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Législatives en Afghanistan: journée de vote dans la crainte d’attentats

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La population afghane a commencé à voter tôt samedi pour élire ses députés dans un climat de crainte, les talibans et le groupe Etat islamique (EI) ayant promis d’attaquer les centres électoraux.

Le président afghan Ashraf Ghani a montré l’exemple en votant dès l’ouverture du scrutin dans une école de la capitale Kaboul, et a appelé ses compatriotes à l’imiter.

« Je demande à tous les Afghans, jeunes et vieux, femmes et hommes, de faire usage de leur droit, de sortir et de voter », a déclaré M. Ghani après avoir déposé son bulletin dans l’urne dès 07H00 locales (02H30 GMT).

Plus de 5.000 bureaux de votes ont ouvert dans les zones du pays sous contrôle du gouvernement. Pour des raisons de sécurité, sur d’autres parties du territoire contrôlées par les talibans, 2.000 centres de vote n’ouvriront pas.

Quelque 54.000 membres des forces de sécurité ont été déployés pour assurer la protection aux 8,9 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales.

A Kaboul, une longue file d’attente s’étirait tôt samedi matin devant un centre électoral, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux. Même chose devant une université dans la province de Paktia (est).

« Malgré les risques, je me devais d’être ici. Nous devons voter pour voir de nouveaux visages dans ce parlement et chasser les anciens députés qui sont corrompus », a déclaré à l’AFP Mustafa, un électeur de 42 ans, à Kaboul.

« Je suis venu de bonne heure afin de rentrer rapidement à la maison, mais cela fait une heure que nous attendons, la file d’attente s’allonge. Nous devrions pouvoir voter plus rapidement, nous avons tous peur qu’un attentat nous frappe », a-t-il ajouté.

« Je suis venu voter en risquant ma vie. Je suis inquiet pour ma sécurité », renchérit Asadullah, 22 ans, faisant la queue devant un centre de vote de Mazar-i-Sharif (nord).

« Mais nous devons défier les talibans et sortir en grand nombre et voter, car c’est un jour historique pour nous », estime-t-il.

Dans la capitale partiellement bouclée par des barrages lourdement armés, la plupart des axes routiers avaient été interdits aux véhicules. Même les motos, susceptibles de transporter une charge explosive ou un kamikaze, ont été prohibées.

Les talibans ont averti à plusieurs reprises ces dernières semaines qu’ils allaient recourir à la violence pour faire échouer le processus démocratique, à leurs yeux illégitime.

Des centaines de personnes ont déjà été tuées ou blessées lors d’attentats en lien avec le scrutin ces derniers mois. Et au moins 10 candidats ont été tués, la plupart dans des attaques ciblées.

Une spectaculaire attaque talibane a coûté jeudi la vie au puissant chef de la police de Kandahar (sud), le général Abdul Raziq dans un complexe ultra-sécurisé, ce qui pourrait dissuader de nombreux électeurs de se rendre aux urnes.

– Intégrité –

Organisée avec trois ans de retard, c’est la troisième élection parlementaire, après 2005 et 2010, depuis l’intervention militaire américaine qui a chassé les talibans du pouvoir en 2001.

Trois élections présidentielles ont été eu lieu en 2004, 2009 et 2014.

Plus de 2.500 candidats sont en lice pour les 249 sièges à la chambre basse du parlement. Il s’agit pour la plupart d’élus déjà établis, de descendants de seigneurs de la guerre, d’hommes d’affaires ou de membres de la société civile.

L’intégrité du vote est également sujette à caution: de nombreux cas d’inscriptions multiples ont été découverts, laissant craindre des tentatives de bourrage d’urnes.

Pour tenter de prévenir la fraude, la Commission électorale indépendante (CEI), qui organise l’élection, a accédé aux demandes des partis d’opposition pour la mise en place d’un vote biométrique, mais cette initiative, inédite dans le pays, se heurte à de nombreux problèmes logistiques.

Malgré la menace d’attentats, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a exhorté vendredi les électeurs à « exercer leur droit de vote ».

Ce scrutin législatif est considéré comme un test crucial en vue de l’élection présidentielle de l’année prochaine et une étape importante avant une réunion de l’ONU en novembre à Genève où l’Afghanistan devra démontrer les progrès effectués en matière de « processus démocratique ».

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