Kinshasa, 12 mars 2026 – Dans le ballet feutré des cabinets ministériels, certaines rencontres disent beaucoup de l’état d’un pays. Ce jeudi, dans son bureau de travail, le Vice-Premier Ministre, Ministre de la Défense Nationale et des Anciens Combattants, S.E. Me Guy Kabombo Muadiamvita, a reçu M. Morillon, chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Au menu des échanges : le sort des détenus de guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo, une question aussi sensible qu’urgente.
Cette audience s’inscrit dans la continuité d’une coopération vieille de plus de quarante ans entre Kinshasa et l’organisation humanitaire genevoise. Un partenariat discret mais essentiel, qui tisse sa toile dans l’ombre des conflits pour tenter d’en atténuer les souffrances.
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Le CICR, un intermédiaire neutre au cœur de la tourmente
À l’issue de l’entretien, M. Morillon a rappelé la nature profonde du travail de son institution en RDC. Le CICR n’est pas un simple prestataire d’aide humanitaire. Il est aussi, et surtout, un acteur engagé dans la promotion du droit international humanitaire et un intermédiaire neutre lorsque les armes parlent.
« Nous entretenons des relations constantes avec plusieurs ministères, notamment celui de la Défense nationale », a souligné le chef de délégation, évoquant les activités menées conjointement avec les Forces armées de la République démocratique du Congo. Parmi celles-ci, la formation des militaires congolais aux règles du droit international humanitaire occupe une place centrale. Former ceux qui portent l’uniforme aux limites à ne pas franchir, même en temps de guerre, c’est l’un des combats silencieux mais permanents du CICR.
Des détenus de guerre au cœur des préoccupations
Mais le sujet principal de cette rencontre était ailleurs. Il concernait directement la situation des personnes capturées lors des affrontements qui embrasent l’Est du pays. Prisonniers de guerre, détenus liés au conflit : leur sort est une équation complexe, mêlant impératifs sécuritaires, obligations légales et impératifs humanitaires.
Le CICR, fort de son rôle de neutralité, plaide pour un accès régulier à ces détenus, pour le suivi de leurs conditions de détention et, in fine, pour les modalités d’une éventuelle libération. Des sujets sensibles, qui touchent à la souveraineté de l’État et à la gestion des prisonniers par les autorités militaires. Que les deux parties aient accepté d’en discuter directement témoigne d’une volonté commune de ne pas laisser cette question en suspens.
Kabombo salue l’engagement humanitaire et appelle à plus de collaboration
Très réceptif aux arguments de son interlocuteur, Me Guy Kabombo Muadiamvita a tenu à saluer publiquement l’engagement du CICR sur le terrain congolais. Le ministre de la Défense a exprimé son soutien aux efforts déployés par l’organisation pour la protection de la vie et de la dignité des victimes des conflits armés, une préoccupation que le gouvernement dit partager.
Mais au-delà des paroles de circonstance, le Vice-Premier Ministre a formulé un vœu précis : voir cette collaboration humanitaire se renforcer davantage. Un signal adressé à la fois au CICR et à la communauté internationale, suggérant que Kinshasa est prêt à approfondir son partenariat avec les acteurs humanitaires, pour autant que ceux-ci respectent le cadre souverain de l’État congolais.
Ce jeudi 12 mars 2026, dans la quiétude d’un cabinet ministériel, ce sont donc les fantômes de l’Est qui ont été convoqués. Ceux des combattants capturés, des civils pris entre deux feux, et d’une guerre qui n’en finit pas de dicter sa loi. Entre le gouvernement et le CICR, le dialogue se poursuit, fragile mais nécessaire, pour qu’au milieu du chaos, un peu d’humanité trouve encore sa place.



