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La rumba congolaise : « copier les Nigérians, c’est une abomination » (Jupiter Bokonji)

Jupiter Bokonji

Artiste musicien congolais, populaire sur la scène occidentale malgré le phénomène combattant, ce natif d’Allemagne, fils de diplomate, leader d’Okwess international, revient sur la source de sa musique.

Jupiter Bokonji:

Ma musique est basée sur la tradition avec l’apport des instruments modernes, tels que la guitare, la batterie… J’ai grandi en Europe en écoutant du James Brown, Jackson Family…

Et en revenant en RDC vers les années 80, je m’étais intéressé à écouter de la musique traditionnelle, et je m’étais rendu compte que la musique écoutée en Europe se trouvait dans notre musique traditionnelle mais à l’état brut.

A vrai dire, ce sont eux qui ont piqué notre musique. Même la rumba vient de la musique traditionnelle issue du Royaume Kongo. « Kumba », la danse du nombril. Pendant l’esclavage vers les Amériques précisément au Cuba, nos ancêtres chantaient et dansaient dans le champ des cannes à sucre.

Et les colons l’ont ramenés sous une autre appellation devenant « rumba » à partir de Luanda, Vivi (actuel, Boma) et Léopoldville et cette musique ne se jouait que dans ces trois périphéries. Et si vous partez dans les fins fonds de nos villages, c’était de la musique traditionnelle. Même la rumba fait partie de cette diversité de notre musique traditionnelle repartie à plus de 450 ethnies congolaises. Bref, ce que nous sommes en train de faire, c’est de la vraie musique congolaise inexploitée.

Les thèmes exploités …

Il faut l’écouter. C’est vrai que nous chantons en dialectes, mais nous chantons l’unité, nous dénonçons l’injustice universelle, valorisons le sens de la vie meilleure. Je suis de l’ethnie Mongo de la grande province de l’Equateur. Chez nous, nous parlons en parabole, par des proverbes. Comme notre titre : « Nzele-momi », ça se traduirait : « Chérie, je t’aime », non, c’est plutôt qu’il faut protéger la femme puisqu’elle est la mère de l’humanité.

Quand on écoutait les James Brown, Bob Marley,… est-ce qu’on écoutait ce qu’ils chantaient ? Non. Nous sommes le nouveau son du Congo. Nous sommes venus changer le mental par la musique. Nous sommes la révolution culturelle. Cette musique est celle qu’on léguera à la génération future… à nos enfants et petits-fils. Cette musique rappelle à l’homme qu’il doit revenir à la source. Puisque c’est là qu’il y a l’unité, la vie et l’harmonie.

Aux jeunes artistes congolais ?

La jeunesse artistique ne doit pas aller chercher ailleurs. Actuellement, une certaine tendance veut que les jeunes artistes copient les sons nigérians. Mais, c’est une abomination ! Or, il y a tout dans notre musique traditionnelle qui peut enrichir l’industrie musicale de la RDC. Il suffit d’être créatif et imaginatif.

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