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Aimé Boji et El Malick Ndiaye scellent une coopération parlementaire renforcée

La diplomatie parlementaire africaine est en mouvement. Ce mardi 7 avril 2026 à Lomé, le président de l'Assemblée nationale de…

La diplomatie parlementaire africaine est en mouvement. Ce mardi 7 avril 2026 à Lomé, le président de l’Assemblée nationale de la RDC, Aimé Boji Sangara, a rencontré son homologue sénégalais, El Malick Ndiaye. En prélude à la 17e Conférence des présidents d’Assemblée et de section de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, les deux responsables ont convenu d’un renforcement de leur coopération. Création d’un groupe d’amitié parlementaire, échanges d’expériences sur le contrôle budgétaire, soutien mutuel aux candidatures internationales : les chantiers sont nombreux.

La rencontre s’est déroulée dans une atmosphère cordiale, mais résolument tournée vers l’action. Les deux hommes, conscients des défis communs auxquels leurs pays respectifs sont confrontés, ont décidé d’élever leur partenariat à un niveau supérieur.

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Pour la RDC, il s’agit de briser l’isolement diplomatique dans lequel les tensions avec le Rwanda ont pu l’enfermer. Pour le Sénégal, c’est l’occasion de renforcer son ancrage sur le continent et de s’appuyer sur un partenaire influent au sein de la Francophonie.

La solidarité sénégalaise face à la crise dans l’Est

Au cours des échanges, la partie sénégalaise a exprimé sans ambiguïté sa solidarité face à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. El Malick Ndiaye a réaffirmé l’attachement de son pays à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la RDC, un message crucial alors que Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23.

Le Sénégal connaît bien les affres des conflits armés. Pendant des décennies, la Casamance a été le théâtre d’une rébellion meurtrière. Cette expérience douloureuse explique, en partie, la compassion et la solidarité affichées par Dakar envers Kinshasa.

Mais au-delà du soutien moral, le Sénégal a également salué une autre victoire congolaise : celle des Léopards, qualifiés pour la Coupe du monde 2026. Un clin d’œil sportif qui n’a pas manqué de réchauffer l’atmosphère des discussions.

Un groupe d’amitié parlementaire RDC-Sénégal

Pour concrétiser cette dynamique, plusieurs pistes de coopération ont été évoquées. La plus emblématique est la création d’un groupe d’amitié parlementaire RDC-Sénégal. Ce type de structure permet d’institutionnaliser les échanges entre les deux assemblées, d’organiser des visites, des séminaires, des formations communes.

Les discussions ont également porté sur le contrôle parlementaire et budgétaire. Un sujet sensible dans les deux pays, où la gestion des finances publiques est régulièrement critiquée. L’échange d’expériences et de bonnes pratiques pourrait aider à renforcer la transparence et l’efficacité du contrôle législatif.

Enfin, les deux responsables ont évoqué la nécessité d’harmoniser les positions africaines sur les grandes questions internationales. Face à un monde de plus en plus multipolaire, les pays africains ont intérêt à parler d’une seule voix. Les parlements ont un rôle clé à jouer dans cette coordination.

Soutien mutuel aux candidatures internationales

La rencontre de Lomé a également été l’occasion d’un marchandage diplomatique assumé. Le Sénégal a sollicité le soutien de Kinshasa à sa candidature au poste de secrétaire général de l’Union interparlementaire (UIP). Une organisation qui fédère les parlements du monde entier, et dont la direction est très convoitée.

En retour, Aimé Boji Sangara a sollicité l’appui de Dakar à la candidature de la RDC au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Kinshasa a proposé la sénatrice Juliana Lumumba, fille de Patrice Lumumba, pour succéder à la Rwandaise Louise Mushikiwabo.

Les deux responsables ont convenu d’un soutien mutuel. Un échange de bons procédés classique en diplomatie, mais qui montre la volonté des deux pays de peser ensemble sur la scène internationale.

Une coopération fondée sur l’histoire et les défis communs

Aimé Boji Sangara, en réponse aux avances sénégalaises, a salué l’ouverture de son homologue. Il a mis en avant les liens historiques entre les deux pays, rappelant les défis sécuritaires auxquels ils ont été confrontés : la rébellion en Casamance pour le Sénégal, les conflits persistants dans l’Est congolais pour la RDC.

Deux pays, deux guerres, deux souffrances. Mais aussi deux résiliences, deux volontés de paix, deux démocraties qui se construisent malgré les obstacles.

Le président de l’Assemblée nationale congolaise a également exprimé son souhait de voir cette coopération s’étendre à d’autres domaines : l’économie, l’éducation, la santé, l’environnement. Les parlements, par leur pouvoir de légiférer et de contrôler, peuvent être des moteurs de développement.

Une prochaine étape à Dakar

Les deux responsables ne veulent pas en rester aux bonnes intentions. Ils ont convenu de poursuivre leurs échanges dans les prochains jours à Dakar, avec pour objectif de concrétiser ce rapprochement.

Un protocole d’accord devrait être signé, destiné à structurer les échanges d’expériences et à définir un cadre de coopération durable. La création du groupe d’amitié parlementaire sera également officialisée.

La délégation congolaise, qui comprenait également les députés Théo Kasi Ngwabije et Rubens Muhima Mikindo, est repartie satisfaite de cette première prise de contact. Les bases sont solides. Reste maintenant à les transformer en actions concrètes.

La diplomatie parlementaire, un levier stratégique

La rencontre de Lomé illustre l’importance croissante de la diplomatie parlementaire. Longtemps considérée comme le parent pauvre des relations internationales, elle est désormais reconnue comme un levier stratégique.

Les parlementaires, par leur ancrage local, leur légitimité électorale, leur capacité à nouer des liens directs avec leurs homologues, peuvent compléter l’action des diplomates de métier. Ils peuvent aborder des sujets sensibles, préparer le terrain, apaiser les tensions.

La RDC et le Sénégal l’ont bien compris. En rapprochant leurs assemblées, ils envoient un signal fort : celui d’une Afrique qui s’unit, qui coopère, qui construit son avenir ensemble.

Une Afrique plus unie et plus influente

El Malick Ndiaye l’a dit : il plaide pour une Afrique plus unie et plus influente sur la scène internationale. Aimé Boji Sangara l’a répété : la coopération interparlementaire est un levier stratégique pour le développement du continent.

Les mots sont forts. Reste à voir s’ils seront suivis d’actes. La rencontre de Dakar, dans les prochains jours, sera un test. La signature du protocole d’accord, un premier bilan.

Mais au-delà des textes, c’est une volonté politique qui s’exprime. Celle de deux pays qui choisissent de s’unir plutôt que de se diviser, de coopérer plutôt que de se concurrencer.

La RDC et le Sénégal ont des histoires différentes, des cultures distinctes, des défis spécifiques. Mais ils partagent une langue, la francophonie. Ils partagent des valeurs, la démocratie, l’État de droit. Ils partagent une ambition, celle d’un avenir meilleur pour leurs peuples.

À Lomé, Aimé Boji et El Malick Ndiaye ont posé une pierre. D’autres suivront. Et peut-être, un jour, cette coopération parlementaire deviendra un modèle pour d’autres pays africains. L’Afrique en a bien besoin.

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