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Russie: tensions religieuses et politiques autour d’un projet de cathédrale

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Manifestations, affrontements, arrestations… La construction d’une cathédrale à Ekaterinbourg, ville russe de l’Oural, suscite un bras de fer musclé entre opposants et promoteurs du projet, mettant en relief la puissance acquise en Russie par l’Eglise orthodoxe.

Depuis le début de la semaine, des centaines voire des milliers de manifestants protestent quotidiennement sur le site prévu pour ce chantier.

D’une ampleur rare pour une ville de province russe, ce mouvement est perçu comme une nouvelle illustration des tensions dues à l’influence croissante des milieux conservateurs et religieux au détriment des libéraux, sept ans après la « prière punk » du groupe contestataire Pussy Riot dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.

Selon un journaliste de l’AFP, la police a procédé mercredi à de nouvelles arrestations sur le site de ce futur chantier, dans le centre de cette cité industrielle de 1,4 million d’habitants, où environ 300 personnes manifestaient.

A l’origine des protestations qui ont rassemblé jusqu’à 2.000 personnes: l’installation lundi d’une clôture dans un parc du centre d’Ekaterinbourg. L’endroit doit accueillir d’ici 2023 une imposante cathédrale orthodoxe de 66 mètres qui reproduit une église détruite par les Soviétiques en 1930.

Dans la nuit de mardi à mercredi, une vingtaine de personnes avaient déjà été arrêtées, selon les autorités locales citées par les médias russes. Ces derniers rapportaient également quelques blessés légers lors d’affrontement avec des gros bras identifiés comme des membres d’une école de boxe rattachée à l’entreprise d’un homme d’affaires qui finance la cathédrale.

– Jogging et yoga –

Amorcé il y a neuf ans, le projet fait depuis polémique dans cette ville industrielle avec une forte tradition libérale: Boris Eltsine y a bâti sa carrière politique et elle était jusqu’à récemment l’une des rares de Russie dirigée par un maire critique du Kremlin.

« C’est le seul espace vert du coin où les gens peuvent se promener librement, sans barrières. Les enfants y font du vélo, on peut courir ou faire du yoga », a expliqué à l’AFP Aliona Smychlaieva, une manifestante de 35 ans. « On ne devrait pas céder un seul mètre de cet espace. »

Le porte-parole de Kremlin, Dmitri Peskov, a défendu les autorités locales, affirmant qu’elles avaient consulté la population sur ce projet, ce que démentent les manifestants.

Mardi, le gouverneur de la région a tenu une réunion d’urgence entre opposants et responsables religieux, sans mettre fin au mouvement.

Au delà des questions de religion et d’urbanisme, le conflit a pris une tournure politique, l’opposition libérale, dont Alexeï Navalny, se ralliant aux manifestants

– Alliance avec le Kremlin –

« L’Eglise est vue comme une autre branche des autorités », souligne Andreï Desnitski, spécialiste des questions religieuses interrogé par l’AFP. « Les gens constatent qu’elle est plus présente dans leurs vies: à l’école, dans les célébrations officielles où sont toujours présents des religieux, ou avec la loi contre les offenses aux croyances religieuses ».

Pour l’expert Roman Lounkine, la polémique a pris de l’ampleur car l’opposition libérale « a trouvé utile d’utiliser l’Eglise pour montrer sa position face aux autorités. »

L’alliance entre le pouvoir et l’Eglise orthodoxe s’est fortement renforcée sous Vladimir Poutine et est illustrée régulièrement dans les médias publics par l’inauguration en grande pompe de nouvelles églises orthodoxes.

Récemment, le ministère de la Défense a annoncé la construction près de Moscou d’une cathédrale, couleur camouflage, en l’honneur des forces armées.

La polémique d’Ekaterinbourg renvoie aussi à l’histoire de cette ville, célèbre pour avoir été le lieu d’exécution du dernier tsar russe, Nicolas II, et de sa famille en 1918. Une église de la capitale de l’Oural est dédiée à la mémoire des Romanov devenus, depuis la fin de l’URSS, l’objet d’un culte de l’Eglise orthodoxe.

« Ekaterinbourg est le lieu de nombreuses tensions entre l’Eglise et l’intelligentsia locale. Il s’agit d’une ville industrielle dont l’élite intellectuelle, formée à l’époque soviétique, a des positions très laïques », constate Andreï Desnitski. « Ils ont grandi dans une ville où il n’y avait quasiment pas d’églises ».

Le manque de lieux de culte, dont beaucoup ont été rasés pendant la période soviétique, constitue l’un des arguments de l’Eglise pour la construction d’édifices.

« Nous construisons une cathédrale, pas un casino, un bordel ou une décharge », a plaidé sur Facebook un porte-parole de l’Eglise orthodoxe, Vladimir Legoïda.

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