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Haïti en proie à des manifestations violentes, mutisme du pouvoir

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Haïti était lundi une nouvelle fois plongée dans l’incertitude et la tension, des barricades paralysant l’activité dans les principales villes, le pouvoir exécutif restant muet face aux revendications sociales scandées lors de manifestations parfois violentes.

La police avait fait état jeudi soir de la mort de deux personnes. Samedi à Port-au-Prince, un adolescent de 14 ans a été tué par balle en marge d’un rassemblement, ont constaté des journalistes de l’AFP. Une autre personne est morte dimanche à Jacmel dans le sud du pays, selon les médias locaux.

D’ordinaire encombrés par la circulation, les grands axes de la capitale restaient déserts lundi matin: par peur des violences, une large majorité d’écoles, de commerces et d’administrations n’ont pas ouvert leurs portes.

– Tirs sporadiques –

Des tirs sporadiques ont résonné dans certains quartiers de Port-au-Prince lundi matin alors que des blocages routiers étaient rapportés dans plusieurs villes de province.

Depuis la large mobilisation nationale de l’opposition organisée le 7 février, marquant les deux ans du mandat présidentiel de Jovenel Moïse, des manifestations spontanées de plus faible ampleur ont gagné les principaux centres urbains du pays.

Barricades tenues par des jeunes rançonnant toute personne se risquant à traverser, incendies de véhicules, dégradations de commerces et même quelques petits pillages: un climat d’intimidation et de violences dominait dans la capitale Port-au-Prince, en marge des défilés d’opposants.

La colère populaire s’intensifie avec l’aggravation des difficultés économiques subies par la majorité pauvre. Face à l’inflation qui dépasse les 15% depuis deux ans, la première des revendications des manifestants est de pouvoir manger à leur faim.

Lors de la campagne électorale, Jovenel Moïse avait promis qu’il mettrait « à manger dans toutes les assiettes et de l’argent dans les poches ». Las des promesses non tenues, les opposants réclament sa démission immédiate.

« Nous demandons à la police nationale d’arrêter Jovenel Moïse car il représente un danger et une menace pour la vie de chaque Haïtien et aussi pour la sienne et celle de sa famille » a déclaré lundi à l’AFP André Michel, une des principales figures de l’opposition.

« Il n’a plus de légitimité : le pays va rester bloqué jusqu’à la démission de Jovenel Moïse » assurait-il.

La frustration de la majorité pauvre a été exacerbée par la publication, fin janvier, d’un rapport édifiant de la Cour supérieure des comptes sur la gestion calamiteuse et les possibles détournements des fonds prêtés depuis 2008 par le Venezuela à Haïti pour financer son développement économique et social.

– Soupçons de corruption généralisée –

Une quinzaine d’anciens ministres et hauts fonctionnaires sont épinglés. De même qu’une entreprise dirigée à l’époque par l’actuel président Jovenel Moïse, identifiée comme bénéficiaire de fonds pour un projet de construction d’une route sans signature de contrat.

Face à cet audit, à la colère populaire et aux violences qui émaillent le quotidien de la capitale, le pouvoir exécutif s’enfonce dans un mutisme troublant.

Seul le secrétaire d’État à la communication a publié une note de presse en créole via Twitter lundi matin.

« Le gouvernement reconnaît le droit de toute personne à manifester et exprimer ses droits selon la loi mais piller des magasins, bloquer la rue, brûler des pneus, briser les vitres des voitures et jeter de l’huile sur la chaussée n’entre pas dans ce cadre » a écrit Eddy Jackson Alexis, membre du gouvernement depuis septembre.

Si le pouvoir en place n’offre aucune réponse concrète aux revendications populaires, les différents groupes d’opposition n’avancent également aucune mesure qui permettrait à la population de bénéficier d’une amélioration de ses conditions de vie.

« On est face à la plus grande crise depuis 2008 », constate l’économiste haïtien Etzer Emile, en faisant référence aux émeutes de la faim qui avaient à l’époque gagné le pays et l’Amérique centrale.

Après avoir enregistré un déficit budgétaire record de 24 milliards de gourdes (305,5 millions de dollars) en 2018, l’État haïtien ne pourra financer des aides sociales sans réduire ses dépenses de fonctionnement. « Il n’y a pas de mesure magique mais si on ne ferme pas la vanne des dépenses gouvernementales, on n’ira nulle part » conclut l’économiste.

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