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Kasaï-violence : « Ils nous ont forcés à violer nos mamans »

Image d'illustration

Les équipes de l’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières  ont soigné plus de 2000 femmes victimes  de violences sexuelles entre mai 2017 et septembre 2018 dans la ville de Kananga, 80% de ces victimes disent avoir été agressées par des hommes en armes.

 

Journal de Kinshasa est allé à la rencontre d’un témoin de ses violences qui sévissent au Kasaï Centrale. Pour des raisons de sécurité, il a souhaité gardé l’anonymat. « Je l’ai dit à  la psychologue, quand je raconte cette histoire je vois un film qui se déroule devant mes yeux, dans ma tête. Un film ou un rêve, je ne sais pas. Si je commence à dormir, je peux dormir sans limites, plus que 20 heures d’un coup », confie-t-il. Les évènements se sont déroulés en août 2017 quand il est revenu dans son village. « Des hommes armés sont arrivés pour nous attaquer. C’était en 2017 je crois, je n’arrive pas bien à me rappeler, c’est encore très confus pour moi. Ils ont traversé la rivière, jusqu’à mon village et ont tué beaucoup de gens. Avec d’autres jeunes, nous avons pris la fuite. Mais sur la route, nous avons rencontré un autre groupe d’hommes armés qui nous ont attrapés. Ils nous ont gardés avec eux, nous ont ramenés au village, torturé et traité comme des esclaves. Nous devions aller puiser de l’eau pour eux et la leur ramener. Nous avons dû faire des choses bien plus horribles encore : ils nous ont forcés à violer plusieurs mamans. Quand je dis « maman » c’est une expression congolaise. Ce n’était pas ma mère mais elles étaient les mamans du village quand même. Tous les garçons du village ont été forcés de faire ça », explique le jeune homme.  Les otages qui refusaient d’obtempérer était tout simplement tués. « Je ne me rappelle pas bien, mais je crois que j’ai dû le faire à 6 ou 7 mamans », rajoute-t-il

Quand ces gens sont partis, les autorités locales sont venues de Tshikapa pour nous chercher les rescapés. «  En nous prenant aussi pour des criminel, avec  les autres nous avons pris la fuite. Nous sommes partis dans des directions différentes et j’ai commencé à marcher. À cette époque-là, je ne travaillais pas car j’avais été opéré aux reins dix mois plus tôt et j’étais toujours en convalescence. Après deux jours j’ai commencé à me sentir vraiment malade, comme juste après l’opération. Je suis arrivé ici trois mois après que ça se soit passé. Je ne savais pas si on soignait des cas comme le mien. J’ai entendu parler de MSF à l’église où je vais prier, un médecin qui travaille à l’hôpital était venu parler des soins gratuits qu’ils y donnaient. »

Une fois avec les médecins et la psychologue qui ont pris soin de lui,  le jeune homme avait toujours mal aux reins, mais aussi à la  tête. « J’ai dû faire des examens et j’ai beaucoup parlé avec la psychologue. Depuis ce moment-là, je prends des médicaments et je vois quelques changements : j’ai moins de douleurs même si ça ne va pas encore totalement bien. Je sens que je me remets en route pour quelque chose de meilleur mais je ne suis pas encore tout à fait sûr. Parfois, je me retrouve à parler seul, comme dans un rêve. »

 

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