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Législatives: le Bénin toujours dans l’attente des résultats

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Le Bénin est toujours dans l’attente des résultats des élections législatives de dimanche, où l’opposition n’était pas représentée, et la tension monte, avec des violences qui ont fait deux morts, selon la société civile.

Ces élections, où était exclue l’opposition pour la première fois dans l’histoire du pays depuis sa transition démocratique en 1990, ne « reflètent pas le Bénin que nous connaissons », a regretté dans un communiqué l’ambassade des Etats-Unis, qui s’est dit « préoccupée » par la situation.

De même, l’Union africaine a noté que « le Bénin a une réputation de modèle démocratique en Afrique », « toutefois les élections législatives du 28 avril 2019 interviennent dans un contexte marqué par une rupture du consensus (…) pour la première fois dans l’histoire démocratique du pays ».

Ses observateurs, lors d’un point presse mardi matin ont regretté « la perte de vies humaines et les cas de violences survenus dans les départements du Borgou, des Collines et du Zou ».

La plateforme d’observation de société civile a recensé deux morts, sur un total de « 206 incidents (destruction et incendie de matériel électoral, accrochages entre militants des partis, populations et force de sécurité publique) selon Joël Atayi Guèdègbé, expert électoral, également membre de cette plateforme.

Aucune information officielle n’a été donnée pour l’heure sur la proclamation des résultats du scrutin, aggravant l’inquiétude et les interrogations au sein de la population.

Seuls deux partis proches du pouvoir ont pu présenter des listes de candidats, mais le Bénin attend surtout de connaître les chiffres de l’abstention, qui s’annonce historiquement hauts.

Les premières estimations données par la société civile lundi soir donnaient des taux de participation allant de 1,25% à 63,27% selon les bureaux de vote, une « situation inédite », a commenté Fatoumata Batoko, présidente de la plateforme électorale de la société civile.

« Il est probable que le taux de participation reste le plus bas depuis l’avènement du renouveau démocratique » en 1990, a-t-elle poursuivi, lors d’une conférence de presse.

Certains membres de l’opposition évoquent des chiffres dépassant les 90%: un camouflet pour le président Patrice Talon, élu en avril 2016, et qui est accusé d’avoir engagé un tournant autoritaire dans le pays.

Dans un contexte où les membres de l’opposition sont régulièrement interpellés, tandis que d’autres vivent en exil, des anciens chefs d’Etat, intouchables, ont appelé le peuple « à se défendre ».

– « Referendum qui ne dit pas son nom » –

« L’heure est grave. Le peuple exige le retour de la démocratie », a confié lundi à la presse l’ancien président Boni Yayi (2006-2016), qui garde un fort soutien au sein des classes populaires.

« Les institutions ne sont plus crédibles. (Le président Patrice) Talon marchera sur nos corps », a lancé furieux l’ancien chef de l’Etat.

Nicéphore Soglo, qui fut de 1991 à 1996 le premier président de l’ère démocratique, a appelé le président Patrice Talon à « annuler le scrutin », lançant un ultimatum qui devrait se terminer mardi soir.

« Le peuple béninois a apporté dans les urnes un cinglant désaveu à la parodie visant à réaliser un coup d’état électoral », soutient l’ancien chef d’Etat qui appelle à la résistance.

« Qu’il renonce à la confiscation du pouvoir législatif et à son projet de nomination des 83 députés ».

L’exécutif a fait savoir à plusieurs reprises qu’il n’était pas en droit d’interrompre le processus électoral, invoquant la séparation des pouvoirs.

Pour le politologue béninois Expédit Ologou, le scrutin est « un référendum qui ne dit pas son nom ».

« Si le président Talon saisit la balle au bond, cela peut-être positif pour lui », commente le spécialiste de la politique béninoise. « S’il ne le fait pas, les violences vont continuer, et cela peut être très dommageable pour lui et pour l’ensemble de la population ».

Selon M. Ologou, l’exécutif ne s’attendait pas à un taux d’abstention aussi important.

Mais dans le rang des partisans du pouvoir, le ton reste serein.

« Le peuple s’est exprimé et il n’y a aucune raison valable de remettre en cause le scrutin », a assuré à l’AFP un des députés de l’Union progressiste, l’un des deux partis représentés. « Nous défendrons nos sièges une fois qu’ils seront confirmés ».

Amnesty International ainsi que de nombreuses associations locales de la société civile béninoise ont dénoncé les coupures internet ainsi que le « niveau de répression alarmant » au Bénin.

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