Une nouvelle flambée de tension a secoué Kinshasa ce mardi 24 mars 2026. Au rond-point Ngaba, une opération policière a dispersé des militants de la coalition d’opposition Lamuka et du parti AddCongo. Selon ces formations, une vingtaine de jeunes ont été arrêtés et plusieurs blessés alors qu’ils menaient une action de sensibilisation contre un éventuel changement constitutionnel. L’opposition crie à la répression et dénonce un traitement de faveur réservé aux meetings de la majorité.
La scène s’est déroulée en début de matinée. Des militants de Lamuka et d’AddCongo s’étaient rassemblés au rond-point Ngaba pour une campagne de sensibilisation. Leurs thèmes : le dialogue national inclusif et le rejet de toute modification de la Constitution.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Selon la coalition d’opposition, l’information de cette action avait été transmise au gouverneur de Kinshasa depuis une semaine, par l’intermédiaire du parti Ecidé. L’organisation estimait donc avoir rempli toutes les formalités.
Pourtant, vers 10 heures, la police nationale congolaise (PNC) est intervenue. Les premiers récits font état de charges violentes, de tabassages, d’interpellations massives.
Des blessés et des détenus au cachot
Le bilan dressé par l’opposition est alarmant. Prince Epenge, cadre de Lamuka, a détaillé les chiffres devant la presse : « 20 jeunes de Lamuka arrêtés, plus de 7 membres blessés. »
Parmi les interpellés figure Martin Balela, président de la jeunesse d’AddCongo. Selon Lamuka, il se trouve actuellement au cachot de Matete, en compagnie d’une dizaine d’autres militants. Plus grave encore : des blessés seraient également détenus, sans avoir reçu de soins.
« Il est 14 heures passée, la police retient même les blessés ce matin », a dénoncé Prince Epenge, visiblement exaspéré.
Une action autorisée ? Le bras de fer des versions
Lamuka affirme avoir respecté la procédure. Le parti Ecidé, membre de la coalition, aurait transmis la déclaration d’activité aux autorités urbaines. Les militants, selon l’opposition, ne faisaient que « mobiliser la population en faveur du dialogue national, sensibiliser les Congolais pour dire non au troisième mandat de Félix Antoine Tshisekedi et au changement de la Constitution ».
Le porte-parole de Lamuka insiste sur le caractère pacifique de l’action : « Ils n’ont rien fait de mal. »
Face à ces accusations, aucune réaction officielle des autorités n’avait été rendue publique en fin de journée.
Le « deux poids deux mesures » dénoncé
Ce qui exaspère l’opposition, c’est ce qu’elle perçoit comme une inégalité de traitement. Car, soulignent les cadres de Lamuka, les manifestations de la majorité ne subissent pas le même sort.
« Chaque semaine à Kinshasa, le parti au pouvoir, l’UDPS, organise des meetings pour le changement de la Constitution. Plusieurs cadres de l’Union sacrée dont Didier Budimbu à Matete et Peter Kazadi à Tshangu », a rappelé Prince Epenge.
Et d’ajouter, amer : « Quand l’opposition organise même toute petite activité pour dire non au changement de la Constitution et au troisième mandat de Félix Antoine Tshisekedi, on envoie la police pour réprimer. Nous condamnons ce deux poids deux mesures. »
Un contexte politique sous tension
Cet incident ne surgit pas de nulle part. Il intervient dans un climat politique déjà très chargé. La question d’une éventuelle révision constitutionnelle divise profondément la scène politique congolaise.
L’opposition, regroupée au sein de Lamuka et d’autres formations, craint que ce chantier ne cache un projet de modification de la limitation des mandats présidentiels, permettant à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. La majorité, elle, assure vouloir simplement « moderniser » une Constitution vieille de vingt ans.
Les dernières semaines ont vu se multiplier les déclarations, les prises de position, et désormais, les actions de rue. Dans ce contexte, le rond-point Ngaba n’est pas un lieu anodin. Symbole de la mobilisation citoyenne à Kinshasa, il est régulièrement investi par les mouvements politiques et sociaux.
Lamuka promet de continuer
Malgré la répression dénoncée, Lamuka affirme ne pas vouloir baisser le ton. La coalition maintient sa campagne : « Oui au dialogue, non au changement de la Constitution. »
Pour l’opposition, la priorité n’est pas là. « Il faut mettre fin à l’insécurité au Bandundu, à l’Ituri et au Kivu, payer les fonctionnaires, arrêter les braquages », énumère Prince Epenge. Sa conclusion est un slogan qui résume leur position : « Les hommes doivent changer, et non la Constitution. »
L’incident de Ngaba pourrait marquer un tournant dans la mobilisation de l’opposition. La libération immédiate des détenus est exigée. En attendant, les blessés sont toujours au cachot, et les familles des interpellés attendent, inquiètes, des nouvelles.
Dans les heures qui viennent, le gouvernement devra répondre de cette opération. La suite dira si l’opposition obtiendra gain de cause, ou si ce mardi 24 mars restera comme une nouvelle date dans la chronique des tensions entre pouvoir et opposition à Kinshasa.



