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En Afrique du Sud, le système de santé au bord de l’asphyxie

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Solidement ficelée sur un brancard, une femme lâche un hurlement, sans même s’attirer un regard du personnel médical. Juste à côté, six autres patients tout aussi sanglés s’entassent dans un box conçu pour en accueillir à peine deux.

Dans le service des urgences de l’hôpital Baragwanath de Soweto, dans la banlieue de Johannesburg, la débrouille est devenue la règle, symbole du manque de moyens et de la lente décrépitude du système de santé d’Afrique du Sud.

Un quart de siècle après l’avènement de la démocratie, l’accès aux soins et leur qualité constituent une des préoccupations majeures des Sud-Africains, qui éliront leurs députés le 8 mai.

Baragwanath est le plus grand établissement public de santé du pays. Chaque jour, six à douze personnes atteintes de troubles mentaux se présentent aux urgences et devraient être hospitalisées.

Mais faute de lits, certaines doivent patienter jusqu’à trois jours, confie sous couvert d’anonymat un médecin du service.

« On ne peut pas accueillir plus vite les patients en psychiatrie parce qu’il leur faut du temps pour se remettre et les chambres sont déjà pleines », déplore-t-elle. « Leurs séjours sont longs et ils ne contribuent pas de façon tangible à l’économie, alors ce sont un peu des malades oubliés. »

Les faillites de la médecine psychiatrique publique sud-africaine ont éclaté au grand jour il y a deux ans.

Un rapport officiel au vitriol a alors révélé que 144 malades de la région de Johannesburg étaient morts en quelques mois de mauvais traitements ou d’absence de soins. Ils avaient été transférés d’un hôpital public vers des structures privées inadéquates, pour faire des économies.

– ‘Oubliez-les’ –

Quelques mois après le scandale, la commissaire sud-africaine aux droits de l’homme Angie Makwetla a livré un tableau inquiétant du traitement des patients atteints de troubles mentaux dans le pays, qu’elle a résumé par la formule « éloignez-les et oubliez-les ».

Le fonctionnement des urgences n’est qu’une des nombreuses difficultés de l’hôpital Baragwanath.

Avec 3.200 lits pour une population de 1,5 million d’habitants, l’établissement souffre d’un manque criant de moyens.

Depuis l’an dernier, 62 postes de médecins et 320 d’infirmiers sont gelés faute de budget insuffisant. « Ils ont promis de construire cinq hôpitaux à Soweto pour alléger la charge de travail de Baragwanath mais il n’y en a jusque-là qu’un seul », se plaint le médecin.

Directeur général adjoint de la Santé au ministère, Yogan Pillay convient volontiers que son budget « ne répond pas aux besoins ».

Au pouvoir depuis l’avènement de la démocratie en 1994, le Congrès national africain (ANC) a proclamé comme une de ses priorités le développement d’un « système de santé de base et bon marché pour tous les Sud-Africains ».

Mais un quart de siècle plus tard, le bilan est encore très loin de cet objectif. Malgré de gros progrès ces dernières années, l’Afrique du Sud reste le pays le plus touché au monde par l’épidémie de sida, avec un taux de prévalence de 19,2%.

L’héritage de l’apartheid et la pauvreté ont laissé des traces profondes. En 2017, seuls 10% de la majorité noire disposaient d’une assurance santé, contre 71,7% de la minorité blanche.

– Assurance obligatoire –

L’Afrique du Sud dépense chaque année près de 9% de son produit intérieur brut (PIB) pour la santé, autant que la Grèce ou l’Italie. Mais selon un rapport officiel publié en mars, plus de la moitié est absorbée par le seul secteur de santé privé.

« Nous sommes le seul pays au monde qui dépense 4,5% de son PIB pour la santé de 16% de la population et 4,2% pour les 84% restants », a récemment regretté le ministre sud-africain de la Santé, le Dr Aaron Motsoaledi, « si nous ne rééquilibrons pas ça, nous n’y arriverons jamais ».

Le gouvernement a donc proposé une refonte du système, qui prévoit la création en 2022 d’un système d’assurance santé publique obligatoire (NHI) proche du système français.

Tout à sa volonté de réduire les dépenses publiques, le principal parti d’opposition propose, lui, d’étendre les régimes privés.

« Plus de Sud-Africains pourront se payer une assurance privée si de nouveaux contrats sont offerts à des coûts moindres », affirme le programme de l’Alliance démocratique (DA).

Sur l’aile gauche du spectre politique, les Combattants pour la liberté économique (EFF) défendent eux l’idée d’une assurance publique universelle, sans trop s’appesantir sur son financement.

L’ANC étant archifavori du scrutin du 8 mai, le NHI devrait donc entrer en vigueur d’ici trois ans.

Il sera voué à l’échec si aucun progrès n’est fait pour mettre fin à la mauvaise gestion et la corruption du système actuel, met toutefois en garde le professeur de santé publique Kerrin Begg, de l’université de Stellenbosch (sud-ouest).

Le secteur public « doit être substantiellement renforcé en matière d’infrastructures, de ressources humaines et de gouvernance », souligne-t-il.

tdu-pa/bed/jlb

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