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Junqueras, le séparatiste catalan élu député depuis le banc des accusés

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Principal accusé au procès des indépendantistes catalans, Oriol Junqueras a poursuivi son combat politique depuis le tribunal et la prison, parvenant à se faire élire aux parlements espagnol et européen.

Entamé le 12 février devant la Cour suprême à Madrid, le procès-fleuve de la tentative de sécession de la Catalogne de 2017 s’achève mercredi.

Junqueras, vice-président de la Catalogne au moment des faits, y risque la plus lourde peine, 25 ans de prison pour « rébellion » et « détournement de fonds ». Le verdict devrait être rendu à l’automne.

En détention provisoire depuis novembre 2017, il aura été au centre du procès retransmis en direct à la télévision, en l’absence de Carles Puigdemont, principale figure de la tentative de sécession qui a fui en Belgique pour échapper aux poursuites.

Au tout dernier jour du procès, dans une déclaration de quelques minutes, il s’est présenté d’abord comme un « père de famille et professeur », dont l’engagement en politique avait été « tardif ».

Mais il a revendiqué des « convictions démocratiques, civiques, pacifiques et républicaines » et « chrétiennes » avant de lancer aux sept juges que « voter ou défendre la République depuis un Parlement ne peut être un délit ».

Au-delà du prétoire, Junqueras, 50 ans, est parvenu à se faire élire le 28 avril à la chambre des députés espagnole avec trois autres co-accusés également incarcérés. Tous ont été suspendus depuis, après avoir profité de quelques heures de liberté pour prêter serment.

Il a aussi été élu le 26 mai au parlement européen, sans savoir s’il pourrait y siéger. « Je me présente surtout car c’est la meilleure façon de dénoncer la répression et la régression démocratique que vit l’Etat espagnol », avait-il dit en mai dans un entretien écrit avec l’AFP depuis sa prison.

Junqueras se présente comme un « prisonnier politique », une affirmation démentie vigoureusement par la justice et le gouvernement espagnols qui martèlent que les indépendantistes ne sont pas jugés pour leurs opinions mais pour avoir enfreint délibérément la loi et la Constitution.

– Insondable –

Né le 11 avril 1969 à Barcelone, Junqueras y a été éduqué dans une école catholique italienne.

Parlant le catalan, l’espagnol, l’italien et l’anglais, ce catholique fervent avait rencontré le futur pape Benoît XVI lors de recherches universitaires au Vatican, selon son ami proche et conseiller Raul Murcia.

Professeur d’histoire à l’Université autonome de Barcelone, il est élu député européen en 2009 avant de prendre la tête du parti indépendantiste Gauche républicaine de Catalogne (ERC) en 2011.

Nommé vice-président de la région en janvier 2016, il est chargé d’organiser l’ultra sensible référendum d’autodétermination interdit du 1er octobre 2017.

Réputé pour sa bonhomie – et décrit comme un « nounours » par le socialiste catalan Miquel Iceta – Junqueras reste pour beaucoup insaisissable.

« Malgré des jours et des jours de conversations avec lui, je doute encore aujourd’hui de qui est réellement Oriol Junqueras et de son projet personnel et politique pour la Catalogne », a écrit Santi Vila, l’un des douze accusés au procès.

Junqueras fut un temps perçu comme l’un des dirigeants indépendantistes les plus pragmatiques. « Il proposait des solutions et moi aussi », raconte à l’AFP Enric Millo, préfet de la Catalogne en 2016-2018 qui nourrissait l’espoir, avant le référendum interdit du 1er octobre 2017, de pouvoir négocier avec cet homme « cordial ».

« Mais au fur et à mesure, nous nous sommes rendus compte que Junqueras était prêt à aller jusqu’au bout », affirme Millo, l’accusant d’avoir « deux visages ». « Il tient un très beau discours, a l’air d’un curé (…) mais tout à coup, il dégaine le poignard ».

Le référendum interdit a finalement eu lieu, émaillé de violences policières, et tout le monde a ensuite attendu de savoir si Carles Puigdemont allait déclarer l’indépendance ou convoquer des élections pour apaiser la crise.

Selon Santi Vila, Oriol Junqueras le modéré n’a finalement pas aidé Carles Puigdemont à éviter la déclaration d’indépendance du 27 octobre. Pour nombre d’analystes, aucun des deux n’a voulu prendre le risque d’être qualifié de « traître » par la base indépendantiste.

Quelques jours plus tard, Carles Puigdemont fuyait mais Oriol Junqueras choisissait de rester. « Par responsabilité envers ses concitoyens et aussi un peu pour sa famille » dont ses deux enfants, selon M. Murcia.

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