Angola – Russie : un procès pour ingérence politique à la veille de la présidentielle

Luanda s'apprête à ouvrir un procès qui pourrait révéler les rouages d'une opération d'influence étrangère inédite. Deux ressortissants russes, Igor…

Luanda s’apprête à ouvrir un procès qui pourrait révéler les rouages d’une opération d’influence étrangère inédite. Deux ressortissants russes, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov, sont accusés d’avoir mené une campagne clandestine visant à déstabiliser l’Angola avant l’élection présidentielle de 2027. Propagande, financements occultes et liens présumés avec l’héritage du groupe Wagner : le dossier, qui comporte onze chefs d’accusation, promet de faire grand bruit.

Les autorités angolaises ont arrêté les deux hommes en août 2025. L’un travaillait comme consultant politique, l’autre comme traducteur. Aujourd’hui, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov font face à la justice angolaise pour avoir tenté d’infléchir le cours politique du pays avant le scrutin présidentiel prévu l’année prochaine.

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L’accusation est lourde. Les Russes doivent répondre de terrorisme, d’espionnage et de trafic d’influence. Leurs avocats contestent ces chefs, dénonçant un dossier « dépourvu de faits concrets et objectifs ».

Les ombres de Wagner et d’Africa Politology

Cette affaire devient particulièrement sensible à cause de l’organisation à laquelle les accusés seraient liés. Selon l’accusation, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov auraient agi pour le compte d’Africa Politology, un réseau né des cendres du groupe Wagner après la mort de son fondateur Evgueni Prigojine en 2023.

L’empire de Prigojine s’était étendu sur plusieurs pays africains à travers des opérations militaires privées et des entreprises d’influence. Jusqu’ici, l’Angola n’avait pas été une cible prioritaire. Le pays, riche en pétrole, entretient des relations historiques avec Moscou. Cependant, Luanda s’est récemment rapprochée des partenaires occidentaux.

Ce changement d’alliance expliquerait, selon les analystes, les inquiétudes russes. Le départ d’entreprises comme Alrosa (diamantaire) et VTB (banque), suite aux sanctions liées à la guerre en Ukraine, a fragilisé la présence économique russe en Angola. Le rapprochement du président João Lourenço avec Washington a, lui, achevé de convaincre Moscou de la nécessité d’agir.

Un réseau de désinformation à 24 000 dollars

L’acte d’accusation détaille le mode opératoire présumé. Tout aurait commencé en 2024, quand un premier groupe d’agents russes est arrivé à Luanda sous une couverture anodine : l’ouverture d’un centre culturel.

Entre 2024 et 2025, les prévenus auraient versé plus de 24 000 dollars à des journalistes et commentateurs angolais pour diffuser de la propagande. Leur objectif : provoquer un changement politique, selon l’accusation.

Deux Angolais sont également poursuivis : Amor Carlos Tomé, journaliste sportif, et Francisco Oliveira, militant politique. Ils auraient servi d’intermédiaires et relayé la propagande, tout en collectant des renseignements politiques.

Fausses pages Facebook et désinformation

Le parquet a identifié plusieurs opérations d’influence. Parmi elles, une page Facebook imitait le site d’information Angola 24 Horas. Sur cette fausse plateforme, des publications alarmistes avertissaient que l’Angola risquait d’être entraîné dans la guerre en Ukraine.

Autre cible : le corridor de Lobito, projet ferroviaire stratégique soutenu par les États-Unis pour acheminer les minerais congolais et zambiens vers l’océan Atlantique. Des articles diffusaient des critiques virulentes. L’un d’eux allait jusqu’à demander si l’Angola n’avait pas « signé un pacte avec le diable » en rejoignant ce projet.

Un procès sous haute tension

L’ouverture du procès, prévue dans les prochains jours, survient dans un contexte politique tendu. À un an de l’élection présidentielle, le gouvernement angolais veut montrer sa fermeté face à toute ingérence étrangère.

Les avocats des Russes plaideront l’absence de preuves. Selon eux, leurs clients n’ont fait que de la simple consultation politique, sans franchir la ligne rouge de l’illégalité.

Pour le gouvernement de Luanda, cette affaire rappelle qu’il ne tolérera aucune ingérence. La présence de deux accusés angolais montre que la justice cible à la fois les agents étrangers et leurs relais locaux.

Une nouvelle forme de guerre d’influence

Au-delà du procès, cette affaire illustre une nouvelle réalité des relations internationales en Afrique. L’influence russe, jusqu’ici exercée par des mercenaires et des contrats militaires, se manifeste désormais par des opérations discrètes. Désinformation, financements clandestins et manipulation des médias deviennent des armes stratégiques.

Le procès de Luanda sera suivi par les capitales africaines, Moscou et Washington. Pour l’Angola, l’enjeu est double : protéger sa souveraineté politique et confirmer son ancrage occidental, sans rompre définitivement avec son partenaire historique russe.

Une chose est sûre : dans les prétoires de Luanda, les prochaines semaines pourraient révéler des pans entiers de cette guerre d’influence jusque-là restés dans l’ombre. Elles pourraient aussi éclairer d’un jour nouveau les relations entre la Russie et ses partenaires africains.

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