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Présidentielle 2018 : Samy Badibanga dévoile sa stratégie de gouvernance

Samy Badibanga

« Une fois élu, j’organiserai une conférence pour obtenir 25 à 40 milliards pour les entreprises qui vont investir dans la reconstruction du pays » a indiqué Badibanga candidat à la magistrature suprême du 23 décembre prochain.

Pourquoi êtes vous candidat ?

En un mot, je suis candidat pour proposer un contrat social à la population. Pour que la population ait confiance dans les institutions, il faut d’abord qu’elles lui soient utiles. Il faut maîtriser nos richesses et les redistribuer à la population. Le pays est dans une situation dramatique. Les politiques publiques ne sont pas à la hauteur de la situation d’urgence que vit la population. Il y a un risque d’effondrement de la Nation. En 2019, nous aurons plus de pauvres que l’Inde qui a plus de 15 fois la population du Congo (1,4 milliard contre 90 millions)! Nous vivons une accumulation de crise : sécuritaire, humanitaire, sociale, économique, financière, politique. Mais il faut voir la situation avec espoir et optimisme. Les multiples crises que nous connaissons doivent aboutir à une nouvelle étape. Il faut passer de la phase de transition vers la démocratie, à une phase de développement économique et social.

Le contrat social est simple : La population et les entreprises ne paient les impôts que si l’Etat est perçu comme utile s’il est capable d’assurer ses missions essentielles : la sécurité des personnes et des biens, l’école gratuite aux enfants, la santé gratuite aux mamans, de fournir de l’électricité et de l’eau potable, des routes et moyens de transports, l’alimentation, et des emplois à la jeunesse et aux moins jeunes

  • Il y a mille stratégies possible, mais il y a une vérité universelle : les personnes en situation de pauvreté savent mieux que n’importe qui comment utiliser l’argent qu’on peut leur donner pour sortir de la pauvreté :

22 pays en Afrique ont un programme de filet social comme le Sunga Libota que je propose. Pourquoi la RDC n’en a pas encore un ? Il faut le faire rapidement. D’autant que dans ces pays, 80% des programmes est financé par les partenaires internationaux.

  • Je suis candidat parce que je considère être le seul à avoir l’expérience et les capacités pour sortir le pays de la situation actuelle.
  • C’est une décision qui est longue à prendre. C’est le résultat d’une réflexion faite en 30 ans de parcours professionnel. Dans le secteur privé, et depuis 7 ans en politique active.

Une fois élu quelle sera votre première décision

La première décision sera triple parce que la situation à régler est complexe :

En matière de sécurité, 1er devoir de l’Etat et condition de la souveraineté et du développement : transfert de l’état major de l’armée au Nord Kivu le temps de régler la situation sécuritaire : la sécurité des personnes et des biens est le premier devoir de l’Etat et le premier des droits humains

En matière de finances publiques, condition de financement du nouveau contrat social : Fusion des Régies Financière de l’État en une autorité des revenus de l’Etat pour pouvoir piloter et sécuriser les ressources de l’Etat.

Flat Tax : taux unique d’impôt à 10% pour relancer l’économie et les investissements, et éradiquer les tracasseries fiscales, les arrangements et le pillage des fonds publics.

En matière de redistribution à la population, condition de la légitimité et l’utilité de l’Etat : Affectation des budgets disponibles et aide internationale à l’aide sociale pour l’école gratuite, la santé gratuite et Sunga Libota : l’aide aux familles sous forme d’une allocation de 100 dollars par mois versés aux mamans

D’autre part, nous demanderons l’organisation d’une nouvelle conférence internationale pour le Congo, où nous allons présenter nos réformes de transparence anti corruption, de finances publiques, de libéralisation de l’économie. Il s’agira de démontrer une dynamique de réformes pour l’obtention de dons et crédits pour contribuer au financement d’investissements des infrastructures essentielles, notamment de transports et énergie, pour permettre le développement des activités économiques.

J’avais obtenu une 1ère conférence humanitaire : 528 millions de dollars d’aide en dons.  L’objectif de la 2ème conférence est d’obtenir 25 à 40 milliards de crédits pour les entreprises qui vont investir dans la reconstruction du pays. J’espère aussi obtenir des fonds d’appui au budget pour financer le nouveau contrat social : école et santé gratuites, allocation d’aide aux familles. J’ai confiance en cet objectif car le Congo est un enjeu international majeur pour le continent africain, pour la région, pour le changement climatique avec notre immense forêt, donc pour le développement durable de la planète.

La Gambie a obtenu 1,5 milliards de dollars de cette façon en 2018 après avoir connu son alternance démocratique. La Gambie a une population de 2 millions de personnes, nous sommes 90 millions de congolais…  De même, la RCA avec 4,5 millions de population a obtenu 2,2 milliards de dollars en 2016 pour sa reconstruction post conflit.

Une fois élu comment allez vous régler la situation de Béni et en finir avec l’insécurité ?

  • La situation sécuritaire est liée aux ressources minières qui suscitent des convoitises. Elle est aussi liée à la pauvreté et à la corruption. Il y a une réponse globale à apporter.
  • Il faut d’abord déplacer l’état major militaire au Nord Kivu le temps de régler le problème.
  • Il faut aussi écouter la population : c’est la population locale qui connait le mieux la réalité du problème, ses racines, ses acteurs, et les solutions. La population doit être considérée comme un acteur de la solution. On peut par exemple mettre en place des systèmes d’alerte qui informe la population et les forces de sécurité. Des pays le font pour prévenir un tsunami, on peut très bien le faire contre les groupes armés.
  • Mais il faut régler le problème à long terme. Supprimer tel ou tel milice ou groupe armé, un autre réapparaitra sous un autre nom quelques temps après.

Il s’agit d’un problème complexe qui appelle une réponse complexe :

  • La souveraineté dépend de la crédibilité, de la légitimité et de la transparence des autorités publiques. Si le peuple n’a pas confiance dans ses institutions, que ses institutions n’ont pas à ses yeux la légitimité démocratique nécessaire, on ne peut pas rétablir la sécurité au Nord Kivu, ni au Kasaï d’ailleurs.
  • Il faut aussi du développement économique, des emplois dans l’agriculture et dans les services, tel que la sous traitance aux mines. Il faut permettre et inciter à des investissements dans les infrastructures. Il faut donner accès au financement, par expl par les prêts Jeunesse Entreprise que je propose : de 3000 à 50000 dollars de crédit à taux très bas, et la Caisse de Crédit Agricole : 1 milliard pour des crédits aux exploitations agricoles.
  • Il faut aussi démarrer la redistribution des richesses au plus vite à la population. Il y a beaucoup de ressources minières. Elles ne bénéficient pas à la population. Il faut donc tout de suite mettre en place l’allocation aux familles Sunga Libota que je propose. C’est 100 dollars par mois par famille pour les aider à vivre, à éduquer et nourrir les enfants. C’est le minimum que beaucoup n’ont pas

Pour y arriver, il y a une condition : des finances publiques efficaces :

  • Une Autorité Unique des Revenus de l’Etat, par la fusion des régies financières
  • Un seul compte de Trésorerie Publique pour empêcher les détournements
  • Une Haute Autorité de la Transparence des Affaires Publiques pour pourchasser les corrupteurs et les corrompus au Congo et dans le monde,
  • Une Plateforme blockchain Obligatoire de Déclaration des Transactions de produits miniers pour éradiquer la fraude minière
  • Une Flat Tax à 10%, c’est-à-dire un taux unique d’imposition, pour simplifier la fiscalité et élargir l’assiette fiscale, assurer la lisibilité de la fiscalité. Trop d’impôt tue l’impôt, donc simplifier et réduire la fiscalité va permettre de multiplier les recettes fiscales, et les investissements donc les créations d’emplois

Le Congo a un potentiel énergétique exceptionnel, quelle sera votre politique pour accélérer l’industrialisation de la RDC en passant par l’énergie ?

  • La question de l’énergie et de l’industrialisation fait partie d’une question plus large, celle de la diversification et des infrastructures essentielles
  • Il y a plusieurs dimensions à cette question : quels secteurs, quels marchés, quelles infrastructures, quelle réglementation, quelle fiscalité, quelles actions d’incitation.
  • Il faut d’abord une stratégie de développement qui donne la priorité à certains secteurs. Notre analyse se porte sur 3 secteurs :
  • l’agriculture et l’agroalimentaire,
  • le secteur minier avec la transformation et la sous traitance et
  • le commerce parce que nous sommes un pays carrefour d’une immense région.
  • Quels marchés ? On parle beaucoup de stratégies d’exportation, mais le marché congolais représente presque 100 millions de personnes. C’est donc d’abord notre marché qu’il faut viser. Nous importons 70% de notre alimentation alors que nous pourrions tout produire au Congo. Nous importons aussi des téléphones, des ordinateurs et des câbles électriques alors que nous avons le cuivre, le coltan et le cobalt et nous pourrions les transformer !
  • L’agriculture est majeure, c’est même une question de sécurité alimentaire, donc de souveraineté nationale.
  • Pour développer l’agriculture, il faut des infrastructures, il faut des routes de dessertes locales, il faut de la logistique, du crédit pour la mécanisation, de l’énergie pour transformer, des emballages et de la certification qualité.
  • Si nous n’avons pas ces services, la production agricole ne peut pas se développer. Soit nous avons ou nous créons ces services au Congo, soit il faut les importer. On parle alors de politique commerciale et de négociations avec les pays de la région ou du continent ou plus loin.

 

  • Energie : pour l’énergie, bien évidemment le pays a un potentiel immense d’énergie hydroélectrique et de solaire.
  • On peut faire des barrages, des micro-barrages dans beaucoup de provinces.
  • L’énergie solaire hors réseau est possible par exemple dans toute la ville de Kinshasa mais aussi dans la plupart des provinces. Il y a des financements internationaux pour le faire, ils ne sont pas exploités aujourd’hui. Il y a dix milliards de dollars du Fonds Vert Climat. Il y a les financements REDD+
  • Il faut permettre aux familles, aux communautés, aux villages, aux entreprises, aux exploitations agricoles, d’accéder aux financements pour investir dans des micro-barrages et des panneaux solaires.
  • Voilà pourquoi je propose de créer une caisse de crédit agricole, en plus de construire des projets dans chaque province pour exploiter les financements internationaux.

2ème poumon de l’Humanité, Quelle sera votre priorité une fois élu en matière écologique et développement durable

C’est un sujet important, mais avant l’écologie il y a l’humain. Il faut rappeler qu’il y a 16 millions de personnes en besoin d’aide humanitaire. La priorité est d’assurer la sécurité des personnes et sortir celles et ceux qui sont frappées par la crise humanitaire.

Bien sur l’environnement est une question importante. Il faut le préserver, l’exploiter de manière durable pour le transmettre aux générations qui nous suivent. La coupe illégale de la forêt doit être empêché et sanctionnée. Il faut pour cela renforcer nos finances publiques et la coopération internationale pour protéger nos forêts.

C’est une question de santé publique majeure : on doit renforcer le contrôle et la surveillance des activités notamment minières.

Les 5 grands chiffres de notre programme de réformes de changement pour tous sont les objec­tifs suivants à 5 ans :

  • 10 à 15 millions d’emplois crées
  • 1 milliard de dollars américains de fonds communautaires jeunesse et entreprise
  •  Budget annuel : 80 à 100 milliards de dollars américains de
  • PIB : 400 à 500 milliards de dollars américains
  • . 50 milliards de dollars américains de réserves dans le Fonds de Développement Durable de la RDC

Comment on y arriver ?

C’est une combinaison d’action et de réformes :

  • Maîtrise des richesses nationales : 95% de l’or extrait dans le pays échappe à l’Etat et ne bénéficie pas au budget ni à la population. C’est vrai aussi pour les diamants, pour le cobalt, le cuivre, et autres minerais. Si on arrive a maîtriser même 50% des richesses minières, nous pouvons financer l’intégralité des services publics, écoles, hopitaux, énergie, routes etc > Donc plateforme de déclaration obligatoire des transactions de produits miniers, et modernisation des Douanes.
  • 90 % de l’économie est informelle ! Ce qui signifie absence de recettes, commerce en contrebande et fraude généralisée. Ça représente combien de budget et de PIB perdu ?

C’est le résultat de notre fiscalité illisible, de la défiance envers des autorités publiques qui n’assurent pas le minimum de service public ; de nos douanes impraticables qui poussent les commerçants vers l’informel et la contrebande. Il faut une réforme des Douanes et une FLATTAX : le commerce doit être simple, l’impôt facile et payable par électronique et téléphone. Il faut aussi retenir que 8 investisseurs sur 10 repartent du pays en abandonnant leur projet quand on leur explique la fiscalité. Les 2 qui restent choisissent l’informel !

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