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Leila Zerrougui : « La machine à voter sera toujours au cœur de la controverse si le consensus n’est pas ramené »

Leïla Zerrougui en visite en RDC

Les premières machines ne sont pas encore arrivées au Congo mais, depuis plusieurs mois maintenant, celle-ci alimente la polémique en RDC.

La machine à voter est ce système de vote par écran tactile que souhaite utiliser la Commission électorale, pour, dit-elle, faire des économies. Méfiante, l’opposition qualifie cet outil de machine à « voler ». Interpellée à ce propos hier au cours d’une conférence de presse la cheffe de la Monusco, Leila Zerrougui, a souhaité que la Céni puisse rassurer la classe politique congolaise. Par ailleurs, elle en appelle également au strict respect de l’accord politique de décembre 2016.
La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies en RDC, Leila Zerrougui, a souligné le contexte de suspicion qui entoure la machine à voter en RDC. « Je n’ai pas encore vu de machine à voter. Donc, je suis mal placée pour dire qu’elle présente toutes les garanties. Je sais que c’est une question, je l’ai dit le jour où je suis arrivée, je l’ai dit à Corneille Nangaa quand je l’ai rencontré, que le problème de la machine, c’est qu’elle est arrivée dans un contexte tendu de suspicion. Et donc, dans ce contexte tendu de suspicion, chacun interprète, se préoccupe et se dit c’est quoi ça ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Dans la mesure où on n’arrive pas à ramener le consensus, elle sera toujours au cœur de la controverse, la machine », a-t-elle déclaré au cours d’une conférence de presse organisée ce jeudi 31 mai 2018, à l’occasion de la célébration de son 100ième jour à la tête de la MONUSCO. Pour elle, le travail doit être fait pour rétablir la confiance autour du sujet de la machine à voter.

La Monusco veut rassurer

A propos du fichier électoral dans lequel l’OIF a notamment détecté plus de 16% d’électeurs enrôlés sans empreinte digitale, Leïla Zerrougui dit attendre de voir quels correctifs pourraient y apporter la Céni avant de se prononcer, « le moment opportun ». Par ailleurs, la Monusco, n’a toujours pas reçu de réponse à sa proposition d’appui logistique au processus, mais assure qu’elle continue à se préparer. La RDC dit vouloir organiser les élections elles-mêmes, en toute souveraineté. Si c’est le cas, « je n’ai pas d’objections » a expliqué la cheffe de la mission, « et nous continuerons à faire notre travail », appui technique et monitoring du respect des droits de l’homme, notamment
« Quel que soit ce qui se passe, quels que soient les arguments qu’on peut donner, ce qu’il faut, c’est de convaincre ceux qui vont voter. Je parle des partis politiques, bien sûr pas les individus qui vont enregistrer leurs voix. Ce sont les partis politiques, les candidats [qu’il faut convaincre] que c’est un processus qui a été choisi uniquement pour réduire les coûts et pour faciliter le comptage. Mais bon, dans la mesure où l’on est dans un contexte de contestation, c’est très difficile de convaincre. Donc, moi, je n’ai pas d’appréciation sur cela, crédible ou moins crédible. C’est aux partis d’y croire. Et nous y travaillons pour convaincre qui de droit pour faire en sorte que cela se passe », a-t-elle ajouté.
Malgré le rejet par une partie de la société civile et de l’opposition de cette technologie, la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a diligenté une mission à Séoul pour inspecter 1000 machines à voter qui devrait servir à la sensibilisation.


 

Kabila et son engagement

Le président Kabila tiendra-t-il son engagement d’organiser la présidentielle en décembre et de ne pas se représenter ? La CENI affirme tout faire pour que le calendrier soit tenu. Le gouvernement, lui, que la Constitution sera respectée, mais la méfiance demeure en RDC. Et des voix s’élèvent pour redouter soit un nouveau glissement soit une nouvelle candidature du président, dont le deuxième et dernier mandat constitutionnel s’est achevé il y a près d’un an et demi. En début de semaine, la France et l’Angola se sont prononcés contre cette éventualité. Leïla Zerrougui refuse, dit-elle, « de spéculer », et en appelle simplement au strict respect de l’accord politique de décembre 2016 qui prévoit le départ de Joseph Kabila. « Je ne spécule pas, on a un calendrier, on a un accord politique. Le gouvernement et la majorité se prépare, l’opposition se prépare. Il y a des divergences. J’essaye de les convaincre que c’est dans l’intérêt de tous que ses élections se tiennent avec des préalables paisibles inclusives pour leur donner une crédibilité », a-t-elle déclaré lors de la conférence de presse du 31 juin 2018. Pour elle il ne sert à rien d’organiser des élections pour que le lendemain soit catastrophique. « Les élection sont un moyen et pas une fin en soi. En ce qui concerne le troisième mandat du président Kabila. La seule chose qui est claire pour nous, est qu’il y a un accord qui a été signé. Dans celui-ci il est dit que le président ne se représente pas. Je n’ai pas encore entendu dire que le président va se représenter. Pour le moment c’est des spéculations », rajoute Leila Zerragui.

 

 

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