L’Accord de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda a atteint un taux d’exécution de 27,5 % à la fin du mois de mars 2026, selon le Baromètre des Accords de Paix en Afrique. Intitulé « Rapport d’évaluation de la mise en œuvre de l’Accord de paix de Washington : mars 2026 », ce document fait état d’une longue période de stagnation observée entre novembre 2025 et mars 2026, avant une légère progression récente.
Des avancées globalement limitées
Le Baromètre souligne que les avancées dans la mise en œuvre de l’accord sont globalement limitées. Le niveau d’exécution est passé de 23,3 % à la fin du mois de février 2026 (taux inchangé depuis novembre 2025) à 27,5 % fin mars 2026, soit une progression de 4,2 points de pourcentage (environ 18 % d’augmentation relative).
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Cette évolution s’explique en partie par le début d’exécution des engagements sensibles et prioritaires de l’accord, particulièrement les opérations de neutralisation des FDLR, annoncées par les autorités congolaises à la fin du mois de mars, et considérées comme un élément central du dispositif sécuritaire prévu par l’accord.
« Sur les 30 tâches prévues par l’Accord de Paix de Washington, 21 ont connu un début d’exécution à un degré initial, minimal ou intermédiaire, soit 70 % des tâches. Si l’on considère l’ensemble des 30 tâches, leur score cumulé d’exécution atteint 82,5 points sur 300 (le maximum étant atteint si toutes les tâches étaient entièrement réalisées), soit un taux global d’exécution de 27,5 %. En ne prenant en compte que les tâches partiellement exécutées, le taux de réalisation s’élève à 39,2 % (soit 82,5 points sur 210) », peut-on lire dans ce document.
L’aspect sécuritaire peine à décoller
Le niveau d’exécution des engagements pour le démantèlement des FDLR demeure limité. Ce programme obtient 5 points sur 10, y compris les activités de préparation, d’identification et de localisation. Un faible score de 2,5 points sur 10 est enregistré pour la neutralisation militaire proprement dite.
Le niveau d’exécution de l’assistance aux populations vulnérables, la protection des civils et le retour des déplacés internes et des réfugiés est également côté à 2,5 points sur 10 — un résultat très faible qui témoigne des difficultés à traduire les engagements politiques en actions concrètes sur le terrain.
Évaluation différenciée entre la RDC et le Rwanda
Selon le rapport, seules 18 tâches sur 26 attribuées à la RDC sont déjà partiellement accomplies, correspondant à un taux global d’exécution de 26 % (67,5 points sur 260). Du point de vue des tâches partiellement exécutées, le taux de réalisation atteint 37,5 % (67,5 points sur 180).
Pour le Rwanda, 14 tâches sur 22 ont connu une exécution partielle, pour un taux global d’exécution de 23,8 % (52,5 points sur 220). Sur la base des seules tâches partiellement exécutées, le taux de réalisation atteint également 37,5 % (52,5 points sur 140).
Une situation sécuritaire toujours incertaine
Les résolutions prises à travers le processus de Washington, le 27 juin 2025, n’ont pas ouvert la voie au retour de la paix dans l’Est de la RDC. L’incertitude plane : la RDC et le Rwanda s’accusent mutuellement, alors que les hostilités sont toujours d’actualité.
L’accord de Washington prévoyait pourtant des engagements clairs :
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Désengagement et sécurité : retrait des troupes rwandaises de la RDC et démantèlement des groupes armés, notamment les FDLR et le M23 ;
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Mécanisme de suivi : création d’un comité conjoint de coordination de la sécurité, impliquant la médiation togolaise et la communauté internationale ;
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Soutien international : l’Assemblée parlementaire de la Francophonie soutient activement cet accord, favorisant la coopération régionale ;
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Intégration économique : renforcement de la coopération économique dans la région des Grands Lacs.
Un net ralentissement des discussions de Doha
Alors qu’ils avaient prévu de compléter les accords de Washington, les discussions de Doha, menées par le Qatar entre la RDC et les rebelles de l’AFC-M23, n’avancent pas. Aucune cause profonde n’est touchée concrètement. Plusieurs localités du Nord et du Sud-Kivu sont encore occupées par les rebelles.
L’accord-cadre de Doha repose sur huit protocoles thématiques, dont les plus structurants restent à mettre en œuvre :
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Mécanisme de libération des prisonniers (signé le 14 septembre 2025) ;
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Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (signé le 14 octobre 2025) ;
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Accès humanitaire et protection judiciaire ;
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Restauration de l’autorité de l’État, réformes institutionnelles et gouvernance participative ;
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Arrangements sécuritaires intérimaires et DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion) ;
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Identité, citoyenneté, retour et réinstallation des réfugiés et déplacés ;
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Relance économique et réhabilitation des services sociaux de base ;
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Justice, vérité et réconciliation.
Un enjeu économique majeur pour la RDC et la région
Au-delà des aspects sécuritaires et diplomatiques, la mise en œuvre de ces accords revêt une dimension économique cruciale pour la RDC et l’ensemble de la région des Grands Lacs. L’instabilité chronique dans l’Est du pays :
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Pèse sur les investissements dans une région pourtant riche en ressources minières et agricoles ;
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Génère des coûts humanitaires massifs (déplacés internes, réfugiés) ;
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Freine le développement des corridors logistiques régionaux ;
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Entretient l’économie parallèle et l’exploitation illégale des ressources naturelles.
Pour les acteurs économiques, la crédibilité des engagements pris à Washington et à Doha conditionne en partie la capacité de la RDC à stabiliser son environnement des affaires et à attirer des investissements de long terme dans l’Est du pays. À ce stade, les chiffres du Baromètre des Accords de Paix traduisent une réalité : les intentions politiques peinent encore à se transformer en résultats tangibles sur le terrain.



