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Présidentielle 2018: retour sur les scrutins désignant Félix Tshisekedi président de la RDC

Félix Tshisekedi

Après trois ans de report, et une longue attente, la CENI a finalement publié, dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 janvier 2019, les résultats provisoires de la présidentielle du 30 décembre 2018 en RDC.

Étrangement, c’est l’opposant Félix Tshisekedi qui a été proclamé vainqueur, avec 38,57% des suffrages exprimés selon la Commission Électorale Nationale Indépendante  (CENI). Un scénario sans précédent en République Démocratique du Congo.

Cette victoire récompense plus de 38 années de luttes politiques menées par son père, Etienne Tshisekedi, fondateur de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Au-delà de la victoire de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo

«Ayant obtenu 7 051 013 suffrages valablement exprimés, soit 38,57% des voix, est proclamé provisoirement élu président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi Tshilombo», a déclaré Corneille Nangaa Président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI).

Un évènement inédit en RDC et rare en Afrique centrale, qui va faire l’objet de recours devant la Cour constitutionnelle qui a proclamé les résultats définitifs le 18 janvier. Au grand dam de l’opposant Martin Fayulu candidat président de la coalition Lamuka, arrivé deuxième avec 34% des suffrages, ayant introduit un recours en annulation.

Une décision de la Cour constitutionnelle qui est actée le 24 janvier 2019 au palais de la nation lors de la prestation de serment du nouveau président élu pour un mandat de cinq ans. Un dénouement que la coalition Lamuka ne souhaitait pas. Aussitôt le résultat du scrutin publié, la coalition portée par Martin Fayulu, créditée de 34% des voix, a catégoriquement rejeté les résultats déduisant qu’il s’agissait d’un putsch électoral.

La République Démocratique du Congo a franchi une étape historique. C’est la première fois en effet que l’on assiste à une passation de pouvoir entre deux chefs d’État et il a fallu attendre quasiment 58 ans après les indépendances pour en voir le contour.

C’est dire si cette alternance au sommet de l’État constitue un tournant décisif. Le peuple Congolais qui, hier, s’est mobilisé contre le président Kabila pour l’empêcher de modifier la constitution pour briguer un troisième mandat, s’est aussi chargé de reléguer à un rang inférieur le candidat présenté par son régime, en la personne de Emmanuel Ramazani Shadary, arrivé troisième avec 23% des suffrages exprimés.

Depuis la proclamation des résultats de ces scrutins, nous avons assisté à un emballement médiatique et diplomatique du dossier électoral de la RDC. La clameur a donné lieu à une réunion du conseil de sécurité de l’ONU au cours de laquelle on a pu observer une approche diplomatique de la gestion de ce dossier pour éviter toute crise post-électorale. Le ton ayant changé car l’ensemble des organisations internationales et les États ont salué la participation déterminante du peuple congolais au processus électoral puis pris acte des résultats déclarant l’opposant Félix Tshisekedi vainqueur.

La position de l’Union Africaine

La communauté internationale, malgré quelques soubresauts a fini, comme le veut la coutume diplomatique, par s’aligner sur la position de l’Union Africaine. Laquelle, mettait en avant la souveraineté de la RDC et recommandait le règlement du contentieux électoral à travers les procédures et les organes constitutionnel du pays.

Corneille Nangaa président de la CENI qui s’est longuement exprimé sur la question de la fiabilité des résultats devant le conseil de sécurité de l’ONU a dénoncé les fakes news, la divulgation des chiffres non fondés et a mis quiconque au défi de produire des procès-verbaux contraires aux résultats qu’elle a proclamés officiellement dans la nuit du 9 au 10 janvier 2019.

Cette pique du président de la centrale électorale, était lancée sans aucun doute à l’endroit de la Conférence épiscopale du Congo (CENCO), qui a d’ailleurs, rappelons-le, refusé l’invitation du nouveau chef de l’État Félix Tshisekedi pour son investiture «une invitation n’est pas une convocation» a dit Fridolin Ambong, archevêque de Kinshasa.

Rappelons que la CENCO est une structure de l’église catholique qui a certes pris acte des résultats proclamés par la CENI mais tout en estimant que ceux-ci ne correspondaient pas avec les résultats de ses observateurs (40.000 déployés dans l’ensemble du pays).

Cette déclaration surprenante de l’église a suscité des réactions diverses et variées. Pour rappel, depuis 2006, l’église tient le même discours sans jamais révéler le véritable vainqueur.

L’Église Catholique

Il est important de rappeler qu’au lendemain de la fin du mandat constitutionnel de Joseph Kabila, le 19 décembre 2016, l’église catholique, pour préserver la paix dans le pays, a initié le dialogue politique ayant abouti à la signature de l’accord dit de la «Saint Sylvestre».

Ledit accord maintenait Kabila au pouvoir et, en contrepartie, ce dernier devait nommer un premier ministre proposé par le leader de l’opposition de l’époque, Etienne Tshisekedi. La CENCO révèle à l’époque à l’opinion, détenir une lettre du président Tshisekedi dans laquelle ce dernier désignait le nom du premier ministre.

Tshisekedi est mort sans que l’opinion ne sache le nom de ce fameux premier ministre. Encore un autre secret de confession détenu par l’Église Catholique du Congo.

Selon une source proche de la CENCO, l’église congolaise a tenté de jouer les bons offices entre les principaux leaders de l’opposition en les encourageant à faire bloc autour d’une candidature commune face au poulain du président sortant.

Après l’échec de la candidature unique à Genève, l’église a tenté une médiation en pleine campagne électorale entre Félix Tshisekedi, le vainqueur, et Martin Fayulu en vue de s’accorder sur une candidature commune au nom de la cohésion de l’opposition.

Une proposition rejetée par Félix Tshisékédi qui, selon nos sources, était prié par l’église de se désister en faveur de Fayulu. Une position inconfortable de l’église dans la mesure où le Congo est un pays laïc et l’église a l’obligation et le devoir d’observer une neutralité politique.

Le vendredi 11 janvier 2019, s’exprimant solennellement devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, Monseigneur Marcel Utembi Président de la CENCO avait déclaré ceci : «La CENCO s’était dotée d’un centre de traitement des données. Elle a pu recevoir les résultats exprimés en volume par 13.110 999 sur 18 millions ce qui représentent en valeur 71,13% des suffrages valablement exprimés». Cette précision des princes de l’Église Catholique veut dire que près des 5 millions des suffrages valablement exprimés avaient échappé à la comptabilité des observateurs de la CENCO! Donc d’après nos analyses, la CENCO  ne détient qu’une demie vérité de la soit disant «vérité des urnes». Si on veut croire à cette simulation. Sur plus de 40.000 observateurs de la CENCO, 1776 n’ont pas pu obtenir les accréditations mais ils ont pu mener des observations hors des bureaux de vote! Au regard des faits, nous observons que la CENCO ne se réfère pas aux procès-verbaux, car en sa qualité d’observateur, elle n’a pas accès aux procès-verbaux qu’on remet aux représentants de chaque candidat à l’issue des opérations électorales dans chaque centre de vote.

La vérité des urnes, la CENCO devant le conseil de sécurité de l’ONU

Dans sa présentation devant les membres du conseil de sécurité, la CENCO affirme avoir procédé par des projections. Une telle méthode est utilisée pour les intentions de votes notamment dans le cadre d’un sondage avant, pendant ou après le vote. La CENCO décrit cette méthode pour déterminer le gagnant. Quelle est la fiabilité d’une projection statistique pour déclarer un gagnant, s’interroge un diplomate africain de l’ONU qui a requis l’anonymat.

La CENCO affirme qu’ils ont utilisé un échantillon de 10% des bureaux de votes. Le modèle de projection utilisé n’inclut pas des facteurs cachés difficiles à inclure. Seul le vote réel, le jour du scrutin compte à 95% (aussi en tenant compte de l’écart) pour valider la projection statistique. Ainsi, par exemple, les résultats de 10 bureaux de votes sélectionnés aléatoirement à Kinshasa ne pourront pas projeter le comportement des électeurs du Kasaï central ou de Goma ou de Kikwit car le vote en RDC tient compte du contexte sociologique, avec des accointances linguistiques, accointances politiques, la notoriété du candidat, l’encrage du candidat, l’engouement (taux de participation). On ne pourrait jamais utiliser le résultat des bureaux de Kasaï Oriental pour déterminer la tendance dans un bureau de vote à Goma. Tout statisticien attestera que c’est une tâche complexe de constituer un échantillon représentatif dans le contexte de la RDC.

La méthode utilisée par la CENCO

Au regard de tout ce qui précède, nous pouvons souligner et relever que la méthode utilisée par la CENCO présente des doutes quant à sa fiabilité. Cette méthode est de nature à semer la confusion et la division au sein de la classe politique congolaise. Ce résultat ne peut pas constituer une base de contestation pour les raisons énoncées ci-haut. Ce n’est pas du spiritisme dont il est question ici mais d’un contexte politique et sociologique.

Le contentieux électoral donne à chaque candidat contestataire le droit de saisir le juge constitutionnel pour contester les résultats proclamés par l’instance officielle en charge de la proclamation des élections. C’est dans ce cadre que Martin Fayulu a introduit un recours en annulation pour contester la victoire de Félix Tshisekedi.

Selon une source proche de la cour constitutionnelle, la requête que l’opposant Martin Fayulu a déposée auprès du greffe de ladite cour ne revêtait pas du caractère juridique. En effet, la vérité des urnes s’observe en toute objectivité sur l’ensemble des procès-verbaux issus de tous les bureaux de vote de la CENI.

Le candidat de la coalition Lamuka n’ayant pas des procès-verbaux de source primaire s’est emmené bras ballants devant la Cour constitutionnelle en s’appuyant sur les procès-verbaux des bureaux de vote de source secondaire, c’est-à-dire, ceux de la CENCO! Une source proche de la Cour constitutionnelle fait son analyse en disant que Martin Fayulu Madidi confond la preuve judiciaire avec les rumeurs et les informations distillées dans les réseaux sociaux. Martin Fayulu Madidi aurait dû apporter sûr la table des juges de la Cour constitutionnelle pas des procès-verbaux qui ne reflètent pas une «demi vérité» mais toute la vérité des urnes!

Le paradoxe électoral

Dans cette affaire, un principe de droit dit que le doute profite toujours à l’accusé (CENI). Tous les juristes qui convergeaient au tour de la Cour constitutionnelle ne voyaient pas comment est-ce que Martin Fayulu aura gain de cause dans ses prétentions devant cette haute juridiction du pays. Le feuilleton politique congolais nous réserve encore d’autres épisodes. Lentement mais sûrement, nous nous acheminons vers une cohabitation entre l’opposition et le pouvoir sortant car le régime Kabila a conservé sa majorité à l’assemblée.

Un paradoxe cependant, le même peuple qui a barré la route au candidat soutenu par le pouvoir a renouvelé sa confiance aux législatives et aux provinciales au régime sortant. Mystérieux scénario! Ainsi le peuple congolais a décidé de fixer les règles du jeu des partages politiques à travers l’affirmation du dispositif des contrepouvoirs qui sacralise l’essence même de la séparation des pouvoirs.

Investi jeudi 25 janvier 2019 au palais de la nation devant un seul président africain et au milieu des partisans et militants de l’UDPS, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo n’a pas une tâche facile devant lui. Dans son adresse à la nation, le 5èm président de la RDC a insisté sur la cohésion nationale, il a par ailleurs tendu la main à Martin Fayulu à qui il a d’ailleurs rendu un vibrant hommage en le qualifiant de «soldat du peuple», alors que ce dernier continue à contester son élection et se considère comme président légitime.

 

 

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