Mercredi 11 mars 2026, Kakanda. Dans le territoire de Lubudi, au cœur de la province du Lualaba, la terre a tremblé. Pas sous l’effet d’une secousse sismique, mais sous le poids d’une tragédie annoncée. À la carrière de Safi, nichée dans la concession de Boss Mining, un éboulement vient d’engloutir neuf vies. Neuf creuseurs, neuf pères de famille, neuf artisans d’une industrie qui fait la richesse du pays mais qui tue ses enfants dans l’indifférence des galeries.
L’information, confirmée ce jeudi par le Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale (SAEMAPE) à la radio onusienne, a plongé la région dans le silence lourd de la désolation. Encore une fois, le Lualaba, cette province aux entrailles d’or et de cuivre, ajoute un chapitre funeste à la longue litanie des accidents miniers.
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Un Périmètre de Non-Droit
Ce drame n’est pas un accident. C’est l’aboutissement logique d’un système où l’urgence de survivre prime sur les règles les plus élémentaires de sécurité. La carrière de Safi, comme des centaines d’autres sites artisanaux à travers le pays, est un concentré de vulnérabilités. Des parois non consolidées, des techniques d’excavation approximatives, une absence criante d’équipements de protection : le décor était planté pour que la mort frappe.
Les témoignages rapportent un glissement de terrain soudain, sans avertissement. Les neuf creuseurs, courbés sous le poids de leur labeur, ont été piégés par une terre qui, en une fraction de seconde, est passée de pourvoyeuse de vie à tombeau collectif.
Chaque Vie Est Évitable
Face à ce constat d’échec, les experts du secteur minier ne décolèrent pas. « Chaque perte humaine dans ces conditions est évitable », martèle un spécialiste de la sécurité minière joint sur place. Le discours est rageur, mais les solutions sont connues. Il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais d’appliquer les fondamentaux.
Le cahier de doléances est pourtant clair : il faut imposer des contrôles stricts sur les méthodes d’excavation pour éviter les sapements dangereux. Il faut rendre obligatoire le port d’équipements de base, comme les casques et les bottes, et surtout, il faut former, former et former encore ces milliers d’hommes et de femmes qui descendent chaque jour dans ces gouffres sans filet.
Le Prix du Cobalt
L’exploitation minière artisanale est un pilier économique vital en RDC. Elle fait vivre des millions de personnes et alimente une chaîne d’approvisionnement mondiale avide de cobalt, de cuivre et d’or. Mais ce pilier repose sur des fondations de terre battue.
Chaque éboulement, chaque noyade dans une carrière inondée, chaque inhalation de poussière toxique est un rappel brutal du coût humain exorbitant de cette richesse. Tant que la rentabilité à court terme primera sur la sécurité des hommes, les périmètres miniers resteront des champs de mines.
Les autorités provinciales et nationales, tout comme les entreprises minières qui concèdent ces terrains, sont aujourd’hui mises face à leurs responsabilités. Il ne s’agit plus seulement de pleurer les morts, mais de bâtir un système où le droit à la vie ne s’arrête pas à l’entrée de la mine. À Kakanda, neuf familles attendent désormais que l’on rende justice à leurs disparus. Le reste du pays, lui, attend que l’on empêche que cela se reproduise.



