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S’estimant trahis, des manifestants pro-Brexit mettent le cap sur Londres

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Bravant la pluie et la boue, des manifestants pro-Brexit se sont élancés samedi de Sunderland , dans le nord-est de l’Angleterre, pour une longue marche vers Londres, qu’ils doivent atteindre le 29 mars, date théorique de la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Le parlement et le gouvernement pensent qu' »ils peuvent nous marcher dessus mais on va marcher jusqu’à eux et leur dire que quelles que soient leurs ruses (…) on les battra encore! » lance à la foule le chantre du Brexit Nigel Farage, eurodéputé, ex-dirigeant du parti europhobe UKIP et vice-président du mouvement « Leave means Leave » (« Sortir signifie sortir »), à l’initiative de cette randonnée protestataire.

Longeant la Mer du Nord à grandes enjambées pour la première étape du périple, une centaine de personnes ont pris la direction de Hartlepool, à une trentaine de kilomètres. « On garde le rythme! » intime Steve Coward à deux hommes qui l’aident à brandir dans les airs une large banderole appelant à un Brexit sans accord, c’est-à-dire une rupture brutale avec l’UE.

Les députés britanniques ont voté cette semaine contre un tel scénario, puis pour un report du Brexit. Ils doivent se prononcer une nouvelle fois, d’ici mercredi, sur l’accord de sortie conclu avec Bruxelles, déjà rejeté à deux reprises.

« Mon vote est ignoré. Alors je m’appuie sur mon second droit qui est de protester pacifiquement », explique de son côté Steve Coward, 61 ans, tandis que le cortège s’éloigne de Sunderland.

Située à 450 kilomètres de Londres, cette ville a été choisie comme point de départ pour son côté symbolique: elle avait voté à 61% pour la sortie de l’UE lors du référendum de 2016 et avait été l’une des premières à annoncer ses résultats.

Mais avant même la concrétisation du divorce, Sunderland en a déjà subi certaines conséquences : le constructeur automobile japonais Nissan a renoncé à plusieurs projets destinés à son usine locale, sa plus grande sur le continent européen, évoquant « l’incertitude persistante » autour du Brexit.

Parmi les quelques 275.000 habitants, des dizaines sont venus samedi soutenir les marcheurs, frappant sur des tambours ou agitant des cloches, et grossissant ainsi les rangs du cortège.

– « Trop polarisés » –

L’itinéraire prévoit une vingtaine d’étapes et au moins trois heures de marche par jour jusqu’au 29 mars. Comme beaucoup d’autres, Christopher Tregellis, venu de York à une centaine de kilomètres, en parcourt seulement un tronçon.

« On est un peu oubliés par les hommes politiques », estime ce retraité du secteur bancaire qui marchera samedi et dimanche pour montrer son « engagement par tous les temps. »

« C’est une marche symbolique pour rendre hommage au vote des gens », explique à l’AFP la députée travailliste Kate Hoey, favorable au Brexit. « Ce n’est qu’un début », ajoute-t-elle, prévoyant que d’autres députés eurosceptiques y participeront.

A quinze jours de la date théorique du Brexit, les longues marches protestataires se multiplient au Royaume-Uni, révélant les fractures qui divisent la société depuis le référendum de 2016. Même si « la vraie division n’est pas entre ceux qui ont voté pour partir ou rester, elle est entre les hommes politiques et le peuple », assure à l’AFP Nigel Farage.

Vendredi, une dizaine de bateaux de pêche ont remonté la rivière Tyne, dans le nord-est de l’Angleterre, pour réclamer une sortie de l’UE dès le 29 mars, estimant qu’elle leur permettra de « récupérer » le contrôle sur les eaux britanniques.

Au contraire, le mouvement « A people’s vote », qui a déjà mobilisé près de 700.000 personnes à Londres en octobre, a appelé à une grande manifestation, le 23 mars dans la capitale, en faveur d’un autre référendum.

Edmund Shines, Irlando-Britannique qui vit au pays de Galles, compte y participer. Pour s’y rendre, l’homme de 63 ans a entrepris une marche en solitaire depuis Swansea, sur la côte galloise.

Une longue « promenade » vers Londres pour « comprendre », explique-t-il à l’AFP, alors qu’il a déjà effectué plus de la moitié de son périple. Jeudi par exemple, il a échangé avec un chauffeur routier pro-Brexit, très critique de la Cour européenne de justice.

Edmund se dit « très préoccupé parce qu’avec le Brexit, tout le monde devient trop polarisé ». Alors si ses « petits pas (…) peuvent persuader les gens de se parler tranquillement », il sera soulagé. « Car, quoi qu’il se passe ce mois-ci, on vivra tous ensuite dans le même pays ».

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