Un coup de tonnerre dans la forêt de l’Ituri. Ce mardi 24 mars 2026, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont annoncé la reprise de Muchacha, une localité stratégique du territoire de Mambasa. Ce site minier, longtemps aux mains des rebelles ADF, était devenu un foyer majeur d’atrocités, notamment le massacre d’une trentaine de civils. La reconquête a été menée conjointement avec l’armée ougandaise (UPDF) dans le cadre d’une offensive plus large contre le groupe armé.
Muchacha n’est pas une localité comme les autres. Située dans une zone riche en minerais, elle représentait pour les ADF une source de financement essentielle. Le groupe rebelle d’origine ougandaise y avait imposé sa loi, exploitant illégalement le site minier et multipliant les violences contre les populations locales.
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La reprise de ce bastion est un coup dur pour le mouvement rebelle. Il perd l’un de ses points d’appui les plus importants dans le territoire de Mambasa, un sanctuaire où il avait su se rendre quasiment inexpugnable ces dernières années.
Une coalition FARDC-UPDF en action
Cette opération ne s’est pas déroulée isolément. La reconquête de Muchacha s’inscrit dans une série d’offensives menées vendredi et samedi derniers par la coalition FARDC-UPDF sur plusieurs fronts.
Dans le secteur des Bapere, au Nord-Kivu (territoire de Lubero), les forces régulières ont également frappé fort. Cinq combattants ADF ont été tués, dont un de leurs leaders, de nationalité ougandaise. Un symbole fort pour un groupe qui recrute et structure ses cadres au-delà des frontières.
Le lieutenant Marc Elongo, porte-parole du secteur opérationnel Sokola 1 Grand Nord, a détaillé les résultats de ces opérations : quatre armes AK-47 récupérées, et surtout, trois otages libérés des mains des ADF.
Un sanctuaire qui s’effrite
L’enchaînement de ces succès militaires sur deux fronts distincts – Ituri et Nord-Kivu – est significatif. Il montre une coordination accrue entre les armées congolaise et ougandaise, et une capacité à frapper simultanément sur plusieurs axes.
Pour les ADF, qui avaient fait de la forêt de l’Ituri et des collines du Nord-Kivu leurs sanctuaires, la donne est en train de changer. La perte de Muchacha, avec ses retombées financières, prive le groupe d’une ressource vitale. La mort de l’un de leurs cadres ougandais au Nord-Kivu désorganise en outre leur chaîne de commandement.
Le coût humain de l’occupation
Si les opérations militaires se multiplient et semblent porter leurs fruits, elles rappellent aussi le lourd tribut payé par les civils. À Muchacha, les ADF avaient laissé un sillage de terreur. Le massacre d’une trentaine de civils, évoqué par les FARDC, n’est que le dernier épisode en date d’une violence systématique contre les populations locales.
Les otages libérés dans le secteur des Bapere témoignent, eux aussi, de la stratégie d’ensauvagement du groupe, qui n’hésite pas à enlever des civils pour des rançons ou pour renforcer ses rangs.
Une dynamique régionale à conforter
La reprise de Muchacha et les succès enregistrés au Nord-Kivu sont des avancées notables dans la lutte contre les ADF. Mais la bataille est loin d’être terminée. Le groupe, qui a montré par le passé sa capacité à se recomposer après les revers, reste présent dans d’autres zones.
Pour les armées congolaise et ougandaise, l’enjeu est désormais de consolider les acquis. Cela passe par une présence militaire durable sur les zones reprises, pour empêcher tout retour des rebelles. Cela passe aussi par la restauration de l’autorité de l’État, notamment dans les sites miniers, pour éviter que d’autres groupes armés ne viennent remplacer les ADF dans l’exploitation illégale des ressources.
Pour les populations de Mambasa et des Bapere, l’heure est à un soulagement prudent. Après des années de terreur, la perspective d’un retour à la paix se dessine. Mais la route est encore longue, et les défis nombreux, avant que la vie normale ne puisse reprendre ses droits dans ces territoires martyrs.



