Le président Félix Tshisekedi était à Doha, ce jeudi 2 avril 2026. Il s’est entretenu avec l’Émir de l’État du Qatar, Cheikh Tamim Bin Hamad Al Thani, sur les évolutions régionales et internationales. Au cœur des échanges : la situation au Moyen-Orient, l’agression iranienne contre le Qatar, mais aussi la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Une double solidarité s’est exprimée : celle de Kinshasa envers Doha face aux menaces extérieures, et celle de Doha envers Kinshasa dans ses efforts de médiation avec la rébellion de l’AFC/M23. Deux dossiers, un même besoin de paix et de respect du droit international.
L’entretien entre Félix Tshisekedi et l’Émir du Qatar s’inscrit dans le cadre des consultations régulières entre les deux pays, dont les relations se sont intensifiées ces dernières années. Mais cette rencontre revêt une importance particulière, tant les deux nations font face à des menaces qu’elles jugent existentielles.
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Pour la RDC, l’agression vient du Rwanda voisin, accusé de soutenir la rébellion de l’AFC/M23. Pour le Qatar, la menace vient de l’Iran, qui a récemment multiplié les actions hostiles contre l’émirat et d’autres pays de la région.
La RDC solidaire du Qatar face à l’agression iranienne
Félix Tshisekedi n’a pas mâché ses mots. Il a exprimé la pleine solidarité de la RDC avec le peuple qatari, face à ce qu’il a qualifié d’« agression iranienne ». Une position qui peut surprendre, Kinshasa étant habituellement discrète sur les dossiers du Moyen-Orient. Mais elle s’explique par la situation même de la RDC.
« Le Président congolais a réaffirmé l’attachement de la République démocratique du Congo au respect du droit international et des principes de la Charte des Nations unies, en l’occurrence le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Qatar », indique le compte rendu officiel de la rencontre.
En d’autres termes, Kinshasa applique au Qatar le principe qu’elle réclame pour elle-même : le respect des frontières et de la souveraineté, sans ingérence extérieure. Une manière de rappeler que la RDC, elle aussi, est victime d’une agression de la part de son voisin rwandais.
L’Est de la RDC, préoccupation partagée
Tour à tour, les deux chefs d’État ont partagé leur préoccupation face à la situation « dégradante » dans l’Est de la RDC. Des milliers de morts, des déplacements massifs, des viols, des attaques attribuées aux rebelles de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être sous l’impulsion du régime de Paul Kagame.
Félix Tshisekedi a réitéré la pleine adhésion de son pays aux efforts de médiation entrepris par le Qatar, destinés à instaurer une paix régionale durable. Doha, en effet, s’est imposé comme un acteur clé dans la résolution du conflit congolais, aux côtés des États-Unis et de l’Angola.
Le processus de Doha, entre espoirs et lenteurs
Le Qatar se montre de plus en plus attaché au retour de la paix en RDC. Le « processus de Doha » est présenté comme une option censée obtenir des avancées significatives dans les discussions entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23.
Ces pourparlers accompagnent en parallèle l’accord de paix signé à Washington DC entre la RDC et le Rwanda sous l’administration Trump. Deux processus, deux médiations, qui parfois se chevauchent, parfois se complètent.
Mais sur le terrain, les résultats peinent à se faire sentir. Les revendications continuelles des unes et des autres bloquent toute avancée concrète. Les populations de l’Est continuent de payer le prix fort d’une guerre qui n’en finit pas.
L’accord-cadre de Doha, une feuille de route ambitieuse
Pour mémoire, le gouvernement de la RDC et les rebelles ont signé, le 2 février 2026 à Doha, le mandat issu de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Cet exercice a eu lieu à la suite d’une réunion du mécanisme de suivi et de vérification du cessez-le-feu entre les deux parties.
L’accord-cadre entre Kinshasa et les rebelles repose sur huit protocoles thématiques :
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Mécanisme de libération des prisonniers (signé le 14 septembre 2025)
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Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (signé le 14 octobre 2025)
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Accès humanitaire et protection judiciaire
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Restauration de l’autorité de l’État, réformes institutionnelles et gouvernance participative
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Arrangements sécuritaires intérimaires et DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion)
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Identité, citoyenneté, retour et réinstallation des réfugiés et déplacés
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Relance économique et réhabilitation des services sociaux de base
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Justice, vérité et réconciliation
Huit chantiers colossaux, qui montrent l’ampleur de la tâche. Signer des accords est une chose. Les appliquer en est une autre.
Un double message de fermeté
En se rendant à Doha, Félix Tshisekedi adresse un double message. À la communauté internationale d’abord : la RDC est un partenaire fiable, qui respecte le droit international et soutient ses alliés. Au Rwanda et à l’AFC/M23 ensuite : la RDC ne lâchera rien, mais elle est prête à négocier dans le cadre des processus engagés.
Le président congolais mise sur la multiplication des médiations pour faire plier Kigali. Doha, Washington, Luanda : autant de capitales où Kinshasa tisse sa toile diplomatique, dans l’espoir d’obtenir ce que les armes ne peuvent pas toujours garantir : la paix.
La route est encore longue
L’entretien de Doha a au moins eu le mérite de clarifier les positions. La RDC est solidaire du Qatar, et le Qatar soutient les efforts de paix en RDC. Une convergence d’intérêts qui pourrait, à terme, déboucher sur des avancées concrètes.
Mais sur le terrain, rien n’a changé. Les combats continuent, les déplacés s’entassent, les violences persistent. Les accords de Doha et de Washington ne seront que des bouts de papier tant que les belligérants n’auront pas vraiment décidé de la paix.
Félix Tshisekedi repart de Doha avec des promesses, peut-être des engagements. Mais le peuple congolais, lui, attend des actes. La paix dans l’Est ne se décrète pas dans les salons feutrés des capitales étrangères. Elle se construit sur le terrain, avec les communautés, par le désarmement des groupes armés et le retour de l’autorité de l’État.
En attendant, les deux Chefs d’État se sont quittés en se promettant de rester en contact. Les prochaines semaines diront si cette rencontre à Doha aura été une étape décisive ou une simple formalité. L’histoire retiendra. Les populations, elles, jugeront.



