Goma : l’ONU supplie pour la réouverture de l’aéroport, « verrou » de l’aide humanitaire au Nord-Kivu

C'est un cri d'alarme lancé depuis Goma. Bruno Lemarquis, coordonnateur résident et humanitaire des Nations unies en RDC, a plaidé…

C’est un cri d’alarme lancé depuis Goma. Bruno Lemarquis, coordonnateur résident et humanitaire des Nations unies en RDC, a plaidé ce mercredi 18 mars 2026 pour une réouverture, même partielle, de l’aéroport international de la ville. Fermé depuis janvier 2025 en raison de la guerre, cet accès stratégique est devenu le principal obstacle à l’acheminement de l’aide d’urgence vers des millions de sinistrés.

Dans un entretien accordé à Radio Okapi depuis Goma, le haut fonctionnaire onusien n’a pas mâché ses mots. La situation est simple : sans aéroport, l’aide humanitaire est au point mort. Et chaque jour qui passe, des vies sont en jeu.

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« La réouverture de l’aéroport international de Goma, même limitée aux vols humanitaires, faciliterait grandement l’intervention au Nord-Kivu », a-t-il insisté.

Un détour par l’étranger pour sauver des vies

Le constat est absurde et tragique à la fois. Pour venir en aide aux populations de l’est de la RDC, les humanitaires doivent aujourd’hui emprunter des chemins de traverse. Ils transitent par les pays voisins, multipliant les distances, les délais et les coûts.

« Il est devenu extrêmement difficile pour les acteurs humanitaires d’atteindre la ville, car ils sont désormais obligés de transiter par des pays voisins », explique Bruno Lemarquis.

Cette situation a des conséquences concrètes sur l’aide elle-même. Ce ne sont pas seulement des personnes qui peinent à arriver, mais aussi des marchandises vitales.

« On sait, ça coûte beaucoup d’argent aussi pour se déplacer, parce qu’il faut passer par d’autres pays pour arriver à Goma. Donc ça faciliterait vraiment la vie des collègues, et puis éventuellement aussi du petit fret. Certains médicaments, des vaccins, etc., ça serait quand même beaucoup plus pratique et rapide s’il pouvait y avoir une reprise de petits vols humanitaires », a détaillé le coordonnateur.

Derrière ces mots techniques se cache une réalité brutale : des vaccins qui arrivent périmés, des médicaments qui manquent, des populations qui attendent, désespérément.

La politique, premier obstacle à la réouverture

Mais rouvrir un aéroport en pleine zone de conflit ne se décrète pas. Bruno Lemarquis le sait mieux que personne. Les conditions sont strictes et dépassent largement le cadre technique.

« Pour qu’il y ait réouverture de l’aéroport ou bien reprise de quelques vols, il faudra vraiment des garanties sécuritaires. Ça, c’est un point. Ensuite, il y a des aspects techniques. Ensuite, il y a des aspects plus administratifs, notamment la gestion de l’espace aérien souverain et puis la gestion de l’aéroport », a-t-il énuméré.

Autrement dit, tant que les belligérants ne s’entendront pas pour garantir la sécurité des vols, l’aéroport restera clos. C’est pourquoi le coordonnateur humanitaire appelle à inscrire ce dossier à l’ordre du jour des discussions politiques, notamment celles qui se tiennent à Doha entre les parties prenantes au conflit.

Un symbole d’espoir déjà posé en février

Pourtant, une lueur d’espoir existe. En février dernier, un hélicoptère de la MONUSCO a réussi à se poser à Goma. Une première depuis un an.

À son bord se trouvait Vivian van de Perre, cheffe par intérim de la mission onusienne, venue en appui au processus de paix engagé entre le gouvernement congolais et la rébellion AFC/M23.

À sa descente d’appareil, elle avait pris soin de souligner le symbole : « Il y a plus d’un an, le 26 janvier 2025, j’étais dans le dernier avion à atterrir à l’aéroport de Goma. Aujourd’hui, je suis dans le premier hélicoptère à y atterrir à nouveau et j’espère que c’est le début de la réouverture progressive de cet aéroport au bénéfice de la population. »

Cet atterrissage isolé n’a pas ouvert les vannes du trafic humanitaire. Mais il a prouvé une chose : techniquement, c’est possible. Politiquement, c’est une autre histoire.

L’urgence d’une décision

Pour Bruno Lemarquis, le temps presse. Chaque jour de fermeture supplémentaire aggrave une situation humanitaire déjà catastrophique dans l’est du pays. Les déplacés s’entassent dans des camps insalubres, les épidémies menacent, et la population civile paie le prix fort d’une guerre qui n’en finit pas.

La réouverture de l’aéroport de Goma ne réglera pas tout. Mais elle lèvera un verrou majeur. Elle permettra à l’aide d’affluer, aux équipes de tourner, aux vaccins d’arriver à temps.

Une question de volonté politique, disait Lemarquis. Et peut-être, tout simplement, d’humanité.

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