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Présidentielle : La Communauté internationale a encore un poids

Reuben Loffman ,enseignant d'histoire africaine au Queen Mary Université de Londres

Reuben Loffman enseignant d’histoire africaine au Queen Mary Université de Londres s’est confié au sujet de l’actualité électorale en République Démocratique du Congo.

Le Dr Loffman a travaillé sur les interactions entre missionnaires expatriés et autochtones au début du XXe siècle dans le Tanganyika. Il a également travaillé sur les projets de développement de l’USAID et l’histoire sociale du changement politique pendant la décolonisation congolaise. Il a aussi été publié dans plusieurs revues comme l’International Journal of African Historical Studies. Dr Loffman a écrit pour The Conversation et a donné ses analyses sur les prochaines élections congolaises pour RFI et France24 English.

Qu’elle analyse faites-vous de la situation politique en RDC ?

La RDC est dans une situation politique périlleuse maintenant. Étant donné que six candidats importants, dont Jean-Pierre Bemba, ont été empêchés de se présenter, il semble plus que jamais que les prochaines élections ne seront pas libres et équitables. Nous ne devrions pas supposer que la violence fondée sur la décision de la CENI est inévitable, mais il est plus probable que les partisans des candidats de l’opposition empêchés de compétir perdent confiance dans le processus électoral. Il convient de rappeler qu’il existe encore des personnalités importantes dans la course à la présidence, telles que Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, mais elles ne sont certes pas aussi populaires que Bemba. Je pense que la Cour constitutionnelle et la CENI subissent apparemment de fortes pressions du régime. Je pense qu’il est fort probable que le PPRD obtienne ce qu’il veut des deux institutions. Rappelons enfin, en considérant la situation politique en RDC, les violences dans le nord-est du pays, au Kasaï ainsi que dans certaines parties de la province du Tanganyika. Cette violence n’est liée qu’indirectement aux élections mais l’absence de processus électoral légitime pourrait bien accélérer ces conflits.

La communauté internationale a-t-elle encore un réel pouvoir sur la conduite du processus électoral  en RDC?

La communauté internationale a toujours un pouvoir réel sur ces élections, même si son pouvoir est limité. La MONUSCO jouera un rôle essentiel dans la logistique des élections dans le plus grand Etat d’Afrique subsaharienne. Que la Communauté de développement de l’Afrique australe reconnaisse le vainqueur des élections sera également importante pour lui conférer (ou non) la légitimité. Les États-Unis, dont le pouvoir financier et diplomatique pourrait être utilisé pour ébranler ou soutenir le futur gagnant, est sans doute l’acteur le plus important de ces élections.

Comment voyez-vous le rôle des mouvements citoyens et  De l’Eglise ?

Le rôle de l’Eglise sera important mais pas crucial. Depuis l’accord raté de l’Église avec le régime de Kabila en décembre 2016, il ne semble pas être un acteur efficace de l’impasse politique qui se développe rapidement au Congo. De même, l’État a montré qu’il était prêt à attaquer des églises, pour intimider le clergé et ses congrégations. L’Église devra décider s’il y a lieu de s’opposer à l’opposition, publiquement ou en privé, de continuer à jouer son rôle d’arbitre rapidement discrédité ou de ne pas être aussi impliquée dans le processus politique. C’est un choix difficile car il risque beaucoup de toutes les façons. Le mouvement LUCHA en RDC est encourageant et peut faire la différence, même si son efficacité réelle semble mitigée. Ils se félicitent de l’abandon du pouvoir par Kabila, mais c’est le fruit de la pression des USA et même potentiellement des angolais. Mais leur rôle civique, dans leurs manifestations non violentes, pourrait bien être beaucoup plus important dans les jours à venir pour trouver une issue à l’impasse.

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