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L’AFC/M23 amorce un repli stratégique, la diplomatie gagne du terrain

Un vent nouveau semble souffler sur l'Est de la République démocratique du Congo. Depuis plusieurs jours, les combattants de l'AFC/M23…

Un vent nouveau semble souffler sur l’Est de la République démocratique du Congo. Depuis plusieurs jours, les combattants de l’AFC/M23 ont entamé un retrait visible dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce samedi 28 mars 2026, ils ont quitté les localités de Pitakongo et Bunyatenge, après s’être déjà retirés, jeudi et vendredi, d’au moins douze localités du territoire de Lubero, ainsi que de la cité stratégique de Minova. Un mouvement qui couvre près de 30 kilomètres par rapport à leurs positions initiales. Loin d’une déroute militaire, ce repli semble obéir à une logique diplomatique, alors que les pourparlers de paix s’intensifient.

L’information, relayée notamment par TV5Monde et confirmée par plusieurs sources locales, ne passe pas inaperçue. Après des mois d’affrontements et de conquêtes territoriales, les rebelles de l’AFC/M23 battent en retraite. Mais il ne s’agit pas d’une fuite, tient à préciser le maire rebelle de Goma. Ces mouvements sont présentés comme des « repositionnements tactiques », destinés à instaurer un climat de confiance avant les prochaines négociations.

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Le centre de gravité des négociations se déplace

Ce retrait intervient dans un contexte diplomatique particulièrement actif. Après les discussions amorcées à Doha, puis à Washington, le centre de gravité des pourparlers pourrait désormais se déplacer vers la Suisse. La confédération helvétique est pressentie pour accueillir les prochaines rencontres entre les parties.

L’enchaînement des événements est parlant : à mesure que les discussions avancent, les positions rebelles reculent. Une corrélation que Kinshasa observe avec attention, y voyant la validation de sa stratégie de fermeté sur la scène internationale.

Un test politique majeur pour Félix Tshisekedi

Pour le président Félix Tshisekedi, cette évolution constitue un test politique de premier ordre. Jamais depuis l’offensive du M23 débutée fin 2021, les rebelles n’avaient consenti à des replis d’une telle ampleur sans être contraints militairement.

Si Kinshasa parvient à obtenir la restitution des zones occupées depuis plus d’un an par la seule pression diplomatique, ce serait une victoire stratégique majeure. Elle conforterait la ligne du gouvernement congolais, qui a misé sur la mobilisation de la communauté internationale et les sanctions contre le Rwanda pour faire plier les rebelles.

Le message est clair : la fermeté paie. Mais la partie est loin d’être gagnée.

Des zones d’ombre persistantes

Ce repli, aussi significatif soit-il, laisse subsister d’importantes zones d’ombre. La destination des troupes en mouvement reste incertaine. Où se redéploient les combattants de l’AFC/M23 ? Se préparent-ils à une nouvelle offensive, ou ces retraits annoncent-ils un véritable désengagement ?

Surtout, Goma, le chef-lieu du Nord-Kivu, demeure sous l’influence du mouvement rebelle. La ville, carrefour économique et humanitaire stratégique, reste aux mains des hommes du M23. Tant que cette situation perdurera, toute idée de victoire définitive sera prématurée.

Le maire rebelle de Goma a d’ailleurs tenu à rappeler que ces repositionnements n’étaient pas un abandon, mais un geste destiné à faciliter le dialogue. Une nuance qui laisse entendre que la main tendue pourrait se refermer si les pourparlers n’aboutissent pas.

Une victoire diplomatique en vue ?

La question qui agite désormais les observateurs est simple : Félix Tshisekedi est-il en passe de remporter une victoire stratégique sans recourir à des affrontements directs de grande envergure ?

Les éléments plaident en ce sens. La pression internationale, les sanctions américaines contre l’armée rwandaise, les pourparlers engagés sous l’égide de puissances occidentales : tout semble converger vers un affaiblissement de la position rebelle. Le repli observé ces derniers jours pourrait être le premier signe tangible de cette dynamique.

Mais l’histoire de l’Est congolais est jalonnée d’accords signés puis violés, de trêves suivies d’offensives encore plus meurtrières. La prudence reste donc de mise.

La guerre se déplace sur le terrain diplomatique

Si les armes semblent momentanément se taire, le conflit a changé de nature. Il se déplace désormais sur le terrain diplomatique. Les prochaines semaines diront si ce retrait marque le début d’un processus de paix durable ou s’il ne constitue qu’une simple accalmie avant une nouvelle phase des hostilités.

Pour Kinshasa, l’enjeu est considérable. Une paix négociée, obtenue par la pression internationale, serait une victoire politique immense pour Félix Tshisekedi. Elle conforterait sa légitimité sur la scène nationale et internationale. À l’inverse, une reprise des combats après des gestes unilatéraux de retrait pourrait être perçue comme un aveu de faiblesse.

Pour les populations de l’Est, habituées aux espoirs déçus, le temps est à la prudence. Elles ont vu trop de trêves s’effondrer pour croire au miracle du jour au lendemain. Mais pour la première fois depuis longtemps, un retrait rebelle d’ampleur intervient sans qu’une offensive militaire ne l’ait provoqué. C’est peut-être cela, le vrai signe : la guerre n’est plus seulement une affaire de fusils et de tranchées. Elle se joue aussi, désormais, dans les salons feutrés des chancelleries.

Et dans cette partie-là, Félix Tshisekedi semble avoir pris l’avantage. Reste à transformer l’essai.

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