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Mouvement d’humeur et emprisonnement d’opposants au menu des journaux camerounais

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Une tentative d’émeute, la veille dans la capitale, Yaoundé, à la suite de la mort d’un moto-taximan tabassé par la police municipale, suscite les commentaires des journaux pays parus jeudi, de même que le sort des dirigeants et militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, opposition), massivement inculpés par le tribunal militaire et envoyés en prison à la suite d’une manifestation interdite.Sous le titre «Yaoundé, la police municipale suspendue», le quotidien à capitaux publics indique que le préfet du département du Mfoundi, Jean Claude Tsila, a pris une mesure conservatoire à la suite d’une attaque perpétrée à la mairie de Yaoundé 1er par des moto-taximen communément appelés «bendskineurs».

L’arrêté préfectoral, d’une durée d’un mois, survient, explique Le Jour, à la suite d’une altercation d’agents municipaux avec un conducteur de moto-taxi, qui a été violenté alors qu’il refusait de laisser saisir son engin par ces jeunes aux allures de déménageurs, devenus la terreur des petits commerçants et autres débrouillards de la ville.

Selon Émergence, la mort de l’infortuné, alors qu’il était transporté à l’hôpital, a alerté ses collègues dont la solidarité ne se dément jamais et qui, pour se faire justice, ont entrepris de casser et de brûler à tout va.

«Échauffourées : Tsimi Evouna sabote l’anniversaire de Paul Biya», ironise L’Épervier, évoquant le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine, dont les éléments ont, justement, choisi le jour de la célébration des 86 ans du chef de l’État pour provoquer des incidents violents.

«Tsila désarme Tsimi», renchérit Baromètre Communautaire : exaspéré par les bavures à répétition des gros bras de la Communauté urbaine, dont la dernière rixe provoqué a fait un mort et un blessé, l’autorité préfectorale rappelle le super-maire à l’ordre et le met devant ses responsabilités.

Le Quotidien évoque des individus abusant de leur casquette de police municipale, à eux assignée, ayant conduit à un risque de soulèvement populaire susceptible de plonger le pays dans le chaos, surtout par ces temps où la situation sécuritaire est préoccupante dans plusieurs régions.

De par leur brutalité, ces agents appauvrissent, brutalisent et endeuillent de nombreuses familles au Cameroun, s’insurge la publication.

Il s’agit d’un excès de zèle conduisant à plusieurs abus, convient InfoMatin : «Le comportement brutal, arrogant et totalitaire des éléments de la police municipale, dans la ville de Yaoundé, ne cesse d’inquiéter. Recrutés dans des conditions opaques, la plupart de ces gros bras ont, ces dernières semaines, été à l’origine de plusieurs incidents, souvent graves. Chargés d’assurer la discipline dans les marchés, de faire respecter les emprises de la voie publique, d’interpeller des usagers (motos, et même véhicules) en délicatesse avec les prélèvements municipaux, ils sont devenus de vrais bourreaux, pour beaucoup.»

Si on peut parler d’un relatif retour au calme de côté, il en va tout autrement avec le MRC dont, selon Le Jour,plus de 80 militants, à la suite de leur leader Maurice Kamto et de quelques lieutenants, ont été envoyés en prison la veille, accusés d’avoir organisé une manifestation non autorisée, le 26 janvier dernier à Bafoussam, Douala, Dschang et Yaoundé.

La marche de protestation du MRC, rappelle le journal, avait pour objectifs de dénoncer les violences sécessionnistes dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le fiasco du retrait de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football au Cameroun et «le hold-up» électoral» de la présidentielle du 7 octobre 2018 au terme de laquelle le candidat du MRC s’était autoproclamé vainqueur.

Le tribunal militaire, rappellent Défis Actuels et The Guardian Post, accuse aujourd’hui cette formation d’hostilité contre la patrie, rébellion de groupe, insurrection, incitation à la révolte et perturbation de la circulation des personnes et des biens.

Mais pourquoi Paul Biya est-il décidé à écraser Kamto et les siens, qui n’ont fait qu’exercer leur droit à la manifestation pacifique et à la différence ? s’interroge Émergence, déplorant un climat sociopolitique de plus en plus tendu dans le pays, du fait de l’embastillement d’un homme qui, officiellement, était arrivé en 2ème position après le scrutin avec 14,23% de suffrages valablement exprimés.

C’est une autre boîte de Pandore que le pouvoir de Yaoundé est en train d’ouvrir, soupire Régions, estimant que le Cameroun pourrait faire l’économie d’un nouveau front de crise.

Il s’agit d’un «penalty maudit», répond en écho Mutations, reprenant les propres termes de M. Kamto, qui se considère comme celui ayant marqué un but à la suite de la balle arrêtée que les Camerounais lui ont demandé d’exécuter contre le régime, et qui finalement se retrouve de la résistance post-électorale à la case prison.

L’Anecdote, dans un éditorial corrosif intitulé «Pour qui sonne le glas», sera certainement la dernière à déplorer le sort du leader du MRC, un éminent enseignant de droit qui a unilatéralement décidé de s’affranchir de l’ordre républicain par un raidissement radical de la contestation.

«Les hurlements des ONG, associations de défense des droits de l’homme, les cris d’orfraie et les récriminations de ce qui tient lieu de communauté internationale, ont pris le soin de garder le mutisme sur la destruction des symboles républicains. Mais, dans ce silence, bruisse aussi la dénonciation sourde de supposés connexions externes qui ne cautionnent pas qu’on défie les forces de sécurité de leur allié qu’est le gouvernement de la République.»

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