La tempête fait rage au sommet du football africain. Deux jours après la décision choc de la commission d’appel de la CAF de retirer son titre de champion d’Afrique au Sénégal pour l’attribuer au Maroc, le président de l’instance, Patrice Motsepe, a finalement pris la parole. Dans une vidéo de plus de six minutes, le dirigeant sud-africain tente d’éteindre l’incendie, alors que Dakar crie au complot et réclame une enquête internationale.
Depuis mardi, la Confédération africaine de football est sous pression. La décision de sa commission d’appel, qui a privé les Lions de la Teranga de leur sacre au profit du pays-hôte marocain, a déclenché une onde de choc sur le continent. Accusations de corruption, soupçons de favoritisme, menaces de recours : la CAF fait face à l’une des crises les plus graves de son histoire.
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Patrice Motsepe a choisi la vidéo pour répondre, point par point, aux griefs formulés par Dakar.
Un héritage empoisonné
Le président de la CAF n’élude pas la gravité des événements survenus lors de cette finale chaotique. Il reconnaît que l’image de l’institution a été écornée.
« L’élément le plus important concernant ce qui s’est produit lors de ce match est que cela compromet le travail considérable accompli par la CAF pendant de nombreuses années pour garantir l’intégrité, le respect, l’éthique, la bonne gouvernance ainsi que la crédibilité des résultats de nos matches de football », a-t-il déclaré.
Mais Motsepe va plus loin. Il parle d’un « héritage du passé », évoquant les « soupçons et le manque de confiance » qui persistent. Une manière de dire que les maux dont souffre le football africain ne datent pas de son mandat, mais qu’il doit désormais les affronter.
L’indépendance des juges, argument clé
Sur le fond, le patron du football africain défend la légitimité du processus. Il voit même dans la contradiction entre les deux décisions rendues une preuve d’indépendance.
« Leur indépendance se reflète dans les décisions prises par les deux instances. La commission de discipline de la CAF, une seule instance, a pris une seule décision. La commission d’appel de la CAF a adopté une position totalement différente », s’est-il félicité.
Un argumentaire rodé : si les deux commissions avaient rendu le même verdict, on aurait pu parler de copinage. Le fait qu’elles divergent prouverait, selon Motsepe, que chacune a travaillé en toute autonomie.
Il insiste sur la composition de ces organes, réunissant « certains des juristes et magistrats les plus respectés du continent ». Et rappelle que la commission d’appel, présidée par un juge, est « complètement indépendante » de la Confédération.
Le Sénégal peut aller au TAS
Le message le plus important, peut-être, est celui adressé directement aux Sénégalais. Alors que Dakar a annoncé sa volonté de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS), Motsepe ouvre la porte.
« Chacune des 54 nations africaines a le droit d’exercer les recours nécessaires pour défendre ses intérêts. Nous nous conformerons et respecterons la décision qui sera prise au plus haut niveau », a-t-il assuré.
Une déclaration qui vise à apaiser les tensions, tout en rappelant un principe fondamental : « Aucun pays africain ne sera traité d’une manière plus privilégiée, plus avantageuse ou plus favorable qu’un autre pays du continent africain. »
L’ombre de la corruption
Reste que les autorités sénégalaises ne se contenteront pas d’une simple promesse de neutralité. Mercredi, elles ont réclamé une enquête internationale face à des « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ».
Pour l’instant, Patrice Motsepe n’a pas répondu directement à ces accusations. Il se retranche derrière les procédures et l’indépendance des juges. Mais le malaise persiste.
Comment expliquer que deux instances distinctes, examinant les mêmes faits, puissent arriver à des conclusions aussi radicalement opposées ? La commission de discipline avait sanctionné les deux fédérations par des amendes, sans toucher au résultat sportif. La commission d’appel a, elle, carrément inversé le score et attribué le trophée au Maroc.
Un feuilleton loin d’être terminé
Pour l’heure, le Sénégal a perdu son titre sur tapis vert. Mais le combat judiciaire ne fait que commencer. La saisine du TAS pourrait durer des mois, et personne ne peut prédire l’issue de la bataille.
Une certitude : cette crise révèle les fractures profondes du football africain. Entre suspicions de favoritisme, héritage d’une gouvernance opaque et exigence de transparence, la CAF devra naviguer en eaux troubles.
Patrice Motsepe, lui, joue son va-tout. En défendant l’intégrité de ses institutions, en appelant au respect des procédures, il tente de préserver ce qui reste de la crédilité de son mandat. Mais le mal est profond, et la colère du Sénégal ne s’éteindra pas avec une simple vidéo de six minutes.
Le véritable arbitre de cette affaire s’appelle désormais le TAS. À Lausanne, les juges du sport planchent déjà sur ce qui pourrait devenir l’un des dossiers les plus sensibles de l’histoire du football africain.



