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L’Année de toutes les horreurs – L’ONU compte 18 000 victimes et dénonce l’emprise du M23

Jeudi 12 mars 2026, Kinshasa. Alors que les projecteurs étaient braqués sur les négociations diplomatiques pour un échange de prisonniers,…

Jeudi 12 mars 2026, Kinshasa. Alors que les projecteurs étaient braqués sur les négociations diplomatiques pour un échange de prisonniers, un autre document, autrement plus glaçant, était rendu public dans la capitale congolaise. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a dévoilé son rapport annuel, et les chiffres qu’il contient ont la froideur implacable de la tragédie. Ils racontent une année 2025 de basculement, où l’horreur a méthodiquement gagné du terrain, laissant derrière elle un tapis de 18 000 vies brisées.

Jamais, depuis des années, le pays n’avait connu une telle déflagration. Le rapport est formel : les violations des droits de l’homme ont bondi de 24 % par rapport à 2024. Un saut statistique qui n’est pas un accident de calcul, mais le reflet direct de la détérioration sécuritaire, principalement à l’Est. Le document détaille avec précision la mécanique de l’effroi : 6 169 cas documentés, mais surtout, 18 000 victimes. Derrière ce nombre, il y a des hommes, et de manière disproportionnée, des femmes (2 806) et des enfants (1 394), premières victimes des violences aveugles et des exactions ciblées.

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Le M23, Épicentre de la Violence

Le rapport des Nations unies ne se contente pas de chiffrer l’horreur, il la nomme et l’assigne à responsabilité. Sans surprise, mais avec une gravité accrue, le document met en lumière le rôle prépondérant des groupes armés, auteurs de 71 % des violations. Et au sommet de cette pyramide de souffrance trône le mouvement AFC/M23.

Soutenu par l’armée rwandaise, le M23 est cité comme le principal auteur des exactions. Le rapport souligne que la prise fulgurante des villes stratégiques de Goma et Bukavu, ainsi que de larges portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, a agi comme un détonateur. La conquête territoriale s’est accompagnée d’un cortège de violences contre les populations civiles, prises en étau entre l’avancée rebelle et les ripostes.

Face à cette insurrection, les agents de l’État ne sortent pas indemnes du rapport. Ils sont impliqués dans 28 % des cas documentés. Si le bourreau principal est rebelle, les exactions commises par les forces gouvernementales ternissent également le tableau, complexifiant la lecture d’un conflit où la protection des civils est devenue la variable d’ajustement.

L’Arme du Viol : Une Hausse Vertigineuse

Parmi les tendances lourdes de ce rapport, une alerte rouge clignote avec insistance : celle des violences sexuelles liées au conflit. Le BCNUDH documente une augmentation effrayante de 59 %, avec 1 479 victimes recensées.

Ce chiffre est bien plus qu’une statistique. Il est la preuve que le viol, dans ce conflit, est devenu une arme de guerre systématique, un outil de terreur, de destruction des communautés et d’humiliation collective. Il témoigne d’une barbarie qui ne connaît pas de trêve et qui vise au cœur les femmes et les filles de l’Est, transformant leurs corps en champs de bataille.

L’Ombre Portée sur Kinshasa : L’Étranglement Civique

Mais le tableau apocalyptique dressé par l’ONU ne se limite pas aux seules zones de combat. Le rapport met en garde contre une autre dérive, plus silencieuse mais tout aussi destructrice pour l’État de droit : le rétrécissement de l’espace civique.

À Kinshasa et ailleurs, les défenseurs des droits humains, les journalistes et certains membres de l’opposition sont soumis à des pressions accrues. L’institution pointée du doigt est le Conseil national de cyberdéfense. Selon le BCNUDH, cet organe serait responsable d’arrestations et de détentions illégales visant des centaines de personnes.

Le rapport dénonce des privations arbitraires de liberté, aggravées par l’isolement total des détenus, coupés du monde et privés d’accès à leurs proches comme à leurs avocats. Un vide juridique et humain qui transforme la détention en disparition temporaire, alimentant un climat de peur et d’autocensure.

Alors que le gouvernement tente de gérer la crise militaire à l’Est, ce rapport du BCNUDH dresse le portrait d’un pays à la dérive humanitaire. Il juxtapose deux drames : celui des populations de l’Est, livrées aux violences des groupes armés, et celui des voix citoyennes de l’Ouest, progressivement étouffées. En 2025, la RDC n’a pas seulement subi une guerre ; elle a vu ses fondements humains et démocratiques s’effriter un peu plus chaque jour.

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