Un vent de tension et d’espoir mêlé souffle sur le processus de paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ce jeudi 12 mars, dans le silence feutré d’un cabinet ministériel à Kinshasa, une rencontre discrète mais lourde de sens s’est tenue. Le Vice-Premier ministre de la Défense, Guy Kabombo, a reçu François Moreillon, le chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en RDC. Au centre des discussions, une question brûlante : la libération des détenus de guerre, un enjeu humanitaire devenu le symbole des blocages persistants entre le gouvernement et la rébellion de l’AFC/M23.
Depuis plusieurs semaines, les lignes semblent vouloir bouger, mais avec la lenteur des glaciers et la fragilité du verre. La rencontre de Kinshasa fait écho à une annonce fracassante venue du Nord-Kivu. La semaine passée, depuis leur bastion de Rumangabo, dans le territoire de Rutshuru, les rebelles de l’AFC/M23 ont proclamé une « libération » massive : plus de cinq mille éléments des Forces armées de la RDC (FARDC), capturés sur les différents fronts, seraient prêts à être « rapatriés » vers la capitale.
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Dans leur communiqué, l’Alliance Fleuve Congo affirme avoir déjà remis ces prisonniers au CICR, l’organisation neutre par excellence. « Ceux-ci seront rapatriés vers Kinshasa sous la supervision du CICR », ont-ils déclaré, fixant au 2 mars 2026 la cérémonie officielle de cette remise. Un chiffre, 5000, qui, s’il se confirme, marquerait l’un des plus importants transferts de prisonniers depuis le début de l’escalade militaire.
Le CICR, Fil Tendu entre les Belligérants
Face à ces déclarations, François Moreillon a tenu un discours mesuré, propre à son rôle d’intermédiaire. Il confirme avoir pris connaissance du communiqué de l’AFC/M23 et réaffirme la position constante de son institution : « En tant qu’intermédiaire neutre, le CICR se tient prêt à accompagner une telle opération avec l’accord de toutes les parties. » Un prérequis essentiel qui souligne la complexité de la situation. Une opération humanitaire de cette envergure ne peut se faire sans le feu vert explicite du gouvernement congolais.
C’est précisément pour poser les bases de cet accord que la réunion du 12 mars était cruciale. Selon le cabinet du ministre, Guy Kabombo a tenu à saluer l’engagement du CICR et à réaffirmer son soutien aux efforts de l’organisation pour protéger la vie et la dignité des victimes. De son côté, M. Moreillon a rappelé l’ancrage historique de la Croix-Rouge en RDC, présente depuis plus de 40 ans, et la nature de ses relations avec le ministère de la Défense, qui couvrent aussi bien la formation au droit international humanitaire que ce rôle d’intermédiaire neutre dans le « processus de Doha ».
L’Ombre de Doha et l’Amertume des Rebelles
Cet échange s’inscrit dans le cadre fragile des accords de Doha. En mai 2025, une première opération avait déjà permis au CICR de transférer plus de 1300 militaires désarmés de Goma à Kinshasa. Un précédent qui laissait entrevoir une possible détente.
Mais aujourd’hui, la musique a changé. Sous les annonces de libération, la mélodie de la défiance persiste. L’AFC/M23, soutenue par Kigali, ne cache pas son amertume. Dans leurs récentes déclarations, les rebelles dénoncent ce qu’ils considèrent comme un blocage majeur : le refus obstiné de Kinshasa de libérer leurs propres camarades détenus. Ils évoquent des arrestations qu’ils jugent arbitraires, visant leurs combattants mais aussi des civils « en raison de leur simple faciès ».
Plus grave encore, ils accusent le gouvernement de violer continuellement le cessez-le-feu et d’avoir imposé une « guerre généralisée » qui prend pour cible, selon eux, les populations civiles et leurs biens. Ces accusations croisées jettent une ombre immense sur le processus humanitaire.
Alors que le CICR tente de tisser patiemment la corde diplomatique qui permettra de rapatrier ces 5000 soldats, la question reste entière : cette opération, si elle aboutit, sera-t-elle un pas vers la paix ou simplement un répit dans une guerre qui n’a pas dit son nom ? La réponse se trouve dans l’équilibre précaire que tentent de maintenir, à Kinshasa comme à Goma, les hommes de l’ombre et les diplomates.



