les immenses potentialités du Maniema. Une province riche en ressources naturelles, en terres agricoles fertiles, en eau abondante, en biodiversité exceptionnelle. Pourtant, elle reste enclavée, sous-équipée, et sa population vit souvent dans la précarité.

« Le Maniema a un rôle à jouer dans la stabilité climatique de notre pays et du monde », a ajouté l’autorité provinciale, appelant à une mobilisation collective pour sortir la province de son isolement.

Une « grande première » saluée par la ministre

Pour la ministre Marie Nyange Ndambo, cette conférence est une « grande première ». Une occasion unique de mettre en lumière une province qu’elle décrit comme une « terre d’opportunités ».

La ministre, qui a parcouru le pays pour promouvoir la protection de l’environnement, a salué l’initiative du gouverneur et des autorités locales. Elle a rappelé que le développement durable passe par la valorisation des ressources locales, l’implication des communautés, et la coopération entre les secteurs public et privé.

« Le Maniema a tout pour réussir, a-t-elle déclaré. Il suffit de croire en ses potentialités et de travailler ensemble pour les concrétiser. »

Quatre secteurs, un même combat

Pendant trois jours, experts, autorités, opérateurs économiques et acteurs de la société civile vont réfléchir sur des pistes concrètes pour un développement durable et inclusif du Maniema.

Quatre secteurs sont à l’honneur.

1. L’agriculture : le Maniema dispose de terres fertiles et d’un climat favorable. Pourtant, l’agriculture reste traditionnelle, peu mécanisée, peu productive. L’enjeu est d’attirer des investissements pour moderniser les exploitations, former les agriculteurs, développer les filières (maïs, riz, manioc, café, cacao, etc.) et connecter les producteurs aux marchés.

2. L’environnement : le Maniema abrite des forêts denses, des réserves naturelles, une biodiversité unique. La pression démographique et l’exploitation illégale des ressources menacent cet équilibre fragile. L’objectif est de promouvoir une gestion durable des forêts, de lutter contre la déforestation, de développer des projets de conservation et de valoriser les écosystèmes.

3. Le tourisme : le Maniema possède un potentiel touristique immense : chutes, grottes, paysages, culture locale. Mais l’absence d’infrastructures, l’enclavement et l’insécurité freinent le développement de ce secteur. La conférence vise à identifier les sites à promouvoir, à encourager l’investissement hôtelier, et à former les acteurs locaux.

4. L’eau : le Maniema est traversé par de nombreux fleuves et rivières, dont le célèbre Congo. L’eau est une ressource abondante, mais mal exploitée. L’enjeu est de développer l’hydroélectricité, d’améliorer l’accès à l’eau potable, et de promouvoir une gestion intégrée des ressources en eau.

Attirer les investisseurs

L’objectif ultime de cette conférence est d’attirer des investisseurs étrangers. Le Maniema a besoin de capitaux pour moderniser ses infrastructures, développer ses filières, créer des emplois.

Les autorités provinciales ont préparé des dossiers de projets bancables, dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie, du tourisme, de l’environnement. Ils seront présentés aux investisseurs potentiels, nationaux et internationaux.

Le gouverneur Mussa Kabwankubi a promis un environnement des affaires sécurisé, des facilités administratives, et un accompagnement personnalisé aux investisseurs sérieux. Un message destiné à rassurer les capitaux étrangers, souvent frileux face aux risques perçus en RDC.

Un rôle dans la stabilité climatique

Le gouverneur a également évoqué un enjeu planétaire : le climat. Le Maniema, avec ses forêts, ses tourbières, ses écosystèmes, joue un rôle crucial dans la régulation du climat régional et mondial.

La déforestation et la dégradation des sols libèrent du carbone et contribuent au réchauffement. À l’inverse, la protection des forêts et la gestion durable des terres permettent de stocker le carbone et de lutter contre le changement climatique.

Le Maniema peut donc prétendre à des financements internationants au titre de la REDD+ (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts). Un levier supplémentaire pour attirer des investissements et développer des projets verts.

Une dynamique à confirmer

Cette première conférence est un signal fort. Elle montre que le Maniema, souvent oublié, entend prendre son destin en main. Elle témoigne de la volonté des autorités locales de sortir de l’ornière, de valoriser les potentialités de la province, et de créer les conditions d’un développement durable.

Reste à savoir si les recommandations issues de ces trois jours de travaux seront suivies d’effets. Si les investisseurs seront au rendez-vous. Si les projets sortiront de terre. Si les emplois seront créés. Si la pauvreté reculera.

Le chemin est long. Les défis sont immenses. Mais un premier pas a été franchi. Celui de la prise de conscience collective. Celui de la mobilisation des acteurs. Celui de l’espoir, peut-être.

Kindu, pour quelques jours, est devenue la capitale de l’agriculture, de l’environnement, du tourisme et de l’eau en RDC. Et si cette dynamique se poursuivait, le Maniema pourrait bien devenir un modèle pour d’autres provinces.

L’avenir le dira. En attendant, les 500 participants planchent, échangent, se projettent. Et le Maniema, lentement, sort de l’ombre.

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